FISH TANK
Mia, adolescente engluée dans une bourgade anglaise, n'aime rien ni personne. En décrochage scolaire, la seule passion qui l'anime, c'est le hip-hop, qu'elle danse seule, à l'abri des regards. Entre sa mère Joanne et elle, la cohabitation est difficile : les insultes pleuvent... Jusqu'au jour où Joanne ramène à la maison un nouveau boyfriend, Connor, qui se révèle très accommodant envers Mia. Commence alors une trouble relation triangulaire entre la mère, son amant et sa fille...
Andrea Arnold filme ce portrait d'adolescente sans complaisance ni sentimentalisme. C'est à la fois la qualité et la faiblesse du film : le ton est juste, les acteurs sont remarquables, mais le regard distancié adopté par la cinéaste freine les élans de sympathie que pourrait ressentir le spectateur envers les personnages. Bref, "Fish Tank" s'inscrit très dignement dans la tradition du cinéma social britannique, mais ne révolutionne pas le genre.
NON, MA FILLE, TU N'IRAS PAS DANSER
Le jeune cinéaste français Christophe Honoré représente une sorte de "néo-Nouvelle Vagueé, qui essaie, 50 ans après Godard, de renouer avec un cinéma à la fois intellectuel dans ses intentions et spontané dans sa mise en scène. Les films de Honoré ("Les chansons d'amour", "Dans Paris", etc.) sont portés aux nues par l'intelligentsia parisienne ("Libé", "Les Cahiers du cinéma", etc.), mais peine à conquérir un public en-dehors de l'Hexagone. La situation ne va sans doute pas changer avec ce "Non, ma fille..." qui dresse le portrait d'une femme tourmentée, Léna, qui cherche à se libérer des contraintes familiales.
Le film ressemble dès lors à un long reportage sur une houleuse réunion de famille, où Léna (Chiara Mastroianni) se dispute avec sa sœur (Marina Foïs), sa mère (Marie-Christine Barrault) et son ex-mari (Jean-Marc Barr) ... Au milieu du film, Honoré propose tout à trac un intermède incongru sous forme de conte breton musical ! Certes, l'ensemble est bien joué, mais le spectateur sort du film perplexe : où donc Honoré voulait-il en venir ? Je n'ai pas la réponse.
MOON
Comme son nom ne l'indique pas, le réalisateur anglais Duncan Jones est le fils de David Bowie. Et avec son premier long-métrage ( dont il signe le scénario ), il fait preuve d'une maîtrise et d'une originalité très prometteuses. "Moon" se déroule dans un futur proche : on a découvert sur la Lune une source d'énergie nouvelle, et on y a installé des bases d'extraction minière. L'astronaute Sam Bell, tout juste assisté d'un robot, assure une mission spatiale d'une durée de trois ans. A quelques jours de la fin de son contrat, il est victime d'un accident sur la lune et lorsqu'il remonte à bord du vaisseau spatial, une désagréable surprise l'attend : un double de lui-même a pris sa place...
Le thème du clonage est devenu un des pires clichés de la science-fiction. Et pourtant, Duncan Jones, avec une rare économie de moyens - Sam Rockwell est l'unique acteur du film, avec pour seul partenaire la voix du robot assurée par Kevin Spacey - parvient à explorer ce thème avec intelligence et originalité. "Moon" est un film qui prend parfois des allures de jeu de piste, mais le spectateur attentif sera récompensé de ses efforts : car plus le récit se développe, plus il réserve des surprises intéressantes !
PARANORMAL ACTIVITY
Le "buzz" autour du film est plus important que le film : au départ, ce "home made movie" de 10 000 dollars a végété sur les étagères des distributeurs, avant d'attirer l'attention de producteurs du calibre de Steven Spielberg et de sortir en salles aux USA pour récolter, in fine, quelques 100 millions de dollars au box-office !
De quoi s'agit-il ? d'une histoire toute simple : un couple installe une caméra dans sa chambre à coucher car la femme sent une "présence" dans la maison... chaque matin, l'homme vérifie ce que la caméra a filmé pendant son sommeil : une porte qui claque, un drap qui bouge... C'est tout ? Eh oui, c'est tout ! Pas de monstre, de fantôme, de poltergeist ? Non, circulez, y'a rien à voir ! Alors, comment expliquer que les milliers d'Américains se soient précipités en salle voir cette supercherie ? C'est le seul vrai mystère de "Paranormal activity" !
LES FOLLES AVENTURES DE SIMON KONIANSKI
Le jeune réalisateur bruxellois Micha Wald règle ses comptes avec sa famille, des juifs d'origine polonaise qui ont vécu le traumatisme de la Seconde Guerre Mondiale. Pour ce faire, il a créé son double à l'écran : Simon (Jonathan Zaccaï), un brave trentenaire chômeur, largué par la mère de son petit garçon, qui n'a d'autre solution que de retourner vivre dans l'appartement de son vieux papa (Popeck) qui le fatigue avec ses souvenirs de camp de concentration...
Wald a choisi de traiter ce sujet délicat sur le ton de la comédie. Certaines scènes sont assez savoureuses, mais à force de dépeindre des personnages exaspérants de manière caricaturale, c'est l'agacement plus que le rire qui gagne le spectateur. Et si le début du film est très sympathique, la deuxième partie - un "road movie" en Pologne - se révèle hélas horripilante. Mais maintenant que Micha Wald a évacué ses démons, on peut espérer le voir se consacrer à des projets moins péniblement autobiographiques.
Hugues Dayez