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"Blake et Mortimer": arrêtez le massacre !

19.11.09 - 07:48

Ce vendredi paraît en librairie la nouvelle aventure des héros mythiques créés par Edgar-Pierre Jacobs, imaginée par le scénariste de "XIII" Jean Van Hamme. Son titre ? "La malédiction des trente deniers".

Entre 1946 et 1987 (année de son décès ), Edgar-Pierre Jacobs n'aura produit que huit aventures de ses personnages Blake et Mortimer... Mais quelles aventures ! "La marque jaune" reste sans doute un des chefs-d'œuvre les plus fascinant de la Bande dessinée européenne, et "Le mystère de la Grande Pyramide" a suscité une multitude de vocations d'égyptologues. Jacobs n'était sans doute pas un virtuose du dessin ; sa lenteur et sa méticulosité étaient légendaires, mais un fait demeure inconstestable : il "habitait" littéralement ses livres, et s'investissait corps et âme dans chacun de ses albums.

En 1992, l'éditeur français Dargaud, qui est alors en train de perdre un fleuron de son catalogue ("Astérix", passé dans le giron du concurrent Hachette), cherche désespérément des best-sellers capables de donner un coup de fouet à son chiffre d'affaires. Il décide de racheter le studio Jacobs, avec le droit corollaire de produire de nouveaux albums de Blake et Mortimer. L'éditeur met en place une "dream team" pour relever le défi, en associant le scénariste Jean Van Hamme et le dessinateur Ted Benoît. En 1996, paraît le premier album du tandem : "L'affaire Francis Blake". C'est un immense succès commercial, mais pour "faire du Jacobs", cela prend du temps. Benoît, aussi méticuleux que le Maître, prend quatre à cinq ans pour dessiner un album. Ce n'est pas assez rapide aux yeux de Dargaud, qui veut rentabiliser son investissement et produire des nouveautés à un rythme soutenu.

L'éditeur met une deuxième équipe sur le coup :Yves Sente, alors directeur éditorial, s'improvise scénariste et marche dans les pas de Van Hamme, tandis que le très prolifique André Juillard dessine rapidement du "Jacobs produit blanc" sans trop d'états d'âme. Entre 2000 et 2008 paraissent ainsi quatre nouveaux albums qui banalisent le mythe.

De son côté, Ted Benoît abandonne la partie, épuisé par l'aventure. Il faut dès lors lui trouver un successeur pour dessiner le nouveau scénario de Van Hamme, un dyptique intitulé "La malédiction des trente deniers". Dargaud jette son dévolu sur René Sterne, auteur d'une série au succès modeste, "Adler". Pendant deux ans, Sterne va s'échiner à tenter de copier Jacobs et parvient péniblement à boucler une vingtaine de planches... Hélas, il décède inopinément en novembre 2006. Courageusement, sa compagne Chantal De Spiegeleer décide de terminer l'album.

Il n'est évidemment pas question ici de critiquer le dévouement et la conscience professionnelle de ces deux auteurs. Il est simplement question d'évaluer le résultat. Et il est pénible. D'abord, le scénario : Van Hamme, en voulant rendre hommage à ses lectures d'enfance ( il a grandi en lisant "Le secret de l'Espadon"), livre dans "La malédiction des trente deniers" une sorte de pastiche du « Mystère de la Grande Pyramide », avec une chasse au trésor archéologique où le tombeau de Judas remplace la chambre d'Horus... Mais ce n'est pas cet air de "déjà vu" qui constitue le problème majeur de l'album. Non, le problème, c'est le dessin.

En choisissant Sterne et De Spiegeleer pour "faire du Jacobs", Dargaud a commis une erreur de casting : les deux auteurs sont des artisans appliqués, mais ils n'ont pas les moyens graphiques de rivaliser avec le dessinateur de "La marque jaune", véritable orfèvre du réalisme stylisé.

Blake et Mortimer s'agitent ici comme des baudruches sans consistance dans des décors raides et sans âme. Résultat : "La malédiction des trente deniers" devient une preuve par l'absurde que reprendre des grands classiques de la BD belge est certes une opération juteuse commercialement parlant, mais désastreuse sur le plan artistique.

 

Hugues Dayez

Crédit photo : Dargaud - La couverture de l'album "La malédiction des trente deniers"
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Commentaires

Indépendamment du fait que les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas, et donc que tout un chacun peut aimer ou détester cet album ( que je n'ai pas vu, mais ça n'a pas d'importance ici ),
je trouve ABUSIF de la part de Vincent et d'un courageux anonyme de dire que Dayez critique TOUT ce qu'il voit.
Il faut l'écouter le mercredi après-midi en radio ( Pure FM ) pour l'entendre encenser d'autres films ou bouquins.
Quelle serait l'utilité d'un critique qui approuverait tout ce qui est publié ?

Même en conservant à l'esprit l'aspect émétiquement mercantile du projet, cette charge réactionnaire frise les limites du poujadisme en chaussons.

Maintenant, il est clair que toute tentative de remise au goût du jour d'anciennes gloires se frottera systématiquement à une levée de dentiers des gardiens du temple, ou de ceux qui se prennent pour tels.

Alors, si Blake n'est pas devenu une drag-queen et Mortimer n'est pas camé jusqu'à la moëlle. S'ils évoluent toujours dans cet univers retro mâtiné de SF old school, avec des rebondissement provoquant des "by jove" à la pelle... On se fout un peu du dessin qui, à la base, n'avait de toute manière strictement rien d'exceptionnel puisque Jacobs n'était pas un génie du dessin, mais juste un élève appliqué, qui trempait sa plume dans la même ligne claire que des centaines de ses contemporains.

Du coup, je ne comprends absolument pas cette hargne à l'égard des dessinateurs, cete charge en règle pour défendre le panache blanc de l'Aaaart qui n'a pas grand chose à voir dans l'histoire.

Critique méchante, destructrice et... gratuite, au final.

Jaloux de Zemour et Naulleau, m'sieur Dayez? ^^

Je sais qu'il n'est pas nécessaire de savoir pondre un oeuf pour apprécier une omelette, mais qu'a donc déjà produit M. Dayez, à part du vent, pour se permettre un avis aussi autorisé, aussi tranché, et démolir chronique après chronique tout ce qui a le malheur d'attirer son attention ?

(...)

NDLR : texte édité

Il ne s'agit pas de savoir jouer au foot pour critiquer un joueur.
Votre raisonnement est stupide

Il ne s'agit pas de savoir jouer au foot pour critiquer un joueur.
Votre raisonnement est stupide

Quelqu'un peut-il éclairer ce qui me paraît être un paradoxe ? Deux extraits de la critique de M. Dayez : "Jacobs n'était sans doute pas un virtuose du dessin" vs "le dessinateur de "La marque jaune", véritable orfèvre du réalisme stylisé". Question d'infîme nuance ?

Par ailleurs, d'aucun ont reproché à M. & Mme Rodwell d'avoir toujours refusé que de nouvelles aventures de Tintin ne soient créées après le décès de leur auteur, tandis que d'autres ne voient derrière la continuation des aventures de Blake & Mortimer (ou d'Asterix ou de...) qu'une quête d'argent ou, pour le moins, une oeuvre jamais égale à l'originale. Autre extrait de la critique de M. Dayez : ""La malédiction des trente deniers" devient une preuve par l'absurde que reprendre des grands classiques de la BD belge est certes une opération juteuse commercialement parlant, mais désastreuse sur le plan artistique."

La Fondation Moulinsart n'a-t-elle donc raison de protéger à tout prix l'oeuvre d'Hergé ?

Monsieur Dayez, votre avis ?

Ce seront de toute façon les lecteurs qui décideront s'ils aiment ou non. Je me demande personnellement si Hugues Dayez parvient à aimer quelque chose sans éprouver le besoin de démolir un travail...

Si ce genre de daube se vend, c'est qu'il y a des gens pour acheter. Et là nous avons tous une part de responsabilité...

Cet article reflète quasiment à l'identique ma pensée sur le sujet !
Ayant suivi régulièrement l'évolution de la BD dans les magazines spécialisés depuis les années '50, je reste convaincu qu'une BD doit se terminer avec le décès de son créateur !
Hergé a eu 1000 fois raison ! Personne, même pas Bob De Moor n'avait l'esprit du Maître Georges ! Je reconnais néanmoins à Bob du talent !
Frankin est une exception, car son Spirou a réellement redonné un dynamisme et un esprit à ce personnage.
Je pense que les Schtroumps sont réussis également...
Mais, dans les cas de Hergé et Jacobs, c'est un véritable sacrilège que de les copier ! Mais, le monde des "affaires" n'en a cure!
Tant pis pour pour les lecteurs !

Encore une démonstration de ce que vouloir reproduire un succès pour faire de l'argent aboutit souvent à un flop et, pire, à "abîmer" le génie du "premier"...

Je suis heureux de constater que, aujourd'hui, "La Marque Jaune" est considérée comme un chef d'oeuvre: je l'avais adoré!