Strasbourg: heurts entre les métallos d'ArcelorMittal et les policiers

Affrontements à Strasbourg lors de la manifestaion des métallos
3 images
Affrontements à Strasbourg lors de la manifestaion des métallos - © AFP / FREDERICK FLORIN

Les travailleurs et les représentants syndicaux d'ArcelorMittal qui sont allés manifester ce mercredi à Strasbourg devant le parlement européen se sont heurtés aux forces de l'ordre. Il y a eu plusieurs blessés. La police française, qui craignait des débordements, en avait coincé certains sur un parking à proximité pour leur faire subir une fouille corporelle complète.

Seule une moitié des autocars avait pu rejoindre le lieu de la manifestation, en raison des fouilles opérées à l'extérieur de la ville. Les quelques 1500 métallos arrivés sur place ont été circonscrits à un périmètre de sécurité dont ils ne pouvaient s'écarter, sous peine de s'attirer les répliques des gendarmes. La situation était très tendue et au moins trois manifestants ont été blessés.

Sur place, les manifestants belges ont retrouvé des métallurgistes venus de France et du Luxembourg. Pendant qu'une délégation des travailleurs rencontrait des députés européens, le président du Parlement Martin Schultz et le commissaire européen à l'Industrie, les manifestants restés en-dehors des bâtiments sont entrés en confrontation avec les policiers. "Cela ne me surprend pas. Dès notre arrivée, nous avons été traités comme une bande de criminels. C'est inacceptable" a expliqué David Camerini de la CSC. Des panneaux de signalisation auraient été jetés contre les services d'ordre qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Les travailleurs n'avaient pas reçu d'autorisation de manifester en raison de la présence du président tunisien au Parlement européen.

Manque de volonté politique

Le Commissaire européen Antonio Tajani, en charge de l'Industrie, a plaidé en faveur de la réindustrialisation de l'Europe. "Que ce soit à Liège ou ailleurs, chaque fermeture d'usine est une blessure. L'Europe a besoin d'une politique industrielle forte, spécifiquement dans deux secteurs clés, l'automobile et l'acier. Nous travaillons actuellement à l'élaboration d'un plan sidérurgique européen qui sera prêt en juin", a-t-il indiqué. Le 12 février, un débat sera organisé sur ArcelorMittal entre le commissaire Tajani et des ministres belges, français et luxembourgeois.

Fabrice Gomez de la FGTB a souligné qu'il avait précisé à ses contacts européens que le "démantèlement" de l'industrie sidérurgique était inacceptable.

Selon Philippe Lamberts (Ecolo), le commissaire Tajani et la Commission disposent de moyens mais ils manquent de volonté politique. Un représentant syndical français a déclaré que le "Tajani dit faire le maximum mais dit aussi qu'il ne peut rien faire".

La députée européenne sp.a Kathleen Van Brempt reproche à la Commission européenne d'être "passive" quand de grandes restructurations sont annoncées. Elle doit, selon elle, éviter que des décisions soient prises alors qu'elle ne coïncident pas avec la réalité.

La députée européenne Anne Delvaux (cdH) a pour sa part plaidé en faveur de l'instauration d'un véritable code de conduite des multinationales s'implantant en Europe. "Certaines pratiques ne peuvent plus être acceptées. L'Europe doit imposer des règles de fonctionnement, c'est-à-dire des droits et des devoirs pour les multinationales s'implantant sur notre territoire. L'idée n'est pas d'étouffer les entreprises, mais de leur rappeler que si elles ont des droits, elles ont aussi des devoirs", a-t-elle indiqué.

"Ils ont procédé à des fouilles corporelles, c’est hallucinant !"

Mais avant de rencontrer ces différents interlocuteurs, les sidérurgistes belges avaient été accueillis par les CRS. Les cars ont été fouillés après le dernier péage. Clairement, les forces de l’ordre françaises craignaient des débordements. Francis Gomez, délégué FGTB-Métal, témoigne : "C’est assez incroyable, ils ont chopé des voitures immatriculées en Belgique, ils les ont mises sur le côté, et ils ont procédé à des fouilles corporelles complètes. C’est hallucinant. On a rarement vu cela". Le syndicaliste s'est dit heurté par cette manière de procéder: "Ce n’est pas comme cela qu’un pays démocratique doit organiser la révolte verbale des travailleurs qui souffrent aujourd’hui parce que c’est un capitalisme tout à fait particulier qui agresse les travailleurs et on voit tous ces policiers en train de les défendre. Et ça, c’est scandaleux !".

De Belgique, c'étaient une trentaine d'autocars, escortés par la police, qui avaient emmené les travailleurs, dont certains venaient aussi d'autres entreprises de la région, en solidarité avec leurs collègues d'ArcelorMittal. "On vient de chez TNT. Toute la délégation syndicale est présente. On a fait la nuit et maintenant on se rend à Strasbourg, en signe de solidarité avec les gens d’Arcelor (…) Aujourd’hui, on est agressé par le capitalisme sauvage, analyse un autre travailleur. Alors, on se défend !" Car la crainte de voir "un désert économique" s’installer dans le bassin liégeois et, de manière plus générale, dans tout le pays, est bien présente. "On subit, il faut lutter contre toutes ces multinationales qui viennent appauvrir le pays."

Le calme est revenu vers 17h00 à Strasbourg et les travailleurs ont repris la route du retour.

RTBF

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir

L'actualité des régions en vidéo