Refus de serrer la main de l'échevin: huit mariages annulés à la Ville de Bruxelles

Alain Courtois n'a pas la même attitude que son homologue de Schaerbeek.
Alain Courtois n'a pas la même attitude que son homologue de Schaerbeek. - © OLIVIER VIN - BELGA

A la Ville de Bruxelles, l'échevin de l'Etat-civil Alain Courtois (MR) a une position très tranchée: lors d'une noce organisée à l'Hôtel de Ville, celui-ci ne la célèbre pas lorsque la future épouse refuse de lui serrer la main, majoritairement pour des raisons religieuses. Depuis l'arrivée d'Alain Courtois à la tête de cet échevinat, début 2013, huit refus de célébration ont été signifiés, le dernier il y a quelques mois à peine. 

"La religion n'a pas sa place à l'hôtel de ville"

"Quand un couple arrive pour se marier à la Ville de Bruxelles, je les accueille, en politesse élémentaire", indique Alain Courtois à la RTBF. "Je tends la main vers les deux futurs mariés. Si on me dit qu'on ne me sert pas la main pour des motifs religieux, j'explique alors que je ne suis pas en état de marier le couple. C'est aussi simple que cela. Il existe dans notre pays le respect élémentaire des personnes. J'estime donc qu'à l'Hôtel de Ville, la religion n'a pas sa place. Le mariage est un acte laïc, point à la ligne. Le moindre respect est de serrer la main aux gens. Les femmes se sont battues pendant des siècles pour obtenir un certain nombre de droits. Ce n'est donc pas le moment de lâcher sur cette question."

Selon Alain Courtois, la réaction des couples concernés (principalement de confession musulmane) lors de la signification du refus est souvent la même. "Certains sont assez surpris et ils finissent pas quitter l'hôtel de ville. Mais je reste ferme sur cette question." D'ailleurs, pour éviter toute surprise pour le couple, au moment de la déclaration de mariage quelques jours avant la célébration, "les services le préviennent que l'échevin n'acceptera pas qu'on ne lui serre pas la main. A la Ville de Bruxelles, les choses sont très claires." Si la règle de la Ville ne convient pas au couple? "Ils peuvent aller se marier ailleurs, ce n'est pas un problème."

Mariage célébré à Schaerbeek

Ailleurs, comme à Schaerbeek. Dans la cité des Ânes, l'échevin libéral de l'Etat civil Bernard Guillaume parle d'un à deux cas par mois. "Je réprouve le fait qu'on ne puisse pas accepter de me serrer la main. Mais je tiens à rester légaliste", affirmer l'échevin schaerbeekois. "Rien n'indique qu'un officier de l'Etat civil puisse refuser de célébrer un mariage pour ce motif-là. En cas de contestation devant les tribunaux, je suis certain que le couple obtiendrait gain de cause.

Concernant la légalité du refus à la Ville de Bruxelles, Alain Courtois admet ne pas la maîtriser. "J'ignore si c'est légal. Mais moi j'exprime toujours que dans ces circonstances, je ne suis pas en état de marier le couple. Il peut d'ailleurs contester la décision s'il le souhaite. Et la première contestation qu'il peut poser, c'est d'aller se marier ailleurs. Si mes collègues échevins dans les autres communes acceptent de les marier, moi pas." Actuellement, si le couple répond aux conditions de base (âge légal, absence de lien de parenté...), la loi prévoit qu'un Officier de l'Etat civil peut refuser un mariage en cas de suspicion de mariage forcé ou de mariage de complaisance en vue. Rien n'est prévu dans d'autres cas de figure.

Radicalisme laïque?

Alain Courtois l'admet, les cas sont extrêmement rares. "Très rares, d'où l'importance de rester extrêmement ferme." Fermeté ou radicalisme laïque en ces temps de frictions communautaires? "Aucun extrémisme laïque, pas du tout! La moindre des choses quand on vous tend la main, c'est de la serrer. Il s'agit d'un acte de politesse élémentaire, de civilité, de respect des personnes. Je ne demande pas la lune. Pour moi, des valeurs pour lesquelles nous nous sommes battus pendant des siècles ne peuvent pas être ainsi bafouées d'une manière purement symbolique et religieuse."

A Schaerbeek, sur 600 mariages par an, ces cas sont également qualifiés de minoritaires.  "En général, les couples qui adoptent cette attitude restent fermés et le mariage civil ne répond alors à aucune sorte de décorum comme on peut en avoir lors des autres mariages belges, turcs ou marocains. Ce sont véritablement des attitudes très particulières."

Rappelons qu'à la Ville de Bruxelles, en 2013, un employé de confession musulmane jugé extrémiste avait été licencié. Il avait refusé de serrer la main de l'échevine de la Culture Karine Lalieux (PS).

 

 

 

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