Michelle Martin est arrivée au monastère des Clarisses à Malonne

Michelle Martin arrive au monastère des Clarisses à Malonne
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Michelle Martin arrive au monastère des Clarisses à Malonne - RTBF
Rédaction RTBF

Après avoir quitté la prison de Berkendael ce mardi vers 20h40, Michelle Martin est arrivée vers 22h30 au monastère des Clarisses de Malonne. La Cour de cassation avait rejeté dans l'après-midi les différents pourvois visant à annuler la libération conditionnelle de l'ex-femme de Marc Dutroux.

Deux véhicules de police ont emmené Michelle Martin à destination du monastère des Clarisses à Malonne. L'équipage a changé de véhicules au cours du trajet entre la prison et le monastère. De nombreux journalistes et une cinquantaine de manifestants les y attendaient. Les manifestants brandissent un calicot géant sur lequel est inscrit: "Wij houden nog steeds van An en Eefje en van Julie en Melissa". Le dispositif policier a par ailleurs été renforcé, des barrières ayant été placées afin de tenir à distance la presse et les curieux. 

"Davantage d'écoute pour les victimes"

La Cour de cassation a suivi l'avis de l'avocat général et a rejeté les pourvois des parties civiles et du parquet contre la libération conditionnelle de Michelle Martin. Le jugement du tribunal de l'application des peines devient dès lors définitif.

Le 31 juillet 2012, le TAP de Mons s'était prononcé en faveur de la libération sous conditions de Michelle Martin. Le tribunal avait estimé que Mme Martin présentait des perspectives de réinsertion sociale. Le TAP avait également considéré que l'installation de Michelle Martin au sein de la communauté monastique de Malonne rencontrait raisonnablement les conditions d'éloignement géographiques, sollicitées par les victimes dans leur intérêt.

Les avocats de Jean-Denis Lejeune, Laetitia Delhez et de la famille Lambrecks ainsi que le procureur général de Mons avaient rapidement introduit des pourvois en cassation contre la décision du tribunal de l'application des peines. Ce pourvoi étant suspensif, Michelle Martin est restée en prison dans l'attente de la décision rendue ce mardi par la Cour de cassation.

Me Beauthier, l'avocat de Jean-Denis Lejeune et de Laetitia Delhez, avait annoncé qu'il porterait le dossier devant la Cour européenne des droits de l'Homme de Strasbourg si la Cour de cassation venait à rejeter le pourvoi.

"A mon sens, il faut un changement législatif. La loi doit être revue pour davantage de respect et d'écoute des victimes", a-t-il réagi à la sortie de l'audience. "Nous verrons dans les prochains jours les démarches que nous pouvons encore entreprendre", a-t-il encore déclaré avant de quitter le palais de Justice de Bruxelles.

Une décision conforme à la loi

Avant que l'arrêt ne tombe l'avocat général Raymond Loop avait confirmé devant la Cour de cassation dans la matinée que selon lui la décision du tribunal de l'application des peines de Mons de libérer Michelle Martin est conforme à la loi.

Dans son avis, l'avocat général a rappelé que le pourvoi en cassation n'était pas un recours supplémentaire. Il a également souligné que le pouvoir judiciaire avait à plusieurs reprises attiré l'attention du législateur sur le fait qu'il n'existait aucun appel possible dans le cadre de la procédure de libération conditionnelle.

D'emblée, Raymond Loop a souligné qu'il fallait la qualité de partie à la procédure pour pouvoir introduire un recours en Cassation. "Il est impossible selon moi d'interpréter la loi autrement", a-t-il dit, concluant dès lors à l'irrecevabilité des pourvois introduits par les avocats de parties civiles, soit de Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, Laetitia Delhez et Jean Lambrecks, le père d'Eefje.

L'avocat général a estimé que deux des moyens de cassation avancés par le parquet étaient non-fondés et le troisième irrecevable. Contrairement à ce que soutient le parquet, les finalités des conditions particulières et individuelles imposées à Michelle Martin ne doivent pas être motivées, considère l'avocat général. Ce dernier ne voit par ailleurs aucune contradiction entre le fait d'interdire à Michelle Martin de se rendre ou de résider dans les provinces de Liège et du Limbourg et celui d'imposer à la condamnée de résider à Malonnes, à Namur. Si le parquet voit dans ces conditions une certaine contradiction, l'avocat général y voit plutôt une complémentarité.

Les victimes "suffisamment été prises en compte"

L'avocat général a enfin estimé que les victimes avaient suffisamment été prises en compte dans la décision du TAP, alors que le parquet faisait remarquer que certaines victimes n'avaient pas pu confirmer les mesures d'éloignement qu'elles réclamaient initialement.

L'avocat de Michelle Martin, Me Thierry Moreau, partageait globalement l'avis de l'avocat général. Il a souligné que le tribunal de l'application des peines "ne devait pas suivre tout ce que les victimes demandaient" mais trouver un équilibre.

L'avocat de Jean-Denis Lejeune et Laetitia Delhez, Me Georges-Henri Beauthier, a quant à lui plaidé une nouvelle fois que ses clients n'ont pas eu droit à un procès équitable étant donné que la loi belge ne leur permet pas de participer à la totalité des débats devant le tribunal de l'application des peines.

Il ne faut pas remettre en cause tout le système dit la maman d'Eefje Lambrecks

Rachel Vanderhoven, la mère de Eefje Lambrecks qui, avec son amie Ann Marchal, fut enlevée et tuée par Marc Dutroux n’a pas fait appel contre la demande de libération de Michelle Martin, rappelle Le Vif. Elle a expliqué via son avocat qu’"il existe des lois pour défendre les droits individuels des citoyens contre les comportements de la société. Hélas, certains individus en profitent alors qu’ils ne devraient, stricto sensu, pas y avoir droit. Ce n’est néanmoins pas une raison pour remettre en cause tout le système. Si Martin répond aux conditions établies par la loi, il n’y a aucune raison que cette même loi ne s’applique pas aussi à son cas et c’est ce que nous devrions respecter."

Jean Lambrecks, le père d'Eefje, et sa compagne Els Schreurs se sont dit très déçus par la décision de la Cour de cassation. Ils sont fatigués mais gardent assez de force pour continuer à se battre.

"Nous savions qu'il n'y avait plus rien à faire. La loi, telle qu'elle est aujourd'hui, a été respectée. Mais je trouve que les politiques doivent agir. Si vous êtes condamné à 30 ans de prison, vous devez accomplir l'entièreté de votre peine. La législation doit clairement être modifiée", a réagi Jean Lambrecks.

Els Schreurs a pour sa part répété qu'ils comptaient aller jusqu'au bout pour faire aboutir leur plainte déposée auprès du procureur du Roi de Bruxelles contre Michelle Martin pour insolvabilité frauduleuse. "Nous voulons que Martin soit poursuivie et nous n'abandonnerons pas ce combat."

Jean-Denis Lejeune: "J'ai envie d'hurler"

Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie, une des victimes de Marc Dutroux, a réagi avec colère à la décision. "Même en y étant préparé, le coup de téléphone de mon avocat m'a fait froid dans le dos. J'ai envie d'hurler. Pour moi, Michelle Martin est autant responsable de la mort de ma fille que Dutroux. Elle est plus dangereuse que lui".

Pol Marchal : "J'en suis anéanti"

Pol Marchal, le père d'An Marchal, a fait part de sa grande déception, mardi, après l'annonce de la libération conditionnelle de Michelle Martin. "J'en suis anéanti. Mon combat contre Martin est terminé mais la lutte pour le statut des victimes, elle, n'est pas encore finie. J'ai combattu pendant 17 ans. Je vais désormais laisser retomber les émotions avant de voir rationnellement ce que je peux faire. Mais durant ces 17 années, je suis sans cesse revenu au même point: tout se passe en réalité au niveau politique où les lois sont écrites et votées", a déclaré Pol Marchal.

Ce dernier n'exclut pas de revenir en politique, sans toutefois disposer de plans concrets. "Je ne franchirai pas ce pas de manière aussi idéaliste que par le passé, avec mon propre parti. Si je reviens dans le monde politique, je veux m'inscrire dans un système existant", a expliqué Poll Marchal en regrettant particulièrement qu'on n'ait pas tenu compte d'où en sont les victimes.

"Il n'y a pas de discussion sur le fait que je me plie aux lois, telles qu'elles existent aujourd'hui, mais cela ne signifie pas que je suis d'accord", a-t-il ajouté.

Pol Marchal est enfin revenu sur la signature du ministre de la Justice de l'époque, Melchior Wathelet, qui avait permis que Michelle Martin et Marc Dutroux soient, par le passé, déjà libérés anticipativement sous conditions. "A peine 3 ans plus tard, ils recommençaient. Ensuite, les politiques ont décidé de confier les décisions relatives aux libérations à des tribunaux de l'application des peines. Encore un faux pas! Je ne sais pas s'il est sain de mettre ça complètement entre les mains de la justice", a conclu Pol Marchal.

L'avocat de Michelle Martin se dit confiant pour sa réinsertion

Me Thierry Moreau, l'avocat de Michelle Martin, a déclaré, à la sortie de l'audience de la Cour de cassation ce mardi matin, garder confiance en les soeurs Clarisses et en la population de Malonne. Il espère que celles-ci contribueront à une bonne réinsertion de sa cliente et au rachat de cette dernière vis-à-vis de la société.

L'avocat de l'ex-femme de Marc Dutroux rappelle qu'une réflexion est nécessaire sur le traitement de cas emblématiques comme celui de Michelle Martin. "Il faut un meilleur respect des droits fondamentaux. Ma cliente a violé des droits fondamentaux par ses actes, mais doit-on pour autant ne pas respecter les droits d'une personne humaine ? Michelle Martin souhaite se racheter vis-à-vis de la société et cette possibilité de réinsertion en est le moyen", a-t-il souligné.

Enfin, Me Thierry Moreau trouve très digne et courageuse l'attitude des soeurs Clarisses, qui acceptent d'accueillir Michelle Martin en cas de libération. "Je sais qu'au milieu des nombreuses critiques qui se sont abattues sur elles, elles ont également reçu plusieurs marques de soutien pour leur acte."

Marc Dutroux pourrait-il lui emboîter le pas ?

La possible libération conditionnelle de Michelle Martin pose la question de celles de Michel Lelièvre et de Marc Dutroux, les 2 autres acteurs principaux de l'Affaire Dutroux. Ce dernier y pense, il y croit depuis le début nous a confié son avocat.

Mais une libération de Marc Dutroux n'est absolument pas à l'ordre du jour. De toute façon, son cas est juridiquement différent de celui de Michelle Martin, a commenté Marc Preumont, célèbre avocat pénaliste et professeur à l'Université libre de Bruxelles. Il l'était l'invité du JT de 13h sur la RTBF.

Marc Dutroux a a été condamné à la réclusion à perpétuité, une peine assortie d'une mise à disposition du gouvernement pour une durée de 10 ans, a-t-il rappelé. "Ce qui rend très hypothétique une possible libération" a-t-ajouté avant de conclure : "La libération (de Marc Dutroux, ndlr) est plus que théorique".

Le bourgmestre de Namur se dit impuissant

Le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot (cdH), tient à préciser qu'il ne peut empêcher la probable venue de Michelle Martin au couvent des Clarisses, à Malonne. "Il ne dispose d'aucun instrument juridique pour ce faire à titre préventif", indique un communiqué de la Ville de Namur mardi.

Maxime Prévot réagit ainsi à certains propos diffusés sur les réseaux sociaux, affirmant que la venue de Michelle Martin pourrait être empêchée en raison des troubles que cela occasionnerait à l'ordre public.

L'édile indique ainsi qu'"en vertu de la loi sur les libérations conditionnelles notamment, le bourgmestre ne peut s'opposer à l'exécution d'une décision de justice, et dès lors empêcher la venue d'une personne chez un privé".

Le bourgmestre explique que les autorités communales se sont préparées au mieux à l'éventuelle arrivée de Michelle Martin, notamment en matière de sécurité. "Un effectif policier sera sollicité pour anticiper d'éventuelles réactions virulentes de concitoyens", ajoute le communiqué.

Maxime Prévot précise que ce dispositif policier est d'abord mis en œuvre afin de garantir la tranquillité et la sécurité du quartier et de "circonscrire au mieux les éventuelles tentatives de débordements ou troubles". 

"Les évêques respectent la décision de la Cour de cassation"

La Conférence épiscopale de Belgique a pris connaissance de l'arrêt de la Cour de cassation selon lequel la décision du tribunal de l'application des peines de Mons de libérer sous conditions Michelle Martin était conforme à la loi, a indiqué le porte-parole des évêques de Belgique, Tommy Scholtès, dans un communiqué.

"Les évêques comprennent la douleur des parents des victimes et des victimes elles-mêmes à la suite de la décision de la Justice. Ils ont pris connaissance de l'arrêt de la Cour de cassation et ils respectent cette décision. Suite à une demande de la Justice, les Clarisses ont accepté l'accueil d'une personne remise en libération conditionnelle qui souhaite se reconstruire", conclut le communiqué.

Des réseaux sociaux en effervescence

Les réactions sont très nombreuses sur Facebook et Twitter. Si beaucoup désapprouvent cette libération de Michelle Martin et appellent à la vindicte populaire, d'autres appellent à la modération et au respect de la justice. Une page, au titre provocateur, a d'ailleurs été créée dans ce sens sur Facebook. Elle existe depuis le 11 août et s'intitule : "Pour la libération de Michelle Martin et une justice équitable".

L'ensemble de nos articles sur la demande de libération conditionnelle de Michelle Martin et les réactions qu'elle a suscitées se trouvent dans le dossier ci-joint.

RTBF et Belga


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