Le blues des forains: taxe kilométrique, délocalisation et rude concurrence

Le blues des forains: taxe kilomètrique, délocalisation et rude concurrence
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Le blues des forains: taxe kilomètrique, délocalisation et rude concurrence - © ERIC VIDAL - BELGA

A Saint-Ghislain, le musée de la foire et de la mémoire fait revivre l’histoire des fêtes foraines à travers de nombreux objets d’époque. " L’art forain au début du 20ème siècle, c'était tout un environnement social.  On retrouvait tout dans les foires à cette époque, le scaphandrier qui venait d’être inventé, le phonographe... tout ce que la télévision n’apportait pas ", explique Patrick Demarbaix, le responsable du musée ".

" Un objet de consommation "

Depuis que les écrans ont envahi les foyers, les fêtes foraines d’autrefois ont évolué. "Aujourd’hui la foire est devenue un objet de consommation. Les parcs d’attractions sont des foires continues dont l'objectif est de faire découvrir le plus d’attractions possible à des clients. On est plus aujourd’hui face à des clients que face à la chaleur et la convivialité que l’on pouvait retrouver dans les foires d’antan", dit encore Patrick Demarbaix.

Un millier de forains

Les forains doivent faire face à la concurrence des parcs d’attraction et l’exigence du public. Ils sont encore un petit millier en Belgique et pourtant,  les foires sont moins nombreuses que dans le passé. " Je viens de la région de Charleroi. Avant il y avait 70 fêtes. Maintenant, il n’en reste plus que 20.  Comme le nombre de forains n’a pas diminué, malheureusement, on se retrouve tous sur une petite fête et on ne gagne pas assez d’argent pour vivre", déplore Jacques.

Une facture salée

Mais ce n’est pas tout, de nombreux forains constatent également une augmentation de leurs  frais. "Les années 70 -75 étaient vraiment les bonnes années pour nous. Les emplacements n’étaient pas trop chers. Maintenant tout augmente, même cette nouvelle taxe kilométrique qui vient s’ajouter. Le trajet Sambreville-Wasmes m’a coûté 30 euros ! On ne fait pas plus de recettes" s’inquiète Michel Ledoux, un autre forain.

Décentralisation

Autre difficulté: les places publiques sont moins accessibles. La tendance est à la délocalisation des fêtes foraines pour des raisons de tranquillité et de nouveaux aménagements dans les centres urbains. " On nous bouge de place, on nous installe dans les zonings, mais ce n’est pas là que sont les clients. Cela ne va pas, on perd nos emplacements " dit encore Michel Ledoux qui a parfois l’impression que les forains sont tenus à l’écart.

Des hommes et des femmes courageux

De tempérament combatif, les forains s'accrochent depuis toujours, quels que soient les aléas de la vie ou même la météo.  Ils résistent. "Cela a toujours été un métier difficile. Je pense qu’il ne convient pas à tout le monde. Il se transmet de père en fils. C’est pour ça que l’on vit beaucoup en communauté. C’est difficile à comprendre de l’extérieur " dit Carmen François.  Elle rajoute : "Si nous n’étions pas courageux, nous ne serions pas là aujourd’hui. C’est dans nos veines, on naît avec, on ne le devient pas ".

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