Le barreau de Tournai fait sa rentrée: des avocats insoumis

Maîtres Rivière et Bouthor
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Maîtres Rivière et Bouthor - © Cédric Ketelair

Cela s'est passé samedi après-midi, dans le salon de la reine de l’Hôtel de ville de Tournai. En présence notamment de nombreux magistrats et représentants des barreaux du pays. Il y avait aussi des élus dont la ministre fédérale Marie-Christine Marghem (MR), qui a pris les coups infligés à son gouvernement.

Maître Vincent Bouthor avait été désigné orateur cette année. L'avocat natif de Malo-les bains, près de Dunkerque, avait choisi de parler du procès de Pauline Dubuisson, une femme originaire de la même ville que lui. Elle avait été condamnée par la cour d’assises de la Seine, en 1953, à la peine de travaux forcés à perpétuité pour l’assassinat de son amant, Félix Bailly. Grâce à la seule jurée féminine, elle avait échappé à la peine de mort réclamée par l’accusation en raison notamment des ses histoires d’amour avec l’ennemi durant la seconde guerre mondiale.

Chargé de lui répliquer, le bâtonnier Jean-Philippe Rivière, a parlé "d’une autre héroïne" dans le cadre de cette affaire : la cour d’assises. Ardent défenseur du jury populaire, l’avocat pénaliste a dénoncé la réforme de la justice lancée par le gouvernement fédéral en s’adressant à l’un de ses membres, la ministre Marghem. "La cour d’assises est une ville dame qu’il convenait de rajeunir mais pas d’euthanasier", a déclaré l’avocat.

Me Rivière a rappelé que la cour d’assises était un acquis de la révolution française et qu’elle n’avait subi qu’une réforme majeure en France, sous le gouvernement de Vichy, triste référence historique. En Belgique, la réforme opérée l’an dernier par la Loi Pot-Pourri II, qui permet aux présidents de chambre des mises en accusation de renvoyer les crimes les plus graves devant le tribunal correctionnel, ne passe pas chez beaucoup d’hommes et de femmes de loi.

Samedi, beaucoup de gens ont bu de petit lait durant la réplique de Me Rivière qui a dénoncé la politique budgétaire du gouvernement fédéral. Il a aussi dénoncé les suppression des lieux de justice de proximité et les mesures prises contre les avocats qui seront sanctionnés en cas de procédures abusives en droit des étrangers.

Selon Me Rivière, l’actualité a remis au goût du jour une phrase écrite par Pauline Dubuisson lors de son procès : "je ne veux pas me soumettre à une justice manquant de dignité".

Quant à Me Coralie Fontaine, présidente du jeune barreau, elle s’est adressée avec beaucoup d’humour à un juge d’instruction présent dans l’assemblée en lui demandant d’attendre la fin des discours avant d’éventuellement placer l’un des avocats sous mandat d’arrêt.

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