L'œil pétillant, un petit foulard discrètement noué en bandana, Aïcha, turque de deuxième génération, sert à ses invités un potage qu'elle a fait venir de Turquie. ''Chez nous, on rompt le jeune avec une datte et de l’eau. Ensuite, on passe au potage. Bien sûr, après le potage, nous allons faire notre petite prière pour remercier Dieu. C’est un potage traditionnel de l’Anatolie. Pour le préparer, il faut faire sécher les tomates fraiches et puis les mélanger dans de la farine. Ensuite, on met les épices, la menthe, le thym et on continue à faire sécher le tout encore deux semaines, au soleil bien sûr. Et ensuite, on doit passer ça à la main et ça redevient comme de la farine. C’est tellement bon.’’
Shahinn, jeune turc bruxellois, tient à relativiser l'aspect nourritures terrestres de ce mois sacré. ''Le ramadan, ce n’est pas seulement de ne pas manger du matin jusqu'au soir. C’est aussi ne pas insulter, ne pas faire du mal et respecter son prochain. C’est surtout ça le ramadan. C'est l'occasion de penser à tous ceux qui n’ont pas de nourriture. En jeûnant, on commence à comprendre les gens qui sont dans la rue et qui n’ont rien à manger et ça nous fait réfléchir.’’
Ce soir-là, Aïcha recevait à souper une douzaine de personnes de diverses origines. ''Le mois du ramadan, c’est le mois de l’aumône. C’est le mois où l’on partage beaucoup. J'aime inviter les voisins. Par exemple, quand je cuisine, je partage avec mes voisin d'à côté. On ouvre notre porte à des gens qu’on ne connait pas. Sur ce, bon appétit !’’
Des rencontres interculturelles qui suscitent beaucoup d'intérêt
Pour mieux faire comprendre ce principe aux non-musulmans, BELTUD, l'association pour le dialogue et l'amitié belgo-turques, organise des soirées où se rencontrent des personnes de diverses origines et de diverses générations. Seval Kayman est l'organisatrice de la soirée. ''On a demandé à des familles d’origine turque d’accueillir des personnes non-musulmanes, ou plutôt qui ne pratiquent pas le jeûne, pour leur présenter à domicile leurs coutumes et leurs habitudes.’’
Grosse théière à l'appui, Aïcha explique la manière turque de faire le thé, un des ingrédients incontournables pour terminer le repas du soir. ''On met le thé dans la théière. Ensuite, on met l’eau en-dessous dans la bouilloire qui bout très fort avec la vapeur. Le thé doit être humide. Puis, on verse l'eau dans la théière et on laisse infuser. Quand le thé est un peu rouge, c’est qu’il est bon. Il ne faut pas boire le thé pur parce que sinon, tu n'arrives pas à dormir. Pourtant, c'est tellement bon le thé pur.’’
Pol vient de Malmedy, bien loin de Bruxelles. Il raconte pourquoi il est présent à cette célébration. ''C’est une invitation, la curiosité aussi. C’est une toute première pour moi. Je connais peu de musulmans mais je les trouve très accueillant et j’espère que d’autres personnes pourront vivre de tels moments.’’
Ezra, jeune turque de la troisième génération, est ravie de voir l'intérêt que suscitent ces rencontres. ''Ça ne se faisait pas avant. Peut-être parce que les gens ne parlaient pas la langue. Mais maintenant, ici, il y a beaucoup de jeunes comme nous qui sont nés ici et qui parlent la langue. Je suis contente de voir que les Turcs et les Belges savent se retrouver sous le même toit et manger dans le même plat.’’
Betty Cleeren




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