Dépeceur de Mons: le mystère demeure, 20 ans après la découverte du premier sac

Demain, il y aura 20 ans qu'un policier découvrait les premiers sacs poubelles contenant des restes humains à Cuesmes. C'était le 22 mars 1997. Un policier à cheval observe alors un chat qui joue avec quelque chose. Il a quelque chose dans la gueule. En s'approchant, le policier constate avec effroi que c'est une main. Une main humaine. La main venait d'un sac poubelle. De ces sacs, on en trouvera huit le premier jour, un neuvième le lendemain. Un dizième le jour suivant.

Entre le 22 mars et le 18 octobre 1997, une bonne quinzaine de sacs seront découverts.

L'affaire du dépeceur, c'est un dossier glauque, macabre. Des corps de femmes découpés avec une précision chirurgicale et qu'on retrouve, morceau après morceau dans des sacs poubelles dans la région de Mons (Cuesmes, Havré, Hyon).

Cinq victimes

On attribue cinq victimes au dépeceur. Toutes des femmes, âgées de 21 à 43 ans. Des femmes seules, habituées du quartier de la gare de Mons, un quartier qui n'avait pas très bonne réputation. Ces femmes sont: - Carmelina Russo (quadragénaire disparue depuis le 4 janvier 1996), Martine Bohn (43 ans disparue le 22 juillet 1996), Jacqueline Leclercq (33 ans, n'a plus donné signe de vie depuis le 22 décembre 1996), la plus jeune: Nathalie Godart (21 ans disparue le 16 mars 1997) et Begonia Valencia (37 ans disparue depuis juillet 1997).

En 20 ans, les enquêteurs ont exploré 1700 pistes. Il y a eu plusieurs suspects aussi: Léopold Bogaert, dit "Le Gitan", un Monténégrin qui a séjourné en Belgique, ou encore un médecin ORL de Mons. Aucune piste n'a jamais abouti. Il n'y a jamais eu aucune preuve. En réalité, cette enquête a été rendue particulièrement difficile par le fait qu'il n'y a pas de scène de crime, pas d'arme du crime (on ne sait même pas où ni comment sont mortes les victimes). Il n'y a quasi pas de traces ADN, d'empreintes. Sans compter qu'il y a 20 ans, les GSM étaient bien moins utilisés. Les enquêteurs n'ont pas pu se baser sur l'analyse de la téléphonie. Il leur a aussi clairement manqué le témoin-clé. Celui qui amène l'info déterminante, qui met la police sur la bonne piste.

Qu'est-il devenu ?

La question est : pourquoi ça s'est arrêté ? Pourquoi le tueur s'est-il brutalement arrêté après avoir tué et démembré (post-mortem) ses 5 victimes ? Et la vérité, c'est qu'on l'ignore. Les spécialistes estiment que le tueur en série a pu déménager, qu'il a pu être incarcéré. Ou qu'il est mort... voire "guéri". On peut tout imaginer. Puisqu'on ne sait pas qui c'est.

Aujourd'hui, il y a encore deux enquêteurs qui travaillent sur ce mystère. Au départ, la cellule CORPUS dispose de 12 enquêteurs. Rappelons que c'est l'affaire criminelle belge non résolue la plus importante de ces 50 dernières années.

Il y a encore un espoir ?

Vingt ans après les faits, certains continuent à croire qu'on pourra un jour résoudre le mystère. Dominique Francq est de ceux-là. Il est substitut du procureur du Roi de Mons et suit le dossier depuis le début. Il confirme que l'enquête n'est pas terminée et que des analyses sont encore menées aujourd'hui, avec l'aide des techniques scientifiques les plus modernes: "Nous avons un certain nombre de traces ADN qui ont été analysées avec les techniques de l'époque. Il faut bien reconnaître qu'en 1997, l'ADN était une notion un peu mystérieuse et on veut savoir s'il n'y a pas une possibilité de faire des analyses plus précises; vérifier s'il y a moyen de leur faire dire plus que ce qu'ils ont pu nous dire en 1997".

Les enquêteurs ont demandé à l'INCC (l'Institut national de criminalistique) de refaire des analyses sur les prélèvements de l'époque, à la lumière de la technologie d'aujourd'hui. On ignore quand ces analyses aboutiront. Les enquêteurs ont encore environ dix ans avant que les faits soient prescrits.

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