Alors l’esprit de la mesure figurait, Marie-Laure, déjà dans l’accord du gouvernement. Elle était voulue tant à gauche qu’à droite et elle était censée donner un signal du politique, un signal de modération salariale, alors que l’écart entre les plus hauts et les plus bas salaires va croissant. Donc l’idée c’est que le public doit montrer l’exemple et c’est une fausse bonne idée.
Premièrement, c’est assez hypocrite. L’initiative laisse entendre que les salaires des patrons du public se sont envolés comme par magie et que, d’autorité, le gouvernement allait enfin mettre un terme à ces pratiques si peu éthiques. Pure communication ! Si les salaires sont si élevés, c’est que les actionnaires publics ont décidé qu’à un moment donné, tel patron valait bien son salaire et ça pour le bien de la société. Quelques années plus tard, en pleine crise, ces mêmes actionnaires publics se retrouvent en difficulté de justifier leur choix. Ils préfèrent, on va le dire, la fuite à la responsabilité. En clair : une loi symbolique. Car, enfin, répétons-le, les conseils d’administration n’ont qu’à revoir les contrats à la baisse s’ils le peuvent. Fausse bonne idée donc, disions-nous
Deuxièmement, cela risque d’affaiblir à terme les entreprises publiques. 290 000 euros, ça reste un très bon salaire, convenons-en, mais il n’est sans doute pas suffisant pour attirer les meilleurs patrons que le privé, lui, pourra toujours se payer. Sinon on explique mal pourquoi Johnny Thijs, par exemple, le patron de La Poste, a gagné un million d’euros en 2011, sauf à croire que ce salaire a été gonflé dans le seul but de favoriser un copain. Alors, il faut conclure que, même si ça ne fait pas plaisir, ce salaire reflète la valeur de Johnny Thijs sur le marché et que si La Poste veut un bon patron, eh bien elle doit en mettre le prix. Dans cette logique de marché, le plafonnement des salaires dans le public finira inéluctablement par desservir le public au profit du privé qui, lui, aura les meilleures écuries de managers. Si la gauche veut un secteur public fort, c’est donc encore une fois, je le répète, la fausse bonne idée.
Enfin, troisièmement, le gouvernement fait semblant, en réalité, de travailler sur l’écart salarial mais il ne travaille pas vraiment sur l’écart salarial. Pour le diminuer, c’est simple, il y a deux possibilités : soit l’impôt, soit le plafonnement sur l’ensemble du marché du travail. Mais la proposition du gouvernement, c’est de laisser le marché fixer la valeur d’un patron, mais en se coupant la main, en se privant des meilleurs. En clair, le populisme ambiant risque de coûter assez cher à ce qu’il reste des entreprises publiques.
Bertrand Henne
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de talussaou Très bien dit, et ça va jusque 100 à 150 fois pour les "super salariés" dans le cas de Belgacom, accepter un salaire pareil est déjà une grave erreur de gestion en soi. (par opposition, essayez de créer une entreprise performante, et vous pourrez gagner via les actions)
05-06-2012 14:39 |
de Dominique « Si les salaires sont si élevés, c’est que les actionnaires publics ont décidé qu’à un moment donné, tel patron valait bien son salaire »... Je me demande parfois si les gens qui pensent VRAIMENT que certains VALENT plus de 10 ou 20 fois leurs employés sont de grands malades, de grands cyniques ou tout simplement de grands naïfs...
31-05-2012 23:21 |
de talussaou Pour être d'accord avec vous, il faut être convaincu que les patrons ont tellement de talent.
31-05-2012 13:23 |
de Sinndho Cette manière de procéder "en se coupant la main, en se privant des meilleurs", ne sera pas perdue pour tout le monde. Cela permettra surtout de placer à la tête des entreprises autonomes des "apparatchiks" dont l'inféodation à certains partis politiques tiendront lieu de compétence. Tout ça pour ça !
30-05-2012 20:04 |