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(Re)vivre en Belgique

OPINIONS | lundi 7 octobre 2013 à 13h35

  • La mise au point d’une jeune femme, Saadet Ozyurt, Belge d’origine turque qui vit en Angleterre et qui tente de se « construire une identité universelle, sans appartenance à quel que groupe ou catégorie » que ce soit. Elle est atterrée par les débats d’aujourd’hui en Belgique, comme les heures réservées aux femmes dans les piscines ou le port du voile.

    Née en Belgique, j’ai quitté le pays assez tôt pour l’Angleterre. A 16 ans, j’étais déjà loin de ma famille, mes amis et mes habitudes, seule dans un pays nouveau. Sous le regard inquiet de mes parents, j’avais pris la décision soudaine d’abandonner les études secondaires que je poursuivais brillamment dans une école libre catholique de qualité, et de repartir à zéro. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’adaptation a été facile, et même agréable. Après avoir suivi deux années d’enseignement dans un lycée public à ambiance plutôt ‘ghetto’, j’ai toutefois reçu une offre pour continuer mes études supérieures à l’Université d’Oxford, ainsi que dans plusieurs universités prestigieuses de Londres, Manchester et Leeds.

    De quoi parle-t-on en Belgique ?

    Aujourd’hui, après 5 ans bien remplis d’expériences fructueuses, je suis de retour en Belgique pour un stage dans le cadre des mes études. Inutile de dire qu’après une ouverture d’esprit totalement différente sur le monde, je suis sidérée de voir ce dont on parle encore actuellement dans l’actualité belge. On ne se rend pas bien compte de l’ampleur de la chose sans prendre du recul, je vous assure…

    On parle de l’enseignement gratuit pas vraiment gratuit. En Angleterre, il existe un grand nombre d’écoles privées, de toutes confessions (chrétienne, juive, musulmane et autres) dont le minerval s’élève parfois à plus de 10.000€ par an. Il existe aussi des écoles publiques gratuites, mais où il faut payer le matériel scolaire, les livres, les repas, les excursions et les voyages. On ne s’en plaint pas, chacun « étend son pied selon la taille de sa couverture ».

    On parle des signes religieux ostentatoires à l’école. En Angleterre, l’uniforme est imposé jusqu’à la fin de l’enseignement secondaire obligatoire. En revanche, le port de signes religieux est autorisé dans la grande majorité des écoles, et le règlement s’adapte volontiers aux différents codes vestimentaires, même dans les établissements les plus conservateurs. Par ailleurs, nombreuses sont les institutions qui continuent à séparer les filles et les garçons pour de meilleurs résultats scolaires (fait statistiquement prouvé), et nombreux sont les parents qui favorisent ces écoles pour leurs enfants.

    On a parlé des piscines ‘voilées’ ce 1er octobre sur La Une, et voilà qu’on en reparle encore dans la presse écrite. En Angleterre, la majorité des piscines publiques et universitaires offrent des tranches horaires réservées uniquement aux femmes, périodes durant lesquelles le personnel présent est exclusivement féminin et les stores sont baissés. Sans pour autant que cela suscite des polémiques. Simplement, les Anglais trouvent parfaitement normal que certaines personnes soient réticentes à pratiquer un sport en compagnie de personnes du sexe opposé.

    De l’autre côté du voile

    Mais pourquoi dis-je tout ceci?  Eh bien il se trouve que je porte le voile, et je vous parle de l’autre côté de ce voile, justement. Françoise Claude du service d’études des Femmes prévoyantes socialistes estime, je cite, qu’il faut faire changer les hommes au lieu d’isoler les femmes. Non ! Il faut simplement changer de mentalité en Belgique. De quelle isolation parle-t-on ? J’ai des contacts quotidiens avec des hommes, que ce soit dans le cadre de mes études, mon travail ou mes activités sportives, artistiques et linguistiques. Et ça reste mon choix, et mon droit, de pratiquer la natation entre femmes.

    Je suis lasse de me voir fichue systématiquement dans cette catégorie de « femme voilée ignorante-soumise-prisonnière de la culture islamiste et patriarcale ». En Angleterre, les gens n’accordent aucune attention à ce qui couvre ma tête, ils s’intéressent à ce qu’il y a dans mon cerveau, ce qui me semble tellement naturel… En Belgique, je subis au quotidien le regard pesant, questionnant et même parfois méprisant de certains. Il faudrait peut-être songer à écouter les personnes concernées, au lieu de consacrer des pages de journaux sur elles, sans jamais savoir ce qu’elles en pensent. Parlez-nous, posez-nous vos questions, dialoguez avec nous ! Je rêve que la Belgique que j’ai fuie pour ces raisons soit un pays moins méfiant de tout ce qui lui est inconnu, que ce soit au niveau confessionnel ou autre.

    Que perdrait-on à essayer?

    Saadet Ozyurt

    Saadet, 21 ans est Belge d'origine turque. Elle a été première lauréate d'un concours organisé par la Fondation Roi Baudouin et intitulé "A la recherche de mes racines", avec un texte sur sa grand-mère qui a émigré en Belgique à l'âge de 16 ans. Elle est étudiante en Littérature française et Linguistique à l'Université de Leeds.

     

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