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Que meurent les bibliothèques publiques !

OPINIONS | lundi 30 avril 2012 à 8h11

  • Pour toute une série de bibliothécaires travaillant en bibliothèque publique le projet d'augmenter les droits d'auteur à payer par ces institutions va les appauvrir. Et appauvrir du même coup tout le secteur du livre.

    Discrètes négociations

    Le 30 mars dernier, à Bruxelles, une réunion d’information concernant le dossier de la rémunération du prêt public a eu lieu de manière très confidentielle, comme le montre l’invitation discrète et tardive.

    Cette invitation confirme un fait de taille : les opérateurs concernés – dont les Fédérations professionnelles de Bibliothécaires - ne sont invités ni au débat ni à une négociation qui les concernent pourtant directement.

    Soucieux de pouvoir continuer à faire vivre "la magie de la rencontre" et la force que donne la lecture à un public le plus diversifié possible, les bibliothécaires de terrain, fatigués d’être assimilés à de " paresseux endormis ", réagissent..

    Quel est le problème?

    Les sociétés de gestion de droits d’auteur, estiment que les bibliothèques publiques portent préjudice aux auteurs et aux éditeurs. Elles ont donc introduit des procédures de recours auprès de la Cour de justice européenne, de la Cour de cassation et du Tribunal de première instance afin d’obtenir une augmentation des taxations avec effet rétroactifs,.

    Mises en application, ces taxes provoqueront notamment l’appauvrissement des collections, la réduction de l’accès à la documentation tant papier que numérique, et seront un frein à la modernisation de bibliothèques déjà sous équipées et qui manquent, pour la plupart, cruellement, de ressources professionnelles.

    Nous sommes souvent les premiers acheteurs, les premiers clients des éditeurs et des libraires. Parmi les premiers à faire connaître des auteurs et leurs œuvres qui, sans nous, n'ont pas de vitrine - ou si peu - lorsqu'ils ne figurent pas sur les listes des premières ventes, et cela en outre auprès d'un public qui ne fréquente pas toujours les librairies. Nous sommes, comme les libraires, des incitants à l'achat : combien de lecteurs ne décident-ils pas d'acquérir ou d'offrir un livre découvert à la bibliothèque ?

    Comment et pourquoi ne pas vouloir voir que ce que nous paierons en droit d'auteur, nous ne le paierons plus en acquisitions ? L'augmentation de la taxe du droit d'auteur conduira à la perte de visibilité d'une grande part de la production éditoriale, et donc à une perte sèche pour les auteurs, leurs éditeurs et les libraires.

    Lorsque nous aurons sensibilisé les personnes aux plaisirs et à l'intérêt de la lecture, où celles-ci iront-elles chercher leurs livres, chercher l'information ? Certains disposeront de leur liseuse, d'autres se fourniront chez Amazon, quelques-uns viendront encore occasionnellement dans l'une ou l'autre bibliothèque survivante, découvrir des collections appauvries. Et nous continuerons à lire et à raconter quelques albums par ci par là... Braves bibliothécaires !

    Réduire le partage

    Sensibiliser qui et lire quoi ? Si possible un conte de Grimm ou un extrait de Zola pour les auditeurs/lecteurs les plus rares possibles… Car si le nouveau décret nous incite à devenir des agents d’éducation permanente et à mettre en place des projets de développement des pratiques de lecture, d’autres sociétés de perception ont bien l’intention de mettre en œuvre d’autres taxes. En effet, la lecture de livres en animation engendre aussi des versements aux sociétés de droits. Seule exception possible, les œuvres tombées dans le domaine public, c'est-à-dire, dont les auteurs sont morts depuis 70 ans. A noter que la lecture du même livre dans une école n'oblige à aucune redevance... Cherchez la logique.

    Taxes, taxes encore, taxes toujours mais où va l'argent ? Quel partage ? Peu d'informations claires sur la redistribution des droits prélevés en bibliothèques. Les sociétés de gestion des droits d’auteur parlent d’un montant de 80% en direction des auteurs belges. Le doute est permis quant à cette répartition quand nous lisons dans la presse certains scandales agitant les sociétés de gestion.

    Braves bibliothécaires et bibliothécaires magiciens… Devenus des agents de développement des pratiques de lecture... pratiquant la recherche de livres tombés dans le domaine public. Oui, la lecture se partagera de moins en moins, oui un livre est bien trop cher pour être prêté, oui l’auteur restera sur son île déserte.

    Et les bibliothèques pourront être avantageusement remplacées par des machines distributrices de best-sellers : elles coûteront moins cher aux Communes qui, jusqu’ici, ont continué à les soutenir financièrement ; et qui pourront désormais réduire les budgets d’acquisition pour payer leurs " opérateurs de lecture " et les sociétés de perception.

    "Les services publics sont le patrimoine de ceux qui n'en ont pas" (J-L. Mélenchon)

    Au fait, ça sert à quoi un bibliothécaire ?

     

    Un collectif de 55 bibliothèques auxquelles s'associent les équipes professionnelles et des personnes privées. La liste des signataires peut être communiquée sur demande à Barbara Bolt (barbaraholt07@hotmail.com

     

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    • de ARTHUR Viste Et quoi encore?

      01-05-2012 19:01 | Répondre

    • de Anon Cela me fait penser à la logique d'ACTA. Oui, toujours plus d'argent, et cela ne sera jamais suffisant. Nous allons également droit vers la privatisation de l'éducation car nous savons tous ici que c'est un coût que les régions ne pourront assumer. Le seul espoir qu'il nous reste, si nous voulons donner la possibilité à tout un chacun d'avoir accès à la connaissance, est de créer du contenu sous des licences de type open-source (creative commons). Un peu de bon sens de la part de nos politiques est-il encore possible ou bien l'argent a-t'il eu raison de cela aussi ?

      30-04-2012 19:57 | Répondre

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    • de ARTHUR Viste Et quoi encore?

      01-05-2012 19:01 | Répondre

    • de Anon Cela me fait penser à la logique d'ACTA. Oui, toujours plus d'argent, et cela ne sera jamais suffisant. Nous allons également droit vers la privatisation de l'éducation car nous savons tous ici que c'est un coût que les régions ne pourront assumer. Le seul espoir qu'il nous reste, si nous voulons donner la possibilité à tout un chacun d'avoir accès à la connaissance, est de créer du contenu sous des licences de type open-source (creative commons). Un peu de bon sens de la part de nos politiques est-il encore possible ou bien l'argent a-t'il eu raison de cela aussi ?

      30-04-2012 19:57 | Répondre

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