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Parenthèse républicaine le 8 mai dernier, jour anniversaire de la capitulation allemande..

CHRONIQUES | vendredi 11 mai 2012 à 11h14

  • Voyez bien les images…Ils regardent « ensemble dans la même direction »… Mais que voient-ils, que perçoivent-ils ? A coup sûr, des horizons très différents, car l'un, Nicolas Sarkozy, soigne -avec talent, il convient de le noter- sa sortie, tandis que l'autre, François Hollande, travaille décidément le mouvement inverse…

    Moment en tout cas solennel que celui-là, évidemment politique, mais qui ressort tout autant, pour l'un comme pour l'autre, de la mise en œuvre d'une esthétique. Il s'agit pour chacun de réussir, sans risquer le faux pas, une étape mémorable qui, à l'instant, prend place dans l'histoire de France. Sacralisée par les médias, l'image, déjà, fait le tour du monde.

    Donc, en cette fin de matinée du mardi 8 mai, les deux hommes -les deux " présidents "- sont côte à côte pour commémorer ensemble, sous l'Arc de Triomphe, à Paris, le 8 mai 1945 qui, en Europe, marquait la fin de la guerre, la victoire sur le nazisme. Ironie de l'histoire, c'est l'effet d'une toute autre victoire, celle, deux jours plus tôt, du candidat de la gauche sur celui de la droite qui, bien entendu, nous vaut ce spectacle -un peu étonnant, tout de même-, et qui, cela dit, tout apaisé qu'il paraisse, ne préfigure absolument pas le climat d'affrontement sévère qui, dès la cérémonie terminée, va saisir à nouveau tout le petit monde politique rassemblé là.

     

    Au sens propre, donc : un moment d'exception. Nous sommes, en effet, désormais dans ce que l'on nomme parfois le " troisième tour " de l'élection présidentielle, c'est-à-dire celui qui débouchera sur les élections législatives du mois prochain qui donneront, ou non, au nouveau président la majorité nécessaire pour gouverner sans entrave. En sorte que l'enchaînement d'images parfaitement courtoises d'aujourd'hui apparait plutôt comme une parenthèse -partout définie comme " républicaine ".

     

    " Républicain ", le mot est, ces jours-ci, sur toutes les lèvres pour suggérer ou décrire ces instants d'unité nationale qui forcent à la trêve des combats. Et c'est ainsi que, parmi d'autres, Lionel Jospin -soudain retrouvé- aussi bien que François Fillon, Martine Aubry autant que Jean-François Copé ; tous, sans lyrisme excessif cependant (on sent malgré tout la parole qui se force avant d'élever à nouveau le ton), le sortent dès qu'un micro se tend vers eux.

     

    Ils en disent l'évidence, la nécessité, la vertu… Et va donc pour l'évocation émue des rassemblements républicains, des paroles républicaines, des gestes républicains, des poignées de main républicaines, des sourires républicains, tandis que la télévision nous offre une dernière image des cortèges des deux présidents, quittant lentement, comme à regret, la place de l’Étoile, selon le rythme imposé par un protocole -naturellement républicain…

    " L'esprit de la République est la paix et la modération "… Une autre parole historique prononcée, en ce mardi 8 mai, au pied de l'Arc de Triomphe ? Non, c'est plus ancien que cela : c'est Montesquieu qui écrivait ces mots, alors que, retiré dans son château de la Brède, en Gironde, il pensait si bien les rapports entre les humains. En somme, la politique.

     

    Pierre Delrock

    Retrouvez les chroniqueurs de Regards croisés du lundi au vendredi dans le grand journal de la mi-journée sur La Première.

     

     

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