Le débat sur le parcours d’insertion (" intégration " pour certains) vient d’être relancé en Fédération Wallonie-Bruxelles, et c’est une excellente chose. Il est simplement malheureux que cette réflexion redémarre après des incidents et des provocations, qu’elles fussent sociales ou politiques.… En tant que président du CPAS de Liège, je dis depuis très longtemps qu’un tel parcours est indispensable.
La langue, outil indispensable
En effet, nous voyons chaque jour passer par nos services des personnes d’origine étrangère, ou… belges, qui ne possèdent pas notre langue. Il y a quelques jours d’ici, un monsieur attendait devant ma porte pour avoir des informations relatives à sa santé… si j’ai bien compris, car il ne s’exprimait qu’à peine dans un anglais extrêmement limité et mélangé d’un dialecte africain indéterminé. Et qu’elle ne fut pas ma surprise quand il exhiba sa carte d’identité belge…. Incompréhensible !
Bien entendu le problème de la connaissance de la langue de la région est un des problèmes centraux de cette problématique, et au risque de me distinguer de mes amis et camarades, je pense que son apprentissage doit être obligatoire. Il doit l’être pour deux raisons : d’abord parce qu’il y va de l’intérêt des gens eux-mêmes, qui n’ont AUCUNE chance de trouver du travail (légal…) si cette connaissance est faible, voire on vient de le voir, inexistante.
Un outil d'égalité
Mais il y a une autre raison dont je n’ai pas entendu parler ces jours-ci, même si j’imagine qu’elle viendra bientôt à la surface : celle du droit des femmes et de leur propre liberté. Un apprentissage facultatif de la langue serait essentiellement masculin dans certaines cultures et partant de là, ce qui est un des points essentiels de notre forme de civilisation, soit l’égalité entre les hommes et les femmes, continuerait à ne pas être atteint. Dans le cas contraire, cet apprentissage, par son aspect obligatoire, obligera les maris à laisser sortir leur femme du foyer et à se construire ainsi un début d’indépendance personnelle.
Je plaide donc pour l’obligation d’apprentissage de la langue et je pense qu’à ce propos les CPAS sont des institutions qui pourraient être de bons vecteurs… Ceci dit, restons prudents: si tel devait être le cas il faudrait que les moyens adéquats en personnel, en fonctionnement et en locaux soient garantis, contrairement à ce qui se fait souvent quand nous sommes concernés.
Travailler pour s'intégrer
Partant de là, nous pourrions harmoniser et rendre plus efficaces le premier contact qui nous incombe et l’insertion professionnelle que nous assumons déjà – même si, ici aussi, il faut répéter que nos moyens n’atteignent pas, et de loin, les niveaux que la masse de demandeurs exigerait.
Dès lors, l’aspect obligatoire de l’autre partie de ce fameux parcours d’intégration se résoudrait de lui-même. Car, et nous le vérifions chaque jour, c’est le travail que recherchent ces gens et c’est par le travail qu’ils s’intègrent.
Il n’y aurait à partir de là nul besoin de se poser des questions " morales ", ou de risquer de jouer une culture contre une autre.
J’ai, en effet, la faiblesse de croire qu’alors, les choses se résoudraient très naturellement.
Restera à avoir la " main dure " avec les extrémistes de tous bords, qui contestent nos lois ; car celles-ci ne sont pas " à prendre ou à laisser ", mais simplement le socle fondamental de notre vivre ensemble.
Claude EMONTS, Président du CPAS de Liège.
Licencié en sciences sociales, Claude Emonts a été professeur dans le secondaire. Il est membre du parti socialiste et conseiller communal à Liège. Il est également président de différentes asbl à vocation sociale. Il s'est aussi investi dans des projets de coopération en Amérique latine.




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