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Obamacare: une victoire par le peuple et pour le peuple

OPINIONS | mardi 10 juillet 2012 à 12h46

  • Pour Olivier Nataf, un Français vivant aux Etats-Unis et militant du modem, l'approbation par la Cour Suprême de la réforme du système de santé du président Obama est une grande victoire. Mais va-t-elle permettre au président sortant d'être réélu alors que cette victoire a renforcé la rage républicaine? C'est toute la question.

    Faire de la politique en France et aux Etats-Unis ne relève vraiment pas des mêmes méthodes ou convictions. En France, le débat se fait finalement relativement sur le fond, même s’il reste assez démagogique pour la plupart des candidats, et les campagnes sont assez civilisées et réglementées notamment sur les dépenses. Je pense que l’existence d’une certaine dose de pluralisme (le PS et l’UMP ne totalisent que 55,8% des voix au premier tour des présidentielles 2012…), relève aussi le niveau en imposant parfois des sujets qui ne sont pas forcément ceux sur lesquels les deux partis majoritaires voudraient s’affronter.

    Bipartisme et discours simpliste

    Aux États-Unis, royaume du bipartisme, le discours reste extrêmement rhétorique, très simpliste notamment quand on écoute les débats des primaires Républicaines. Surtout, l'argent investit fait souvent la victoire et tous les coups sont permis: la vie privée, la famille, les amis, la religion… car "les Américains ont le droit de savoir". Peut-être en ferai-je le sujet d’un prochain billet, mais je voudrais d’abord et avant tout m’attarder sur un point qui me parait essentiel alors que, les élections françaises étant passées, je m’apprête à revêtir mon T-Shirt Obama-Biden (version 2008, il faut que je réactualise!) et que mon "bumper-sticker" 2012 est déjà bien voyant à l’arrière de ma voiture - ce qui doit faire jaser dans mon voisinage... Quelles que soient les convictions que l’on défende en politique française, on retrouve une majorité de Franco-américains ou expatriés pour soutenir les Démocrates au nom d’une motivation simple : "what is right versus what is wrong". Cette notion basique du bien et du mal peut paraître grossière et exagérée, mais elle est tout à fait légitime, et se vérifie très bien dans le cas du désormais fameux Obamacare.

    La croisade républicaine

    Comment expliquer la guerre, que dis-je, la croisade dans laquelle les Républicains se sont engagés, contre une loi juste et nécessaire pour les Américains, et qui constitue un véritable progrès pour le pays ? Le problème est bien là : ils ne peuvent pas laisser passer une telle victoire pour Barack Obama. Car il s’agirait d’une victoire personnelle d’abord, historique ensuite, et idéologique enfin. Personnelle, parce qu’il s’est engagé sur cette loi depuis sa campagne de 2007 et que les Républicains sont eux-mêmes responsables d’avoir affublé le "Affordable Care Act" du doux nom d’Obamacare. Comme le dit Obama lui-même: "Yes, he cares!". 

    Historique parce que tous les présidents, qu’ils furent Républicains ou Démocrates, se sont échoués sur l’iceberg aussi complexe que profond de la réforme du système de santé. On se souviendra en particulier de l’échec retentissant de Bill et Hillary Clinton dans les années 90 avec l’usine à gaz qu’ils avaient voulu faire passer en force contre l’avis de la plupart des acteurs du système.

    Enfin idéologique, car elle porte soit disant atteinte au "free-market" en mettant les fructueuses compagnies d’assurance sous pression face à la création d’une offre concurrente gérée par le gouvernement pour forcer la baisse du coût des polices d’assurance. Enfin, le nouveau mandat rendant la souscription à une assurance maladie obligatoire pour tout citoyen sous peine d’une pénalité financière - comme l’est actuellement l’assurance automobile pour tout conducteur d’ailleurs - est mis en jeu comme une atteinte aux libertés individuelles si chères aux américains, à juste titre ceci dit, mais souvent au détriment de l’esprit de solidarité gouvernementale (on trouve d’autre part aux Etats-Unis un effort admirable de soutien bénévole au niveau associatif, au sein des communautés et dans les quartiers, ainsi qu’une forte culture du don financier qui renforce pour eux l’idée du choix de faire ce qui est juste sans besoin d’intervention de l’Etat, mais c'est un autre sujet).

    Le jugement suprême

    Du coup 26 États, tous dirigés par des Républicains, ont porté plainte auprès de la Cour suprême, composée de 9 juges indépendants mais très politisés (5 plutôt Républicains contre 4 plutôt Démocrates), considérant l’Affordable Care Act comme une loi anticonstitutionnelle. Après 3 mois de délibération, les 9 juges ont approuvé la loi à 5 votes contre 4. Le juge Roberts, qui a fait peser la balance dans le sens des Démocrates, a expliqué que "le gouvernement fédéral n’a pas le pouvoir d’ordonner aux gens d’acheter une assurance santé, mais il a le pouvoir d’imposer ceux qui n’ont pas d’assurance maladie". Il est en effet prévu par cette loi que les pénalités soient recouvrées par le fisc américain (l’Internal Revenue Service, bien connu sous l’acronyme IRS) comme une taxe. C’est la victoire historique du passage d’une loi pour le peuple et par le peuple, la plus importante dans le domaine de la santé depuis la création de Medicare (sécurité sociale pour les personnes âgées) et Medicaid (sécurité sociale pour les pauvres) en 1965 sous le Président Johnson (par ailleurs encore mal jugé par l’histoire à cause de sa responsabilité dans l’enlisement de la guerre du Vietnam malgré un bilan remarquable en politique intérieure, un autre sujet aussi!). Le revers de la médaille est que la rage des Républicains a redoublé, et la levée de fonds pour Romney qui dépasse déjà celle de la campagne d'Obama, va elle aussi redoubler. Le leitmotiv est que le mot "taxe" a été lâché, ce qui est un argument fort contre Obama qui avait promis, et tenu, de ne pas augmenter les taxes sur la classe moyenne. Mais une taxe-évitable est-elle une taxe ou une pénalité? La nuance fera-t-elle la différence? Quoi qu'il en soit, les Républicains ont déjà investi $235 millions en publicité et affiches anti-obamacare et déclarent habilement à 4 mois de l’élection "Si on veut se débarrasser d'Obamacare, il va falloir remplacer le Président Obama". Cette victoire pour le peuple sera-t-elle reprise par le peuple?

    Olivier Nataf

    Français vivant aux Etats-Unis engagé politiquement en tant que Vice-Président MoDem US, membre co-fondateur des "Démocrates d'Amérique du Nord", et soutien actif de François Bayrou et Barack Obama. Se définissant lui-même comme centriste indépendant, profondément européiste, olivier Nataf s’intéresse aux systèmes de santé, à l'Economie en général et plus spécifiquement aux relations Franco-Américaines. Il tient un blog "Des mots crates" où cet article a été publié une première fois.

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