J'aime tout le football mais je n'aime pas tout dans le football où l'on trouve le meilleur et le pire qui de ce point de vue, est bien représentatif du monde dans lequel, nous vivons. Alors deux histoires croisées pour l'illustrer.
Mardi soir à Münich, match au sommet Bayern-Real de Madrid, 2-1, mais c'est pour l'anecdote car ce dont on avait le plus parlé ce soir-là et dans les jours qui ont suivi, c'est du fameux vol dans les vestiaires du Real, de 3 maillots et 6 paires de chaussures appartenant à ces super stars que sont Ronaldo, Benzema et Heusil.
Une affaire vécue par le club madrilène comme gravissime, comme une vraie profanation.
Grâce à un de vos confrères, Clément De Corse, il n'a pas encore sa carte de presse mais ça ne saurait tarder,
je sais tout de ce crime de lèse-majesté footballistique, il s'agissait de pantoufles Nike Mercurial, série limitée, à plus de 1.000 Euros.
Le responsable du matérial du Real a découvert la disparition des objets sacrés, il faut les appeler par leur nom, à 17 heures, alors que la porte du vestiaire était fermée.
La police de Munich a aussitôt lancé ses plus fins limiers pour essayer de savoir qui, du Colonel Moutarde ou du Docteur Olive, avait dérobé les fameuses Mercurial à 1.000 Euros. C'est comme si on avait touché au Saint Suaire de Turin ou à la Joconde.
C'est le football, Marie Laure, que je n'aime pas. Celui du fric et de la frime, le foot de l'arrogance et du bling bling. Le salaire de Ronaldo s'élève à 9 millions d'Euros par an, hors primes et publicité, le budget du Real Madrid est de 1 milliard 400 millions d'Euros, dans un pays, l'Espagne, tétanisé par la crise.
Et au moment où les projecteurs étaient braqués sur les lieux du stade dont on avait profané le sanctuaire, à Liège, disparaissait Lino Portolan, aux antipodes du foot spectacle.
Lino, c'était un des piliers de mon petit club de foot de Cointe, sur les hauteurs de Liège, un joueur amateur, un ex joueur amateur, il allait avoir 70 ans, professeur de latin dans le civil et il s'occupait des jeunes du club, quand j'y suis arrivé fin des années 70, à l'époque où la télé était toujours en noir et blanc ou presque.
Alors je me souviens que le premier jour, eh bien, il m'avait montré comment on fait correctement le nœud de ses chaussures dont je ne me souviens plus du prix, c'était en Francs Belges. Il nous encadrait, moi et plusieurs générations de jeunes fondus de football, avec passion mais aussi finesse, discrétion.
Et même retraité des terrains, même retraité tout court, même malade, eh bien Lino a continué de venir nous voir jouer tous les week-ends jusqu'il y a quelques semaines.
Je vous parle là d'un autre football, c'est celui que j'aime, celui des footeux, de l'amitié, des troisièmes mi-temps où l'on refait le monde, Lino était passionné de politique et tellement désolé de voir ce qu'était devenu son pays d'origine, l'Italie, sous la férule de Berlusconi.
C'est le foot des mordus, des gamins, à qui il faut apprendre à attacher leurs chaussures et des vétérans qui eux, ne veulent pas raccrocher les crampons.
Alors j'imagine que Christiano Ronaldo, avant de gagner un salaire mirobolant et de porter des Mercurial série limitée à 1.000 Euros, que lui aussi, a dû croiser dans sa vie, un homme comme Lino, un anonyme qui l'a canalisé, guidé, soutenu.
Quand je vois ces grands enfants multi milliardaires, jouer divinement bien, il faut le reconnaître, je me dis que ce n'est pas seulement pour le fric mais aussi pour le simple plaisir de jouer et de s'amuser.
Et que ce plaisir leur a été transmis par quelqu'un qui lui ne pensait ni au fric ni aux paillettes, quelqu'un qui, faut-il le dire, n'a jamais porté de Mercurial à 1.000 Euros.
Edouard Delruelle
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de Jean-Marc Luca Merci pour votre chronique, toujours très juste. Mais elle m'apprend aujourd'hui la disparition de mon Prof, Lino Portolan, qui a débouché et ouvert pas mal d'esprits: le mien, et celui de mes copains, grâce à ses cours de latin si vivants mais exigeants. C'était dans les 70's, au Collège St Joseph de Chênée: il nous a enseigné l'Humanisme, jour après jour; c'était notre "titulaire" (Tiens, un mot de foot;)) et surtout un modèle pour beaucoup d'entre nous. Je suis triste mais heureux qu'il ait partagé de bons moments avec vous et ses amis jusqu'à maintenant. Cordialement, Jean-Marc Luca
23-04-2012 20:22 |