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LE débat...

CHRONIQUES | vendredi 4 mai 2012 à 12h22

  • Voici Jean-François Copé, le patron de l'UMP, et voici Pierre Moscovici, le directeur de campagne de François Hollande.

    Interrogés séparément, à l'issue du débat de mercredi entre les deux candidats à la présidentielle française, ils ont le même sentiment - ou plutôt le même genre de sentiment - et ils sont l'un comme l'autre extrêmement heureux : "leur" candidat respectif a gagné et, rejetant toute nuance, il leur est apparu, bien meilleur que l'autre et seul apte à remplir la fonction...En fait, pas de surprise !

    C'est toujours ainsi à l'issue de ce type d'exercice, l'esprit critique n'étant pas le fort des supporters, surtout, lorsqu'ils sont en service commandé : ils sont donc tous contents. N'empêche : le jugement paraît bien péremptoire, si l'on compare avec les commentaires nuancés et précautionneux des analystes qui, dans le même temps, avaient un peu de mal à ne pas renvoyer dos à dos les deux candidats, tous bien d'accord, cependant, pour souligner la violence des échanges entre Hollande et Sarkozy, une violence probablement jamais rencontrée à ce point-là, dans les débats du passé.

    Il est vrai que le mot débat, largement affiché, convenait, ici, assez mal : il s'agissait, en effet, plutôt d'un affrontement âpre et sans aménité - déplaisant pour cela, car l'invective déclinée sur tous les tons ne porte pas précisément à l'intelligence et à la clarté. De plus, cette tonalité pousse à ne retenir que les éclats et à ne pas juger qu'en fonction d'eux ... Pas étonnant, finalement, que très vite - jugement de l'histoire - on ne retienne de ces confrontations que quelques répliques, quelques phrases ressassées dans toutes les rétrospectives et non quel qu'argument un peu élaboré.

    Pas étonnant non plus, qu'au bout du compte, tous les politologues s'accordent à dire que l'influence de ce genre d'exercice est plutôt marginale, ne confortant que des opinions déjà formées par ailleurs ... Mais voilà, tel quel - et c'est le paradoxe de l'affaire -, la rencontre, au demeurant toujours présentée comme décisive, est attendue avec impatience... et mobilise - oh ! combien- le public.

    L'audimat, comme toujours, a donc explosé : 18 millions de spectateurs ( sans compter ceux de Belgique, devenue française, ces temps-ci...), ce qui souligne- soit dit en passant - la force toujours réelle de la télévision dans les moments importants de l'histoire collective ... Cela n'échappe évidemment pas aux états-majors politiques qui, du coup, ne parviennent pas à ne pas verrouiller jusqu'à l'absurde la mise en image de l'émission, créant ainsi un spectacle figé, et aux harmonies funèbres, animé - mais le mot convient mal - par des journalistes pas trop à l'aise, qui font ce qu'ils peuvent, c'est-à-dire pas grand-chose, pour dominer le bruit et, à tout le moins, ordonner le débat et le faire progresser de la manière entendue...

    Le grand spectacle du grand débat n'est ainsi pas un grand moment de la télévision !

    Nouveau paradoxe, sans doute, mais, promis : il n'est pas impossible que, pour la prochaine fois, on négocie quelques plans de coupe ... C'est dans cinq ans : on a donc un peu de temps pour y réfléchir !

    Pierre Delrock

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