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La Floride : un des Etats clefs de la campagne

OPINIONS | lundi 17 septembre 2012 à 12h16

  • Suite de la série d'Opinions de Katya Long sur les présidentielle américaines. Avec aujourd'hui une analyse de la Floride. Un Etat qui "pèse" 29 grands électeurs sur les 270 nécessaires à l'élection du président et dont l'évolution sociologique pourrait favoriser Barack Obama

    La Floride, ses plages de sable fin, ses eaux turquoises, sa vie nocturne à Miami Beach … ses élections.

    La péninsule a connu son heure de gloire ou plutôt d’infamie en 2000 lorsque le résultat de l’élection présidentielle a dépendu des 537 voix qui y séparaient George Bush d’Al Gore. Au-delà de l’aspect insolite d’une présidence d’un pays de plus de 300 millions d’habitants décidée par une poignée de bulletins de vote, la Floride reste un état intéressant. Favorisant jusqu’à présent légèrement les républicains, le Sunshine state a connu 5 gouverneurs républicains et 5 gouverneurs démocrates depuis le milieu des années 1960. Il a choisi le candidat républicain aux élections présidentielles depuis les années 1950 sauf dans le cas où le candidat démocrate était un sudiste (Johnson, Carter et Clinton). Evidemment, en 2000 cette règle a été invalidée avec la défaite (certes contestée) de Gore, un élu du Tennessee.

    Un reflet de l'évolution du pays

    Depuis 1996, la Floride est un swing-state où les deux candidats dépensent énormément d’argent et d'énergie pour convaincre les électeurs de leur attribuer les 29 grands électeurs de l’état. Au delà de l’image caricaturale d’un paradis tropical peuplé de Cubains et de retraités de New-York, la Floride est un état complexe où se côtoient les enjeux et les transformations de l’Amérique. La politique floridienne est dominée géographiquement par un clivage entre le nord rural et conservateur, très proche de la culture du Old South décrite par le sociologue Daniel Elazar (American Federalism : A view from the States, 1972), c’est-à-dire une société traditionnelle, hiérarchique, où la politique sert à maintenir le statu quo et où tout changement éveille les suspicions et le centre (Orlando) et le sud (Miami), régions urbaines et métissées, plus progressistes. S’ajoute à cela 17% de personnes de plus de 65 ans (la moyenne nationale est de 13%) et une importante population militaire qui tendent tout deux vers les républicains.

    Mais l’avenir de la Floride c’est sa population latino qui représente aujourd’hui 16% de l’électorat et qui avec une croissance démographique forte jouera un rôle de plus en plus important dans les années à venir. Malgré le nombre important de latinos, les candidats démocrates aux élections présidentielles y ont longtemps peiné. En effet, alors même que cette catégorie de la population favorise le candidat démocrate au niveau national de façon nette (Bush, le candidat républicain ayant le mieux réussi auprès de l’électorat latino avait reçu 45% de leurs voix en 2004), en Floride, jusqu’en 2006 les hispaniques étaient plus nombreux à se déclarer républicains que démocrates et en 2000 Bush a recueilli 49% des voix des hispaniques en Floride alors qu’au niveau national ils n’étaient que 35% à le choisir. La particularité floridienne s’explique par la composition de la minorité latino.

    Le poids des Cubains

    Alors qu’au niveau national, 64% des hispaniques sont d’origine mexicaine, en Floride le plus gros bloc d’hispaniques vient de Cuba (plus d’un tiers). Et c’est là la différence. Pendant des décennies, les américains d’origine cubaine, particulièrement en Floride, ont soutenu le parti républicain en raison de ses positions très fermes sur Cuba. En 2000, alors que Bill Clinton avait mis fin au droit d’asile automatique pour les Cubains en créant la politique de wet foot / dry foot (un candidat à l’asile appréhendé dans l’eau sera refoulé alors que s’il parvient à la terre ferme l’asile lui sera accordée), George Bush avait recueilli 81% des voix des Cubains de Floride. De plus, la politique d’asile des États-Unis vis-à-vis des Cubains qui parviennent à mettre le pied sur le territoire américain signifie qu’ils ne se sentent pas concernés par les politiques anti-immigration du parti républicain (théoriquement, les autres électeurs latinos ne sont pas concernés au premier chef par cette politique non plus puisqu’ils sont pas définition citoyens américains mais une solidarité de communauté fait qu’ils y accordent de l’importance). Enfin, la communauté cubaine de Miami est relativement aisée par rapport aux autres communautés latinos du pays, et protégée des discriminations du monde "anglo" de par sa concentration géographique. De ce fait, les politiques sociales, éducatives et d’emploi du parti démocrate qui justifient le soutien des latinos ne sont pas un enjeu majeur pour eux.

    La réussite du parti républicain en Floride s’expliquait donc par une coalition entre les électeurs conservateurs du Nord de l’état, le vote militaire et retraité et les Américano-cubains du comté de Miami-Dade, le plus peuplé de l’état (où ils représentent 54% de la population).

    Une sociologie politique qui change

    Mais aujourd’hui cette coalition connaît ses limites. Depuis 2006 en effet, les hispaniques en Floride sont plus nombreux à se déclarer démocrates que républicains et cette tendance ne fait que s’accélérer. Les Américano-cubains voient leur hégémonie au sein de la communauté latino menacée par les Portoricains installés autour d’Orlando dans le centre de l’état (29% contre 32% d’Américano-cubains) qui tendent à voter pour le candidat démocrate (et devraient soutenir d’autant plus Obama cette année après la nomination à la Cour Suprême de Sonia Sotomayor qui est d’origine Portoricaine). Ainsi, en 2004, les Américano-cubains représentaient 55% des électeurs latinos mais ils n’étaient plus que 40% en 2008 (ceci s’explique en partie par une mobilisation plus forte des autres communautés hispaniques enthousiasmées par Obama). De plus, des changements s’opèrent au sein même des Américano-cubains qui, s’ils restent largement fidèles aux républicains, votent de plus en plus pour les démocrates. Ceci est dû à une perte de pertinence de " l’idéologie de l’exil " (Girard, Grenier & Gladwin, 2012) chez les plus jeunes pour qui Fidel Castro ne représente plus une menace et qui souhaitent voir lever les obstacles au tourisme et au commerce avec Cuba.

    Aujourd’hui, la Floride reste au cœur de la campagne présidentielle. Obama y a un léger avantage et s’il peut gagner l’élection tout en perdant le Sunshine state (en prenant la Virginie, le Wisconsin, le Nevada par exemple), les choses sont beaucoup plus difficile pour Mitt Romney. Les bureaux de vote en Floride ferment à 19h, heure de New York le 6 novembre. Si les médias y annoncent Obama vainqueur, Mitt Romney devra préparer son discours de défaite.

    Katya Long, chargée de recherche au FNRS

    Spécialiste du système politique américain, Katya Long a consacré sa thèse au dilemme républicain dans les premières décennies de l'histoire des États-Unis. Elle est aujourd'hui attachée au Centre de recherche sur la vie politique de l'ULB (CEVIPOL) et s'intéresse particulièrement à la présidence américaine.

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