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La Belgique : entre réforme et nombrilisme

OPINIONS | vendredi 14 septembre 2012 à 13h29

  • Poursuite de nos regards "étrangers" sur la Belgique. Celui d'un jeune politologue allemand, européen convaincu, Olaf Wientzek, qui vit chez nous depuis 2008. Il vient donc d'un pays très fédéral mais s'étonne de notre fonctionnement institutionnel.

    En janvier 2011, en plein milieu de la crise politique belge, un des plus grands quotidiens allemands publiait un article intitulé : " Au chevet du patient belge. Un pays qui n’existe plus, n’a plus besoin d’un gouvernement. Le théâtre politique entre Flamands et Wallons sera-t-il un exemple pour l’Europe ? "

    Certes, cet article était polémique et a, à certains égards, simplifié la problématique. En outre, il était révélateur d’une certaine ignorance du système politique belge et de la culture politique du pays. Néanmoins, il reflétait bien l’incompréhension du public allemand des difficultés rencontrées par la Belgique pour parvenir à un accord sur la formation d’un gouvernement et sur une réforme du système fédéral belge.

    Un pays complexe, incompris

    A priori, cette incompréhension paraît étonnante : l’Allemagne, elle-même un état fédéral, devrait mieux comprendre les difficultés d’une réforme profonde des structures fédérales. Elle-même a eu besoin de plusieurs années avant d’aboutir à un accord sur la " Föderalismusreform " : après une tentative échouée en 2004, ce n’est qu’en 2006, soit après un an de négociation, qu’une grande coalition s’est mise d’accord sur une réforme du fédéralisme. L’objectif de la réforme : rendre le système plus efficace, plus compétitif et plus transparent, à savoir le même objectif que la 6ème réforme de l’Etat belge. Mais contrairement à la Belgique, seuls deux partis négociaient cette réforme. De plus, un accord détaillé sur la réforme du fédéralisme n’était nullement, comme en Belgique, une condition préalable à la formation d’un gouvernement.

    Une autre raison de l’incompréhension allemande réside dans la complexité d’un fédéralisme dissociatif basé sur un " double fédéralisme " des régions et des communautés, système très différent du système des 16 Länder allemands. Une autre explication est la dimension communautaire du conflit. Vu de l’extérieur, l’acharnement avec lequel le débat sur les questions linguistiques était mené paraissait pour le moins surprenant. En outre, il reste difficile de comprendre à quel point les polémiques autour de la scission de BHV ont contribué à une crise profonde du pays. Les réactions assez sobres (parmi le public flamand) après l’accord sur BHV semblent montrer à quel point le débat était disproportionné.

    Pour un fédéralisme coopératif

    Néanmoins une réforme très profonde de l’Etat semble toujours nécessaire pour tenir compte des différentes conceptions socio-économiques entre le nord et le sud du pays. A une époque marquée par l’austérité budgétaire, ces disparités deviennent encore plus visibles: dans le débat sur la crise, la Flandre, dominée par les partis de centre-droit, s’oriente clairement vers les Pays-Bas et l’Allemagne. Le soi-disant " modèle allemand " est une référence régulièrement utilisée. Le sud du pays, avec son électorat majoritairement de gauche, s’oriente plutôt vers la France. Il en résulte un discours politique très différent entre le nord et le sud avec ce qui apparait comme un manque de consensus sur le système socio-économique du pays.

    La différence d’orientation politique des entités fédérées n’est en soi rien d’extraordinaire : en Allemagne, il y a une majorité structurelle de droite en Saxe ou en Bavière alors qu’on trouve un paysage politique largement dominé par la gauche à Brandebourg. Mais contrairement à la Belgique, il y a un consensus sur le système socio-économique. Le désir flamand d’un fédéralisme très compétitif avec une plus large autonomie sur le plan socio-économique paraît non seulement compréhensible, mais aussi logique et nécessaire pour tenir compte des conceptions différentes au nord et au sud du pays.

    Malgré la nécessité d’un fédéralisme encore plus compétitif, le fédéralisme belge devrait en même temps être coopératif pour mieux profiter des synergies entre la Capitale et sa périphérie : la coordination très étroite entre Berlin et le Land Brandebourg pourrait servir d'exemple. Malgré la sensibilité de la question linguistique, il serait important d’aboutir à une solution pragmatique.

    Un miroir de l'Europe

    En dépit de l’importance de la réforme de la Belgique, il serait important pour l’Allemagne et l’Europe que les débats sur l’avenir de la Belgique ne consomment pas trop d’énergie politique et qu’ils ne mènent pas à un nombrilisme national, régional ou communautaire. Un exemple : depuis 2011, la perspective des élections communales (malgré la tentative de certains acteurs qui les dessinent en tant que referendum sur le gouvernement, ce sont toujours des élections locales) semblait parfois paralyser les acteurs politiques.

    La Belgique (et non pas la Flandre ou la Wallonie) est toujours considérée comme un partenaire crucial de l’Allemagne dans l’intégration européenne, dans la crise et aussi dans l’effort pour avancer vers une Union Politique. Mais ce sont les relations bilatérales qui constituent la base de ce partenariat. Une introspection permanente risque d’affaiblir ces liens. Les réseaux entre l’Allemagne et les Pays-Bas au niveau politique, économique et social paraissent déjà beaucoup plus développés que les liens tissés entre l’Allemagne et la Belgique.

    L’introspection doit également être évitée par les partis politiques. Les trois grandes familles politiques du pays ont joué un rôle extraordinaire dans les trois grands partis européens. A un moment où les partis européens jouent un rôle de plus en plus important, les partis belges doivent continuer d’assumer un rôle actif en Europe – d’autant plus que la division des forces politiques selon la frontière linguistique risque à moyen terme de réduire le poids des partis belges au niveau européen.

    Finalement, comme l’indique l’article précité, il ne faut pas sous-estimer le fait que pour les autres pays, la Belgique est souvent perçue comme l’Europe en miniature : la Belgique est, en effet, le seul exemple d’un pays plurilingue avec un système complexe comprenant plusieurs niveaux de gouvernance. Un échec du fonctionnement du vivre ensemble et de l’avancement des réformes de la Belgique serait donc aussi interprété en tant comme un mauvais présage pour le développement de l’UE en Union Politique.

    Olaf Wientzek, collaborateur scientifique à la Konrad-Adenauer-Stiftung

    Olaf Wientzek, 30 ans Allemand d'origine polonaise. A fait des études de sciences politiques et de droit public à Münster et à Lille et passé un master au Collège d'Europe à Natolin en Pologne. A travaillé à l'International Crisis Group avant de rejoindre la fondation où il travaille actuellement.

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