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Game over

CHRONIQUES | mercredi 20 juin 2012 à 12h16

  • Avez-vous déjà entendu parler de Lycérius ?

    Et bien, il s'est fait connaître sur la toile très récemment. C'est un joueur américain qui a commencé il y a 10 ans, un jeu de gestion d'empire, qui s'appelle pour l'information : Civilization 2 et qui n'a toujours pas terminé sa partie.

    Après 10 ans, il demande de l'aide sur Internet, car il ne parvient plus à évoluer. Il s'est retrouvé dans une triangulaire. Son empire, les Celtes contre les Vikings et les Américains qui l'attaquent à tour de rôle. C'est donc une guerre qui dure maintenant depuis 1700 ans dans le temps du jeu et qui à rendu son monde invivable, un vrai marécage rongé par l'hiver nucléaire et cerise sur le gâteau, la population du monde à décliné de 90%.

    Outre le fait que Lycérius n'est peut-être pas un très bon joueur, outre que ce n'est qu'un jeu, avec des règles qui sont évidemment bien moins complexes que la réalité, il y a peut-être quand même quelque chose à tirer de cette histoire. La triangulaire de Lycérius illustre en plein une situation où pour affirmer leur puissance et leur survie à court terme, les États en viennent à se détruire mutuellement et se retrouvent dans une situation où tout le monde est perdant à la fin, c'est un classique de la géostratégie.

    C'est la situation paradoxale que vit l'Europe d'aujourd'hui, point de guerre nucléaire évidemment chez nous mais quand même un conflit, un conflit économique, une lutte de puissance et d'influence qui nous conduit aujourd'hui et certainement demain à être tous perdants. La partie a commencé à mal tourner déjà avant la crise de l'Euro, au moment où l'Allemagne décide de cliquer sur la baisse des salaires pour se réindustrialiser au dépends du reste de l'Europe ou quand l'Irlande, inondée de subsides européens, choisit le bouton baisse de la fiscalité pour attirer les entreprises de hautes technologies notamment aux dépends là aussi du reste de l'Europe.

     

    Nous, nous la jouons donc un petit peu Civilization. L'intérêt général paraît pourtant évident, plus de fédéralisme, de cohésion mais il supposerait que chaque joueur mette ses intérêts de côté un instant. C'est ce que le philosophe Américain John Rawls appelait le voile d'ignorance. Il n'y aura pas d'alternative à la guerre de sécession larvée que vit l'Europe, sans ce voile d'ignorance, sans un nouveau contrat social européen, sans ce moment où les dirigeant parviennent à s'extraire des contingences de leur intérêt particulier.

     

    Alors la solution à la triangulaire, revenons à notre jeu de Civilization, est simple, il faut que les trois joueurs se mettent autour d'une table, se drapent d'ignorance, partagent un bout, un petit bout de ce que l'on appelle une utopie, une capacité à s'extraire du temps et d'un lieu pour reconstruire un début projet commun, un début de confiance mutuelle. Alors sur un PC, un humain jouant contre une intelligence artificielle, a évidemment peu de chance d'y arriver.

    Mauvaise nouvelle, en Europe, la partie se joue à 27, mais bonne nouvelle, il n'y a pas d'intelligence artificielle, il n'y a pas que des calculs derrière les relations entre les États, en tous cas, on a tous intérêt à l'espérer si on veut éviter le Game Over et si on veut éviter de voir les Chinois et les Américains définitivement gagner la partie.

    Bertrand Henne.

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