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Elections françaises : la gauche et le vote FN

CHRONIQUES | lundi 7 mai 2012 à 13h40

  • François Hollande a gagné, mais les Socialistes se gardent bien de tout triomphalisme. Le slogan de 81, « changer la vie », n'est plus d'actualité en période de crise. Mais il y a une autre inquiétude, perceptible hier soir sur les plateaux de télévision, c'est la force politique que représente désormais Marine Le Pen.

    Certes, ceux que le FN met en mauvaise posture, c'est surtout l'UMP à quelques semaines des législatives qui risquent d'être sanglantes pour le parti de droite. Mais pour le PS français aussi, le FN de Marine Le Pen représente une menace, plus diffuse, plus lointaine, mais plus structurelle. Je m'explique.

     

    Quand on examine le vote Le Pen, qu'est-ce qu'on constate ? Que son socle électoral, est en fait celui de la gauche traditionnelle : les ouvriers, les employés, les chômeurs et les jeunes, soit quatre catégories qui votaient historiquement à gauche, mais qui, au premier tour, ont davantage voté pour Marine Le Pen que pour François Hollande. Le public-cible du FN, ce sont les perdants de la mondialisation, ceux pour qui la dérégulation économique a jeté dans le déclassement social et la relégation hors des villes.

     

    Parallèlement, on voit que l'UMP et le PS deviennent les représentants des gagnants de la mondialisation : pour l'UMP, ce sont les professions libérales et les retraités ; pour le PS, les cadres et les fonctionnaires.

     

    Peu avant les élections, d'ailleurs, un think tank (groupe de réflexion) proche du PS français, Terra Nova, avait fait polémique, car il recommandait au PS de François Hollande de prendre acte qu'il n'était plus un parti ouvrier et de s'assumer comme le parti des classes moyennes, des intellectuels et de la diversité, autrement dit,  un parti de bobos, coupé des classes populaires. Alors les élections en Grèce montrent le danger de cette évolution quand elle est couplée avec une crise sociale majeure, on vient d'en parler.

     

    On va me répondre que tout ça ne vaut pas pour la Belgique où l'extrême-droite est inexistante et où le PS reste le parti des employés et des ouvriers. Eh bien, je crois qu'on se tromperait gravement du côté du Boulevard de l'Empereur si l'on ne s'inquiétait pas de cette lame de fond sociologique qui touche toute l'Europe.

     

    Si l'extrême-droite fait des scores en Wallonie, ce n'est pas parce que le peuple wallon serait plus vertueux, mais parce qu'aucun leader populiste n'a encore réussi à émerger. Mais il y a chez nous aussi, comme en France, dans les classes populaires, un sentiment d'abandon auquel les partis traditionnels n'arrivent plus à répondre.

     

    S'ils ne veulent pas perdre prise sur cet électorat, eh bien, ces partis (et singulièrement les Socialistes) doivent entendre ce qu'il dit à travers le vote d'extrême droite. Car le vote populiste est en fait un vote rationnel, qui consiste à mettre devant les yeux de la classe politique ce qu'elle ne veut pas voir : la dérégulation de l'économie-monde, le démantèlement des protections et des frontières, la dévastation des quartiers.

    La gauche commet une erreur monumentale en faisant comme si " sécurité ", " identité " ou " immigration " étaient des gros mots ou des tabous. Ce sont de vraies questions, qu'il s'agit d'arracher au monopole des populistes ou de ceux, comme Nicolas Sarkozy, qui courent vainement derrière eux. De vraies questions auxquelles il faut apporter des réponses concrètes et respectueuses des droits et des libertés. Comme le titre le journal Le Soir aujourd'hui, " Hollande est Président, mais c'est pas gagné " …

    Edouard Delruelle

    Retrouvez les chroniqueurs de Regards croisés du lundi au vendredi dans le grand journal de la mi-journée sur La Première.

     

     

     

     

     

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