Les entreprises, et par extension les administrations de demain, seront imprégnées de valeurs qui ont fait le succès des entreprises du Net dans les années 2000. Mais quels seront les moteurs de ce changement ? Et quels seront les bouleversements induits par cette nouvelle culture d’entreprise ? Voici quelques éléments de réponses.
Une peur irrationnelle des réseaux sociaux
Il est toujours étonnant de constater les réactions d’extrême méfiance, voire de peur, que peuvent provoquer l’ouverture massive d’une entreprise ou organisation aux réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter, Youtube et Linkedin. Cette peur explique l’adoption plutôt timide des réseaux sociaux à des fins professionnelles en Belgique et dans d’autres pays d’Europe.
Mais cette peur marque surtout le caractère profondément révolutionnaire des réseaux sociaux et autres formes de collaboration en ligne qui ont fleuri sur le Net depuis le début des années 2000.
La conjonction de trois phénomènes mondiaux
Croire, en effet, que les réseaux sociaux ne sont qu’un épiphénomène social serait méconnaître trois phénomènes parallèles qui contribuent non seulement à modifier la manière dont nous organisons notre vie sociale, mais également notre rapport au travail et à l’entreprise.
Le premier de ces phénomènes est le plus voyant, c’est l’arrivée massive des nouvelles technologies dans nos vies. Smartphones, tablettes numériques, réseaux sociaux, téléphonie par Internet bouleversent la manière dont nous produisons et consommons du contenu et de l’interaction sociale.
Les départs à la retraite massifs de baby-boomers qui ont déjà commencé vont s’accompagner de l’arrivée toute aussi importante de trentenaires à des postes de management. Ces trentenaires sont connus sous le nom de code sociologique de « génération Y ». Ils ont la particularité, entre autre, d’avoir toujours connu un environnement de travail numérisé.
Certaines entreprises enfin, telles qu’Apple ou Google, véhiculent à travers le monde une nouvelle culture d’entreprise qui se démarque très nettement de la culture d’entreprise que je nommerai « verticale » et qui est celle de l'entreprise capitaliste classique.
Ces trois phénomènes conjugués – nouvelles technologies, nouvelles têtes, nouveaux modèles d’entreprise – vont permettre l’émergence d’une culture d’entreprise radicalement différente de celle que le capitalisme a connu jusqu’alors et que j’appellerai culture « horizontale ».
La personnalité de cette nouvelle culture d’entreprise
En attendant de donner un nom à cette nouvelle forme d’organisation du travail, la culture d’entreprise horizontale se définit habituellement en contraste avec la culture en place.
Votre entreprise a peur de prendre des risques, supporte mal la critique et veut tout contrôler ?
L’entreprise de demain sera propice à la création et ouverte à l’erreur. Vous trouvez votre administration trop opaque et éloignée des besoins des utilisateurs ? Demain, l’administration sera plus transparente et à l’écoute de ses clients, les citoyens. Le statut professionnel dont jouissent les équipes dirigeantes sera remplacé demain par la compétence, socle du succès de chacun dans l’entreprise. La notion de réseau sera au cœur des interactions professionnelles et remplacera les modes un peu paternalistes de communication du patron vers ses salariés.
Idéaliste, direz-vous ? Pourtant, les traits qui définissent cette nouvelle culture d’entreprise sont précisément ceux des entreprises du web qui jouent aujourd’hui dans la cour des (très) grands : Facebook, Ebay, Amazon, Linux ont capitalisé sur la culture du Net pour réaliser leurs objectifs commerciaux au-delà de toute espérance.
Moins de contrôle, plus de démocratie ?
Il peut paraître contradictoire à certains observateurs que le relâchement du contrôle s’accompagne d’une démocratisation de la vie des entreprises. Pour ma génération, c’est l’inverse qui est surprenant. L’ouverture au monde extérieur et la capacité à gagner la confiance des employés et des clients, plutôt que d’estimer cette confiance comme un dû, sont en effet les garants d’un certain équilibre du pouvoir.
L’avènement de cette nouvelle culture d’entreprise est en marche et il est inexorable. Il touchera le plus durement les administrations publiques, qui vivent sur des modèles dépassés en termes d’interactions sociales et professionnelles. En effet, si tout le monde peut parler à tout le monde à travers un réseau social ou une plateforme de collaboration en ligne, que devient le concept de hiérarchie ? Je serai aux premières loges pour assister à l’avènement de cette nouvelle culture. Et vous, dans quel camp serez-vous ?
Aurélie Valtat, responsable de la communication digitale au Conseil de l'Union européenne
Pendant la crise du volcan islandais, Aurélie Valtat était responsable de la communication en ligne d'Eurocontrol. Elle s'est fait remarquer par l'usage qu'elle a fait du compte Twitter de la société pour informer les passagers bloqués. Cela lui a valu plusieurs prix européens. Les sujets qui la passionnent sont l’impact des nouvelles technologies sur nos modes de vie, la diplomatie numérique, et l’avenir du projet européen.




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de Olivier Caussin Aurélie, cette nouvelle forme de gestion d'entreprise se fera inévitablement. Probablement dans la douleur pour certaines, mais celles qui ne franchiront pas le cap péricliteront, comme d'autres avant elles qui n'ont pas su s'adapter aux changements sociétaux et de marché. Mais, il ne s'agit pas de céder le contrôle. Je pense au contraire qu'il s'agira d'intégrer dans une stratégie tout aussi rigoureuse qu'aujourd'hui des mécanismes d'adaptation rapide aux circonstances. Le plan stratégique et le plan de comm continueront d'exister, mais des équipes transverses les implémenteront tout en écoutant l'extérieur et en se montrant réactives. Les tactiques de community management, d'échange avec l'extérieur ... seront probablement réalisées par un plus grand nombre d'employés formés aux messages de l'entreprises des réseaux sociaux, mais toujours au service d'une stratégie de présence en ligne supportée par une stratégie éditoriale forte.
28-10-2011 19:43 |
de Matthas Lüfkens Je suis d'accord que les nouvelles générations et surtout les nouvelles technologies sont en train de profondément bouleverser notre monde du travail. Mais je ne crois pas que la structure hiérarchique des entreprises en sera affectée. Google, Apple, Facebook sont des entreprises perçue comme «innovante» et « révolutionaire » qui pensent différemment et qui ne veulent pas faire du mal, mais leur structures restent somme toute très classiques et peu ‘horizontale’. Certes, grâce aux nouvelles technologies « tout le monde peut parler à tout le monde » et il sera plus facile pour la base de se faire entendre mais cela ne veut pas dire qu'elle sera plus écoutée pour autant. Ma prédiction c’est que les entreprises et organisations vont s’approprier les nouveaux modes de communication et participer aux conversations pour mieux les animer et les diriger.
28-10-2011 09:59 |
de Aurelie Valtat On me signale dans l'oreillette une faute de grammaire ligne 12 ("peut" et non "peuvent") :-) Mea culpa !
27-10-2011 20:52 |
de Robinedesbois Très juste analyse.La génération Y est effectivement différente:vive,mobile,indépendante.Un choc probable avec une ancienne "hiérarchie" qui devrait alors changer? Positif.Résolument dans le camp du futur!
27-10-2011 20:05 |