Prix de la meilleure actrice, bien sûr, Stéphanie, la porteuse de niqab à répétition, qui assume un rôle de composition difficile d'une femme qui revendique sa liberté en se cloîtrant volontairement derrière une prison de tissu. Également prix du meilleur costume.
Prix du scénario : le collectif " Sharia4Belgium ", groupuscule folklorique qui a réussi un happening percutant au commissariat de Molenbeek à coups de sms nappés de haine imbécile, rendant un service inestimable à l'image des Musulmans de Belgique alors qu'il ne représente que lui-même. Également prix de la mise en scène.
Mais il faut honorer également quatre acteurs qui portent sur leurs épaules, le poids de la situation actuelle, et dont il serait injuste de ne pas saluer ici le travail de longue haleine. Le PS, qui a brillamment prolétarisé les communautés d'origine étrangère, pratiqué à outrance le vote ethnique, refusé avec obstination toute discussion sur la migration de travail et les parcours d'intégration, misé constamment sur la victimisation des communautés au détriment de l'autonomisation individuelle, et sans lequel rien n'aurait été possible.
Le MR, qui attise la peur de l'étranger à doses homéopathiques mais létales, parle à l'électeur bruxellois comme si la région se limitait à Uccle, et poursuit son lent suicide électoral en s'obstinant à négliger les besoins sociaux-économiques d'une population d'origine étrangère discriminée, en souffrance chronique et en croissance démographique, alors que jamais, il n'a gagné une élection sur le thème de la peur.
Le CDH, qui pratique le double langage avec une telle maestria, qu'il parvient à la fois à offrir la première Parlementaire voilée d'Europe via Bruxelles et à asséner des discours de fermeté républicaine via Bastogne, et dont le seul radicalisme, au bout du compte, réside dans son talent à prendre en toute matière le sens du vent ambiant et la couleur du partenaire le plus fort.
Et enfin Ecolo, dont le discours scout-bourgeois-bohème en matière d'intégration, passe tant à côté des réalités vécues par les gens, qu'il fait rimer angélisme avec opportunisme, et dont la ligne est si claire, que son électorat se renouvèle de moitié à chaque scrutin et que la dernière personnalité qui osait y défendre une vision intelligible de la laïcité, en a largué les amarres.
Bien entendu, il y a une ombre au tableau : dans chacun de ces partis des personnalités persistent à résister aux amalgames, à pratiquer la nuance, et à formuler des propositions aptes à endiguer le mal-être socio-économique des populations d'origine étrangère ; il convient de dénoncer de telles dérives raisonnables, car elles nuisent franchement au spectacle si captivant de la peur contre la peur.
Souhaitons que la tension des élections communales, les raccourcis encouragés par quelques médias et l'absence de leadership de certains partis, contribueront à empêcher ces grains de sable anarchistes de distiller du courage et du bon sens à un débat qui, pour les joies du spectacle, continuera alors à favoriser les postures émotionnelles et identitaires de part et d'autre au détriment de toute raison. Et que le spectacle continue.
François De Smet
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