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"Battus !"

CHRONIQUES | vendredi 22 juin 2012 à 13h41

  • Il y a la valse des chiffres, les courbes, les infographies savantes ; tout cela qui, les grands soirs de « grand-messe électorale », dit qui gagne et qui perd…Et qui le dit très vite -dès la clôture du vote-, puisque les instituts de sondage, bien avant les voix officielles, traduisent aujourd'hui la réalité.

    Dès lors, aussitôt connues les grandes tendances, le défilé des têtes politiques peut commencer sur tous les plateaux de télé, et voici donc l'habituel enchainement des explications de victoires ou de défaites, répétées d'un écran à l'autre… Mêmes mots, même mimiques, même esquisses de sourires, lorsqu'il s'agit d'accueillir une victoire ; mêmes recherches de contenance digne, lorsqu'il s'agit de la défaite…

     

    S'agissant des battus, l'attention des médias est d'autant plus vive qu'ils sont connus : les caméras, insistantes, cruelles, fouillent les visages familiers, nous laissant si bien deviner combien ceux-là ne souhaiteraient qu'une chose : être ailleurs, hors champ, pour essayer de comprendre, enfin calmement, ce que signifie vraiment la perte d'un mandat, certes temporaire -par définition-, mais exercé parfois depuis tellement d'années qu'il était devenu leur métier…

     

    A ce moment, tous les battus se ressemblent en ce qu'ils essaient tous de signaler, qu'en tout cas, pour eux, perdre ce n'est pas mourir un peu, et donc qu'ils reviendront… Où ? Comment ? Ce n'est pas vraiment clair ! En ce dimanche soir, ce sont certains battus du PS qui retiennent davantage l'attention des médias car leur défaite s'inscrit à l'instant précis où le triomphe électoral du PS est majuscule.

     

    Ainsi, battant, de ce point de vue, son vainqueur, Ségolène Royal est partout, en direct ou par le truchement d'une image interminablement reprise. Une image frappante, il est vrai, et presque pathétique : la bouche amère ne laisse plus passer le moindre sourire, pourtant, d'ordinaire si présent… On ne peut pas, à l'instant, ne pas se souvenir de cette cavalcade quasi triomphale dans les rues de Paris, il y a cinq ans.

     

    Alors que Sarkozy, président désigné, se faisait attendre à la Concorde, elle, cernée par les caméras, éclatante et comme portée par les 17 millions d'électeurs qui lui avaient donné leur voix, transformait sa défaite en simple épisode et leur donnait rendez-vous en affirmant que " quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas "… Dur réveil ! Le rendez-vous manqué du 17 juin n'est finalement que le dernier d'une longue série…et l'explication avancée qui, oubliant la simple loi du suffrage universel, parle de trahison, ne convainc guère, même en appelant Victor Hugo à la rescousse : " Toujours la trahison trahit le traitre "… Peut-être, tant qu'à faire, eût-il été judicieux de ne pas oublier non plus La Fontaine : " On hasarde de perdre en voulant tout gagner "…

     

    Déjà, cependant, son parti s'active à lui trouver un emploi de consolation…et le sourire est revenu. La défaite n'est pas égale pour tous : il y a, décidément, des battus qui le sont un peu moins que d'autres ! Avec un taux d'abstention record, la démocratie française a, dimanche dernier, donné l'impression d'être, sinon poussive, du moins fatiguée… Certaines des manœuvres d'aujourd'hui font douter qu'elles puissent la ranimer bientôt…

    Pierre Delrock

    Retrouvez les chroniqueurs de Regards croisés du lundi au vendredi dans le grand journal de la mi-journée sur La Première.

     

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