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Nabucco, pion majeur pour la Turquie dans l'UE

13.07.09 - 12:59

Cinq pays ont signé ce lundi dans la capitale turque, Ankara, un accord pour la construction d'un gazoduc approvisionnant l'Europe, nommé Nabucco, en alternative aux livraisons russes qui ont posé un problème les hivers derniers.

Quatre pays européens (Autriche, Bulgarie, Hongrie, Roumanie) et la Turquie ont signé lundi l'accord pour la réalisation du gazoduc Nabucco, qui devrait entrer en service en 2014. En régime de croisière, 31 millions de mètres cubes de gaz devraient transiter annuellement par le nouveau gazoduc.

Rôle pivot pour la Turquie

La Turquie y gagne un double rôle de pays transit et de garant de la sécurité énergétique européenne.

La Turquie avait, elle aussi, eu à souffrir, par le passé, de ruptures d'approvisionnement du gaz russe qui lui arrive par l'Ukraine. Avec une économie très gourmande en énergie, Ankara avait donc tout intérêt à ce que ce projet aboutisse.

Mais, comme pour l'oléoduc Caspienne-Méditerranée mis en service en 2005, l'ambition de la Turquie est aussi d'être au cœur d'un projet d'intégration régionale côté fournisseurs, depuis l'Asie Centrale jusqu'à la Péninsule Arabique, de même (et surtout) que du côté des consommateurs européens, de l'Est du continent jusqu'à l'Allemagne pour l'instant.

C'est un rôle incontournable car c'est par le territoire turc seulement qu'un tel gazoduc peut centraliser le gaz des différentes provenances et l'acheminer vers l'Ouest, un rôle que la Commission européenne salue, puisque son Président José-Manuel Barroso était présent à Ankara pour la cérémonie de signature.

Il ne peut qu'accélérer le processus d'intégration de la Turquie, dont les négociations d'adhésion sont en souffrance, bloquées notamment sur le chapitre "énergie".

Argument de poids pour l'entrée dans l'UE

"La Turquie est un partenaire important dans la politique énergétique de l'Union européenne. Je voudrais vous rappeler que dans le cadre des négociations d'adhésion, nous avons fait de grands progrès pour aligner notre marché de l'énergie aux normes du marché interne de l'UE", a déclaré le Premier ministre turc, Recip Erdogan, qui s'exprimait en présence du président de la Commission européenne. Dans un communiqué, la présidence de l'UE a d'ailleurs souligné "l'intérêt stratégique commun" de l'Europe et de la Turquie. "La sécurité énergétique est un des domaines où l'UE et la Turquie ont un intérêt stratégique commun dans une coopération renforcée, dans le contexte de la volonté ferme de l'Europe de diversifier ses approvisionnements et du rôle clé de la Turquie dans ce contexte", a déclaré la présidence.

Nabucco "renforce les liens entre la Turquie et l'Europe. Il n'améliore pas seulement le climat politique, mais il créé aussi un lien physique entre nous. Sur le long terme, avec le développement du projet, la Turquie va accroître sa présence et son importance politiques, avec ce projet", déclarait de son côté le week-end dernier au journal Hürriyet Daily News le commissaire européen à l'énergie, Andris Piebalgs.

Situation paradoxale

Ironie du débat, la Turquie ne peut pas ouvrir le "chapitre" concernant l'énergie, dans les négociations en vue de son adhésion à l'Union européenne, du fait d'un veto de la République de Chypre, pays membre.

L'Union européenne et la Turquie ont ouvert fin juin un nouveau chapitre thématique, mais consacré à la fiscalité, ce qui porte à onze sur 35 le nombre de chapitres ouverts depuis le début des négociations en vue d'une adhésion de la Turquie en octobre 2005.

Mais les discussions sont compliquées et retardées notamment par la non-reconnaissance par Ankara de Chypre.

Huit chapitres d'adhésion sont gelés depuis décembre 2006 en raison du refus de la Turquie d'autoriser les navires et les avions chypriotes à accéder à ses ports et aéroports.

La France, de son côté, a bloqué l'ouverture de cinq chapitres qui à ses yeux conduiraient directement à l'adhésion, perspective que son président Nicolas Sarkozy refuse, tout comme l'Autriche ou l'Allemagne.

Paris et Berlin préconisent un "partenariat" avec la Turquie, sans adhésion, et une partie de la classe politique des deux pays rejette régulièrement l'entrée dans l'Europe d'un pays de 71 millions d'habitants, musulman à plus de 99%

(M.S. et T.N. avec Jérôme Bastion à Istanbul et Belga)

Crédit photo : (archives epa)
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