Bombardiers russes au large de Coxyde: "Ils vont jusqu'à simuler des attaques"

Des bombardiers russes au large des côtes belges, françaises et britanniques. Ce n'est pas un scénario de film mais la dernière provocation russe en date en direction de l'OTAN.

Les deux bombardiers TU-160 font partie des avions de guerre les plus perfectionnés, leurs pilotes ont ostensiblement frôlé les espaces aériens de France et du Royaume-Uni forçant les avions de chasse des pays survolés à décoller pour les escorter. Les Russes de toute évidence veulent tester les limites de protection de l'OTAN.

L’avion est surnommé le "Cygne blanc". Le Tupolev 160 est un monstre de titane et d'aluminium capable de voler à deux fois la vitesse du son. C'est un bombardier. Il peut emporter jusqu’à 25 missiles nucléaires. Il en existe 16 exemplaires aujourd'hui et deux d'entre eux ont été intercepté au large des côtes françaises, il y a quelques jours.

À 10h39, le 17 février, les radars norvégiens repèrent deux TU-160. Vers 14h50, les avions russes se trouvent à l’ouest de l’Irlande. À 15 heures, ils s'engagent dans la Manche. La Royal Air Force britannique fait immédiatement décoller deux de ses avions de chasse, des Eurofighter Typhoon. Un Rafale et un Mirage 2000-5 français décollent à leur tour de Bretagne en direction des intrus russes.

Les deux bombardiers vont être escortés par les quatre chasseurs de l’OTAN jusqu’à une soixantaine de kilomètres du Touquet, à la verticale de Dieppe. Ils finiront par rebrousser chemin, juste avant d’entrer dans les espaces aériens français ou britannique.

L’alerte est sérieuse

Côté belge, le général-major Frederik Vansina, le commandant de l’Armée de l’air, n’y va pas par quatre chemins. Les Russes veulent provoquer l’OTAN : "Ils vont jusqu’à simuler de véritables bombardements, des attaques, comme ils l'ont fait à Helsinki en Finlande ou à Stockholm en Suède. Le plus souvent ils testent et voient combien de temps ça dure avant que les avions de l’OTAN les interceptent". Que cherchent les Russes en pratiquant de la sorte ? Le général sourit : "Ça, il faut le demander au président Poutine, mais, vraisemblablement, ils veulent démontrer que la Russie est toujours une force avec laquelle il va falloir compter".

Les avions russes ont beau voler à très haute altitude, leurs pilotes ne se signalent pas. Ils ne répondent pas non plus aux appels radios. "Nous sommes même confrontés à des comportements agressifs", poursuit le général Vansina. "Ils se tournent vers nos avions, et mettent parfois nos pilotes en danger. Et ils sont vraisemblablement armés."

Il y a un peu plus d’un an, en janvier 2015, ce sont deux gigantesques TU-95, que les russes avaient envoyé au-dessus de la Manche. L’un de ces bombardiers portait bel et bien une charge nucléaire. Les chasseurs britanniques étaient là encore intervenus et plusieurs vols commerciaux avaient même été détournés d’urgence. Le Premier ministre britannique n’avait pas vraiment apprécié : "Je pense que cet événement démontre que nous avons les avions rapides, les pilotes et les systèmes performants pour protéger le Royaume-Uni", avait martelé fièrement David Cameron à l’époque.

Un parfum de guerre froide

À ce stade, les Russes frôlent les espaces aériens nationaux sans jamais y oser pénétrer. Mais ils veulent de toute évidence tester les limites de protection de l'OTAN.

"La politique de l'OTAN à l'égard de la Russie reste hostile et opaque", déplorait le Premier ministre russe Dmitri Medvedev le mois dernier. "On peut même aller plus loin et dire que nous avons glissés vers une nouvelle guerre froide."

Bref, chacun bombe le torse et entend montrer à l'autre qu'il n'est pas impressionné par ces démonstrations de forces.

"Le problème est de savoir quand cela va déraper", analyse Nicolas Gros-Verheyde, journaliste spécialiste de questions de défense. "Avec les Russes, comme tout est extrêmement contrôlé, si ça dérape c’est qu’ils auront reçu l’ordre de déraper de leur commandant suprême Vladimir Poutine."

Un parfum de guerre froide qui ne s'était plus vu depuis la chute du mur de Berlin en 1989.


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