Produire en Belgique
Ce raisonnement, produire en Belgique plutôt qu'ailleurs, d'autres patrons le font également. C'est le cas, par exemple, des responsables du groupe pharmaceutique Mithra-Uteron Pharma. Cette jeune société liégeoise est spécialisée dans la mise au point et la production de moyens de contraception, des pilules et des stérilets. Jusqu'à présent, faute d'usines en suffisance en Belgique, les pilules sont fabriquées à l'étranger. Mais cela va changer. La société a mis au point une nouvelle pilule sur laquelle elle mise beaucoup, "un futur blockbuster", selon ses responsables. La pilule sera commercialisable au début de l'année 2016. "Les volumes pourraient être de plusieurs centaines de millions de comprimés, voire, selon nos prévisions, deux milliards de comprimés. Donc, ça, cela nécessite une usine qui tourne en trois shifts", explique François Fornieri, le CEO de Mithra-Uteron Pharma. Alors, pour être sûr que tout se passe bien et éviter les ruptures de stock lorsque la pilule inondera le marché, le groupe pharmaceutique va construire une nouvelle usine à Liège. "Pour nous, il est important de pouvoir conserver notre propriété intellectuelle, de pouvoir maîtriser de A à Z le schéma, le circuit du médicament. Et donc, la production en fait partie", dit François Fornieri. L'usine, qui s'étendra sur 20 hectares, permettra de produire la nouvelle pilule mais aussi de rapatrier de l'étranger la fabrication d'autres pilules du groupe.
Plus d'investissements
Produire chez nous plutôt qu'ailleurs. Est-ce pour autant une tendance lourde? Ce qui est certains, c'est que ces dernières années, les investissements en Belgique, se font de plus en plus nombreux, particulièrement au sud du pays.
"On a des groupes étrangers mais on a surtout des investisseurs belges. C'est la principale source d'investissement. Et là, le taux d'investissement en Belgique, est en hausse de 5% sur base annuelle. La Wallonie n'est pas en reste puisqu'elle arrive à des taux de croissance annuelle de 6%. Mais il y a une petite différence par rapport aux investissements à l'étranger. En Belgique, et en Wallonie en particulier, les investissements sont moins générateurs d'emplois. Pour chaque projet d'investissement en moyenne, on ne crée que 25 emplois en Belgique. Alors que dans les autres pays, on arrive à en créer 40 à 50", explique Jean Hindriks, professeur d'Economie à l'UCL et expert à l'Itinera Institute.
Car en Belgique, sur la route des investisseurs, il y a des obstacles qui freinent le dynamisme des entreprises. Dans les milieux patronaux, on stigmatise deux difficultés, toujours les mêmes : le coût de l'énergie, plus élevé en Belgique que chez nos voisins et, les charges sur le travail. Le coût du travail est évoqué systématiquement par tous les dirigeants que nous avons contactés. Un patron d'une PME wallonne, spécialisée dans l'usinage de pièces métalliques de haute précision, nous explique : "Pour innover, pour garder une longueur d'avance sur les concurrents étrangers, nous avons besoin d'ingénieurs. Pour payer à un ingénieur un salaire décent de 60.000 euros net par an, je dois débourser en Belgique 159.000 euros. Aux Pays-Bas, c'est 117.000 euros. Et en Allemagne, 107.000 euros".
Haro sur le coût du travail
Le coût du travail, c'est aussi un problème que souligne Bernard Delvaux, le patron de la Sonaca, un des fleurons belges de l'industrie aéronautique. Selon lui, la Belgique a peut-être trop misé sur les services et la finance, des activités nécessaires mais qui ne suffisent pas pour créer de la richesse. Pour Bernard Delvaux, la Belgique a besoin de plus d'industries. Pour y arriver, il y a des cerveaux et des idées chez nous, mais cela ne suffit pas. "On voit d'ailleurs beaucoup d'industries qui développent la recherche et développement en Belgique avec des aides et des subsides et des supports de toutes les sortes. Et puis, quand il s'agit de décider où l'on va mettre l'investissement et l'usine, on les met à l'étranger parce que les coûts de main d'œuvre sont beaucoup plus bas", explique Bernard Delvaux, Administrateur délégué de la Sonaca. Ce ne sont pas les salaires nets qui posent problèmes mais l'ensemble des charges patronales qui font grimper le coût du travail. Selon Bernard Delvaux, il faut rectifier le tir. Et de citer des pays qui réagissent, très vite pour restaurer la compétitivité de leur économie. Comme le Brésil, qui vient de diminuer fortement les charges sur le travail, ou les Etats-Unis : "J'ai vu ces deux dernières années des actions massives aux Etats-Unis pour ré-industraliser différents états, avec des subsides, avec des démarches extrêmement proactives de la Floride, de la Californie, pour attirer des industries classiques : l'automobile, l'aviation. Et ça marche, ça peut donner des résultats très, très vite".
Et pour ce patron, il ne faut plus trop tarder à améliorer les conditions d'attrait pour les investisseurs en Belgique et ainsi se donner les chances d'augmenter le nombre d'emplois.
Jean-François Noulet, journaliste




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