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L'Allemagne peut-elle sauver la sidérurgie en Europe ?

MONDE | dimanche 3 juin 2012 à 16h02

  • Soixante ans après l'entrée en vigueur du traité créant la CECA, la communauté européenne du charbon et de l'acier, l'organe supranational ancêtre de l'Union européenne, l'Europe semble impuissante dans ce secteur. Crise, fermeture, mise à l’arrêt, licenciements… Laissés à la solde des multinationales, les bassins sidérurgiques de Belgique et de France souffrent. D’autres pourtant parviennent à préserver leurs outils. C’est le cas des usines de La Sarre en Allemagne. Leurs mots d’ordre : unité et indépendance. Un modèle selon les spécialistes.

    C’est une annonce qui a de quoi surprendre. Sur son site internet, l’entreprise allemande Dillinger Hütte fait état d’une amélioration de son chiffre d’affaire pour 2011. Le producteur d’acier emploie 5500 salariés dans La Sarre, produit annuellement 2,5 millions de tonne d’acier et a réalisé en 2011 un chiffre d’affaire de 2,8 milliards d’euros, soit 30% de plus que l’année précédente. Un bilan à faire pâlir d’envie. Mais comment ce petit sidérurgiste arrive-t-il à survivre au cœur de l’Europe ?

    Une structure unique : la Montan Stiftung Saar

    " C’est ce qui nous a le plus préoccupé ces 20 dernières années ", explique Roman Selgrath, le Président du Comité d’entreprise de Dillinger Hütte. " Dans La Sarre, les politiques, les syndicats et les travailleurs ont voulu créer un modèle ". C’est ainsi qu’est née la Montan Stiftung Saar, une fondation censée renforcer la sidérurgie sarroise. Présidée par un directoire de 7 sages, la Montan veille aux destinées du secteur en le préservant d’éventuels OPA hostiles. " Mittal possédait 50 % du capital de Dillinger Hütte ", raconte Roman Selgrath, " mais sa participation est descendue à 30,08% en 2008, quand il s'est aperçu qu'il fallait 70 % du capital pour mener les rênes de l’entreprise ". Impossible pour un actionnaire de faire cavalier seul. ArcelorMittal minorisé, la stratégie d’entreprise n’a jamais cessé d’être conçue et appliquée depuis La Sarre. Une indépendance totale.

    Investir en permanence

    Résultat : chaque année Dillinger Hütte investit 3% de son chiffre d’affaire dans ses installations. " Notre créneau sur le marché c’est de produire des aciers de haute qualité ", explique Roman Selgrath, " nous devons toujours essayer de conserver une longueur d’avance sur nos concurrents, ça nous a réussi au fil des années ". En témoigne ce gigantesque chantier en bordure du laminoir où se dressera d’ici deux ans une toute nouvelle coulée continue " la plus longue du monde " insiste-t-on dans l’entreprise. Coût total de l’investissement: 350 millions d’euros.

    La Wallonie à la recherche d’espoir

    En mars 2012, Duferco annonçait la mise à l'arrêt définitive du haut fourneau de Carsid à Marcinelle, le dernier de Wallonie. Quelques mois plus tôt en octobre 2011, ArcelorMittal décidait de fermer les hauts-fourneaux de Liège. Si l’avenir s’annonce compliqué pour la sidérurgie wallonne, les métallos semblent toujours y croire. A Liège, FGTB et CSC plaident pour une " nationalisation " de l’outil, à l’instar de ce qui se fait dans la Sarre. Mais le modèle est-il transposable ? Difficile à dire. La question mériterait en tout cas d’être sérieusement posée.

    Nora Khaleefeh, journaliste

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