A première vue, rien ne le distingue d’un autre employé. Dans son uniforme bordeaux Spyros arpente les couloirs du grand hôtel où il travaille. Mais quand il ouvre la bouche, l’accent méditerranéen qui filtre à travers son anglais trahit ses origines. Il y a quelque mois, Spyros était encore étudiant en hôtellerie à Thessalonique dans le nord de la Grèce. Il venait alors de fêter ses 18 ans.
Quand son école lui a proposé un job en Belgique à des milliers de kilomètres de sa famille, il n'a pas hésité. Il n'a même pas pris le temps d'apprendre le français. " Le taux de chômage s'élève à 50 % chez les jeunes de mon âge en Grèce " explique Spyros. " Donc, il n'y a pas beaucoup d'opportunités. Sauf peut-être pour les gens qui ont beaucoup de diplômes ou qui ont une très bonne formation. Et encore, ce n’est pas facile pour eux non plus ".
Quand il a terminé sa journée de travail, Spyros partage son temps entre les cours de français et son petit appartement bruxellois. Il y est souvent seul et les contacts avec sa famille se nouent à travers un écran d'ordinateur. " La plupart du temps je suis seul. C'est ce qui est difficile pour moi en Belgique. Les gens ici sont parfois fermés ou alors occupés par leur travail. Il y a beaucoup de jeunes mais ils ont leur propre vie ".
Une situation que connaît bien Catia. A 24 ans, cette jeune infirmière a quitté son Portugal natal pour venir travailler dans un hôpital Bruxellois. Elle nous explique pourquoi : " Au Portugal, les hôpitaux ont besoin d’infirmiers, mais ils n’ont pas d’argent pour les payer ".
Comme des dizaines de ses compatriotes, elle a donc pris des cours de français intensifs, elle a embrassé sa famille et elle a débarqué en Belgique où l’on manque d’infirmiers. Un choix difficile : " Au Portugal, tout le monde dit que pour travailler, il faut sortir du pays. Moi je ne voulais pas quitter ma famille, mais je n’ai pas eu le choix ".
Les histoires de Spyros et Catia symbolisent bien les destins brisés des immigrés de la zone euro. Pour Dimitri Argyropoulos, président de la communauté hellénique de Bruxelles, le choix de ces jeunes est tout à fait compréhensible, mais il nuit à la santé économique de leur pays : " Dans le cas de la Grèce, on constate que 7 immigrés sur 10 sont super qualifiés. C’est quelque chose de douloureux pour le pays. Car on voit que des gens qui ont fait des études en Grèce ne serviront finalement pas le pays ".
C'est ce qu'on appelle la fuite des cerveaux, qui contribue à son tour à tirer l'économie vers le bas. Et à générer jour après jours d'autres Spyros et d'autres Catia ...




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