"Il faut respecter les symboles nationaux, le président de la République, le président du Parlement, le chef du gouvernement (...) il faut que la critique soit dans le cadre du respect". La phrase émane du ministre de la Santé tunisien, s’exprimant jeudi sur les ondes d’une radio nationale. Membre d’Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, le ministre estimait dans la foulée que certaines émissions "dépassaient les bornes".
L’accusation est limpide : elle vise l’équipe de l’émission satirique diffusée sur la chaîne télévisée Ettounsiya TV, qui vient d'être déprogrammée. Inspirée des "Guignols de l’info" français, l'émission se moquait entre autres des dirigeants du pays et du parti islamiste. Un mois à peine après sa création, le programme a dû mettre les clés sous le paillasson : sa liberté de ton lui a apparemment coûté cher.
Pressions indirectes des autorités
"Les autorités n'ont pas apprécié la forme et le contenu du programme", expliquait ce jeudi Mongi Khadraoui, secrétaire général du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). "C’est un coup dur pour la liberté d’expression", ajoutait le journaliste, qui disait avoir appris par des sources internes à la chaîne que le programme avait été arrêté "à la suite de pressions indirectes des autorités."
De fait, la société de production responsable de l’émission est, depuis la chute du régime Ben Ali, sous le contrôle de l’Etat.
Un cas parmi d'autres
Cette dernière affaire n’est pas la seule à préoccuper le SNJT. Ces dernières semaines, plusieurs dirigeants de journaux et autres médias d’information ont été remplacés. Les journalistes soupçonnent les autorités dirigées par le parti conservateur et religieux de vouloir prendre le contrôle de l’information dans le pays.
L’instance indépendante chargée de réformer l'information et la communication en Tunisie (INRIC) s’était déjà auto-sabordée, le mois dernier. L’INRIC a annoncé, le 4 juillet, mettre fin à son travail faute de pouvoir accomplir sa mission. Elle accusait le gouvernement dominé par les islamistes de recourir à "la censure".
W. Fayoumi, avec Le Monde




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