Tunisie: comment le parti islamiste Ennahda se finance-t-il?

Le dernier congrès du parti Ennhada en juillet 2012
Le dernier congrès du parti Ennhada en juillet 2012 - © Archive AFP / FETHI BELAID
Rédaction RTBF

Le parti islamiste tunisien Ennahda vainqueur des élections d'octobre 2011 est-il financé de l'étranger? Il s'en défend. Mais un rapport de la Cour des comptes tunisienne révèle des lacunes dans la comptabilité d'Ennahda.

En Tunisie, le parti islamiste Ennahda, qui domine la coalition gouvernementale, est déjà depuis plusieurs semaines sous le feu des critiques de la société civile, de la presse et de l’opposition qui le soupçonnent de vouloir contrôler les médias. C’est maintenant un rapport de la Cour des compte tunisienne qui alimente la thèse de financements occultes de ce parti qui était sorti vainqueur des premières élections libres : ils ont obtenu 89 sièges sur 217 à l’Assemblée constituante en octobre 2011.

Selon ce rapport, cité par Owni.fr, le parti Ennahda affirme n’avoir dépensé que 400 000 dinars tunisiens pour ce scrutin, dont 171 000 provenant de financement public. Les magistrats de la Cour des comptes ne semblent pas convaincus de la véracité de ces chiffres, en comparaison du coût moyen du fonctionnement d’une liste électorale.

Les autres chiffres fournis à la Cour par le parti islamiste sont incomplets : des manifestations publiques qui ont été tenues ne figurent pas dans la comptabilité, certaines listes ne présentent aucun frais de transport. Par ailleurs, 69 000 dinars dépensés pour ces élections sont justifiés par des factures non conformes.   

Affaires financières troubles

Anonymous Tunisie avait publié de nombreux e-mails de dirigeants d’Ennahda, dont certains révélaient des affaires financières troubles. L’un d’entre eux, élu à l’Assemblée constituante, semble titulaire d’un compte ouvert dans une banque islamique du Qatar. Certains le soupçonnent d’avoir facilité l’attribution du marché de la raffinerie de pétrole de Skhira à Qatar Petroleum, son ancien employeur. Les conditions d’octroi de cette concession "de gré à gré, sans appel d’offre, sans respect des lois en vigueur ni des règles de concurrence loyale" ont été dénoncées par l’Association tunisienne pour la transparence financière.

L'opacité de la comptabilité du parti islamiste révélée par les magistrats tunisiens vient en tout cas alimenter les soupçons de fonds provenant d'intérêts étrangers, par exemple du Qatar. Lors de son dernier congrès, Ennahda a répondu à ces interrogations en jurant que ses ressources financières étaient uniquement d’origine tunisienne.

A.L. avec Owni.fr