Syrie, un Belge témoigne: "Ce que j'ai vu, c'est l'enfer sur Terre"

Syrie, un Belge témoigne: "Ce que j'ai vu, c'est l'enfer sur Terre" - On voit ici un quartier de Homs après un bombardement de l'armée
Syrie, un Belge témoigne: "Ce que j'ai vu, c'est l'enfer sur Terre" - On voit ici un quartier de Homs après un bombardement de l'armée - © Image Channel 4 via Youtube

Pierre Piccinin, un professeur belge, s'est rendu à deux reprises en Syrie. Un premier temps assez favorable au régime de Bachar el-Assad, il a ensuite changé totalement de point de vue en rencontrant la rébellion et en étant emprisonné à Homs et à Damas. Son témoignage atteste de la violence inouïe du régime à l'égard des opposants.

"Ce que j’ai vu d’abord, là, dans ce centre de Homs, et puis quand j’ai été déporté dans le deuxième centre à Damas, c’était vraiment l’enfer, l’enfer sur Terre". Le témoignage de Pierre Piccinin, enseignant belge qui s'est rendu en Syrie à titre personnel, fait froid dans le dos.

"Les gens, on les attache à travers le couloir et puis c’est l’électricité, on les frappe à mort, ces gens sont méconnaissables. Il y avait des corps qui étaient là", raconte-t-il, précisant que lui-même n'a pas été victime de sévices. "C’est véritablement de la torture à la chaine, et puis ces gens sont éliminés. Il y avait des gens qui étaient morts dans ce couloir. Et à Damas aussi, les cellules étaient pleines, les gens hurlaient toute la nuit, c’était infernal", confie-t-il à notre micro.

Pourtant plutôt partisan du régime d'al-Assad au départ, il a définitivement changé d'avis

Pourtant, comme en atteste son blog, ce professeur était au départ plutôt favorable au régime de Bachar al-Assad et assez enclin à propager le message du gouvernement syrien.

Mais ce qu'il a vu cette fois l'a définitivement fait changer de point de vue sur la situation. "Je crois que le gouvernement syrien a vraiment fait une grosse bêtise en me laissant aller voir tout ça. Et donc, mon analyse est maintenant que le gouvernement al-Assad, pas seulement Bachar al-Assad mais toute l’équipe, le nuage politico-économique qui tourne autour de lui s’accroche au pouvoir et est sûr de sa force", explique-t-il désormais. "Il (le régime de Bachar al-Assad) est en train d’écraser complètement l’opposition par la violence".

Il reconnaît s'être trompé dans sa première analyse de l'ampleur du soulèvement en Syrie: "Je pense qu’actuellement, il y a quand même une partie de la population -j’aurais dit minoritaire il y a quelque temps, je pense que je me suis trompé, il faut savoir, surtout dans des cas comme ça, reconnaitre ses erreurs-, il y a une partie de la population qui est en train de se battre en Syrie pour essayer de changer ça".

Surtout, au vu de son expérience, il estime désormais que le salut des Syriens passe par une "intervention humanitaire". "Je pense que là, nous devons intervenir. Je n’aurais pas dit ça il y a quelques jours, mais je crois que l’intervention militaire est absolument nécessaire en Syrie, d’autant qu’il n’y a pas d’intérêts pour nous, contrairement à la Libye par exemple, ce serait une véritable intervention humanitaire", avance-t-il avec appoint.

Un témoignage qui conforte les accusations du rapport 2012 d'Amnesty International

Dans son dernier rapport annuel, Amnesty International a accusé le régime du président syrien Bachar al-Assad de torturer et de tuer des détenus et des manifestants pacifiques. Pour l'organisation de défense des droits de l'homme, ces actes peuvent constituer des crimes contre l'humanité.

L'incapacité des puissances mondiales à agir face à la répression des manifestations antigouvernementales en Syrie a fait apparaître au grand jour les défaillances du Conseil de sécurité dont les membres ont fait primer leurs intérêts sur les droits des peuples, dénonce également Amnesty International.

La mission d'observation de l'ONU elle-même a affirmé ce jeudi dans un rapport que l'armée syrienne et les services de sécurité commettent "la plupart des violations graves des droits de l'homme" et accuse le régime syrien de pratiquer la torture, y compris sur des enfants.

Julien Vlassenbroek avec Françoise Wallemacq