Que s’est-il réellement passé à Daraya, cette ville sunnite de 200 000 personnes, réputée hostile au régime ? Depuis la mi-août, elle a été soumise aux bombardements intenses de l’armée syrienne avant d’être investie, désertée par les rebelles. Selon la version relayée par l’Observatoire syrien des droits de l’homme, corroborée par un correspondant du Global Post, l’armée aurait commis des massacres en représailles, tuant indifféremment hommes, femmes et enfants.
Robert Fisk apporte un autre éclairage. Arrivé avec l’armée, il évoque un scénario très différent : selon les militaires qu’il a interrogés, l’Armée syrienne libre (ASL) aurait constitué une réserve d’otages, des proches de soldats de l’armée régulière et d’anciens conscrits. Une négociation visant à réaliser un échange entre des prisonniers de l’armée et les otages des rebelles ayant échoué, l’armée aurait décidé de lancer l’assaut.
Toujours selon Robert Fisk, des témoins oculaires dans la ville rapportent qu’avant même l’entrée des troupes syriennes, des cadavres étaient déjà visibles à certains endroits de la ville. Il parle également d’un postier qui, lui a-t-on dit, aurait été tué parce qu’il était un agent gouvernemental.
D’autres témoignages qu’il recueille peuvent laisser penser que des victimes à Daraya ont été la cible de rebelles plutôt que des troupes fidèles au régime, mais il se garde de l’affirmer. Sa conclusion est nuancée : "Pourtant, nous avons pu parler aux civils hors de portée des responsables syriens - dans deux cas dans en lieu sûr dans leur propres maisons - et leurs récits du massacre d'au moins 245 hommes, femmes et enfants suggèrent que les atrocités étaient beaucoup plus partagées que supposé".
L'opposition dément l'échange de prisonniers et parle de propagande
Sur la page Facebook des Comités de coordination locaux, organes de l’opposition au régime, celui de Daraya dément formellement l’histoire de l’échange de prisonniers : "La question qu'il faut se poser est la suivante : même si il y avait un échange de prisonniers et qu’il avait échoué, le régime d'Assad avait-il des motifs pour un tel niveau de rétorsion ? Y avait-il de similaires échecs des négociations avant les massacres de Muaddamiya, Saqba, etc. ? En fait, ce qui s'est passé dans les villes de la banlieue de Damas, et même dans l'ensemble de la Syrie, suit un scénario similaire qui commence par les bombardements et se termine par des massacres des civils ".
Le Comité de coordination critique également la manière dont Robert Fisk rapporte les propos de témoins, estimant qu’on aperçoit leur peur dans la manière dont ils refusent de désigner clairement le camp responsable du massacre. En témoigne, selon les rebelles, le témoignage d’un homme, cité par Fisk, qui prétend que les corps retrouvés au cimetière sont principalement ceux de personnes liées au régime ou d’anciens conscrits tout en admettant ne pas les avoir vus. "l'accusation implicite est évidemment dirigée contre l’Armée syrienne libre et cette méthode ressemble par excellence à la propagande étatique syrienne", dénonce la rébellion.
Robert Fisk est extrêmement respecté dans la profession et au Moyen-Orient, où ses reportages sur les Palestiniens et –parfois- ses prises de position ont été vivement critiquées en Israël. La polémique autour du massacre de Daraya montre aussi combien il est difficile, pour un journaliste indépendant, de se forger une opinion sur la réalité des faits dans le conflit syrien. Seule certitude : les morts sont bien réels.
T.N.




![[x]](http://www.static.rtbf.be/rtbf/www/images/common/old_browser/close.png)











Faire un commentaire
sans quoi, nous nous réservons le droit de supprimer votre réaction.