De nouveaux combats opposaient mardi armée et rebelles à Alep, la deuxième ville de Syrie, où des affrontements meurtriers se sont poursuivis dès l’aube. "Nous contrôlons désormais plus de 60% de la ville d'Alep", a affirmé à l’AFP le colonel Abdel Jabbar al-Oqaidi, chef du conseil militaire rebelle de la province d'Alep. Une information aussitôt démentie par un responsable au sein des services de sécurité. "Ceci est totalement faux", a-t-il réagi. "Ce ne sont pas les terroristes qui avancent, c'est l'armée qui progresse doucement" précisait-il.
Le colonel Oqaidi a cité plus d'une trentaine de quartiers entre les mains des rebelles, dont Saïf al-Dawla (sud-ouest), Hanano et Sakhour (est). "Le peuple est avec nous. Comment croyez-vous sinon que nous aurions pu tenir pendant un mois?", a aussi déclaré le colonel rebelle, en référence à la bataille qualifiée de cruciale à Alep, qui a débuté le 20 juillet dernier.
"L'armée bombarde les centres des rebelles dans la région d'Alep pour empêcher les ravitaillements en armes et munitions d'arriver" dans la ville, a affirmé de son côté un responsable des services de sécurité. Information partiellement confirmée par les renseignements de l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (OSDH): l'armée continuait de bombarder la ville et sa province mardi, selon l'OSDH, qui a fait état d'au moins 15 morts à travers le pays, dont des femmes et des enfants."C'est une guerre qui va prendre beaucoup de temps", ajoutait également le responsable syrien précité.
Les combats ne se sont pas non plus affaiblis dans la capitale syrienne. D’après l’OSDH, les forces régulières y auraient lancé un assaut violent, dans le quartier de Maadamiyat al-Cham.
Combats entre alaouites et sunnites au Liban
Au Liban voisin, deux hommes ont été tués et une soixantaine de personnes ont été blessées dans la nuit de lundi à mardi. Au moins 35 personnes ont été blessées depuis lundi soir dans des heurts liés au conflit syrien entre deux quartiers rivaux sunnites et alaouites à Tripoli, la grande ville du nord du pays, selon un responsable des services de sécurité et des sources médicales.
Selon des habitants, des hommes armés originaires du quartier sunnite de Bab al Tabbaneh et du quartier alaouite de Djebel Mosen ont échangé des coups de feu et ont lancé des grenades. Les combats se sont poursuivis de manière sporadique pendant la nuit malgré le déploiement de soldats dans cette ville portuaire.
Début juin, quinze personnes avaient déjà trouvé la mort dans des affrontements entre les deux communautés à Tripoli.
L’opposition syrienne a également accusé des partis et des services de sécurité libanais d'être derrière les enlèvements de dizaines de Syriens la semaine dernière au Liban. Le chef de l’État libanais, Michel Sleimane, a de son côté demandé mardi aux autorités judiciaires "d'émettre immédiatement des mandats d'arrêt contre les ravisseurs." Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait quant à lui affirmé vendredi que son parti n'avait "pas pu contrôler les réactions" de chiites qui ont enlevé des dizaines de Syriens en représailles au rapt d'un des leurs par un groupe de rebelles Syriens."
Une journaliste tuée, trois disparus
Le Japon a confirmé, mardi, la mort de la journaliste Mika Yamamoto, 45 ans, qui couvrait les combats à Alep pour une petite agence de presse nippone, Japan Press. Kazutaka Sato, un autre journaliste qui se trouvait elle, a expliqué sur plusieurs médias japonais qu'ils couvraient les affrontements du côté des rebelles quand ils sont tombés sur des "soldats en tenue de combat" qui ont tiré.
L'OSDH a aussi signalé la disparition de trois autres reporters, deux arabes et un Turc, dans la région d’Alep.
Mika Yamamoto est la quatrième journaliste étrangère décédée en Syrie depuis le début des hostilités. Plusieurs reporters syriens, mais également des "journalistes-citoyens", ont également été tués depuis cette date.
Sur le front diplomatique
Le président américain, Barak Obama, s'est montré particulièrement ferme lundi soir à propos de la Syrie. "Jusqu'à présent, je n'ai pas donné l'ordre d'intervenir militairement" en Syrie, a affirmé le président américain. Mais "si nous commencions à voir des quantités d'armes chimiques déplacées ou utilisées, cela changerait mon calcul et mon équation", a-t-il ajouté, faisant allusion au danger potentiel qu’encourrait l’Etat d’Israël si celles-ci devaient être dispersées à cause du conflit.
Washington comme Paris ont en outre répété que le président Bachar al-Assad devait quitter le pouvoir.
Quant au ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dont le pays est un allié de poids pour Damas, a déclaré mardi que les efforts du régime syrien pour mettre un terme aux violences étaient encore insuffisants. "Mais nous sommes convaincus qu'il n'y a pas d'autre voie que de continuer dans cette ligne d'action", a-t-il ajouté, en présence du vice-Premier ministre syrien chargé de l'économie, Qadri Jamil, en visite à Moscou.
MSF ouvre un hôpital dans le nord
Médecins sans frontières (MSF) a, de son côté, annoncé avoir installé un hôpital fixe dans une zone tenue par les rebelles dans le nord, sans en préciser le lieu exact. Plus de 300 interventions chirurgicales y ont déjà été effectuées, précise l’ONG. Sur les 12 derniers mois, des équipes de MSF étaient déjà entrées en Syrie, n'y restant que brièvement avant de repartir.
D'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, plus de 23 000 personnes auraient péri dans le conflit. L’ONU avance pour sa part le chiffre de 17 000 morts.
W. F. avec AFP




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