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Shutdown aux USA: "Le problème, c'est l'utilisation politique du système"

MONDE | Mis à jour le mardi 1 octobre 2013 à 9h37

  • Aux Etats-Unis, 800 000 fonctionnaires sur environ 2 millions sont au chômage depuis deux heures, et ne sont donc plus payés. Due au refus de la Chambre des représentants, dominée par les Républicains, d'adopter le budget validé par le Sénat à majorité démocrate, cette situation risque de plonger le pays "dans une situation économique très pénible", selon Nicole Bacharan, politologue et spécialiste des Etats-Unis. Invitée de Matin Première ce mardi, celle-ci déplore "l'utilisation des armes budgétaires" par les républicains "pour démolir la présidence de Barack Obama".

    Le "shutdown", cette fermeture des administrations fédérales a créé, selon Nicole Bacharan, "deux catégories de destin" ce matin pour les fonctionnaires américains. "Seuls les non-indispensables, dont l’absence ne remet pas en cause la sécurité de l’Etat ou des personnes, restent à la maison", explique-t-elle. Mais pour ceux qui sont considérés comme "les indispensables", à savoir "la police, les gardiens de prison, la sécurité dans les aéroports, les soins médicaux d’urgence ou les routes",  il faudra travailler... sans solde. Seuls les militaires, qui sont plus nombreux sont tous payés.

    La situation peut durer entre quelques heures comme quelques semaines, explique la politologue, en rappelant que "le dernier blocage budgétaire, qui avait eu lieu sous Bill Clinton en 1995, avait duré près de trois semaines".

    Et si elle évoque une situation très pénible à vivre pour tout le monde aux Etats-Unis, elle est aussi  alarmiste à propos de l’économie américaine et mondiale. "Tous les marchés réagissent fort mal ce matin", dit-elle, mais "au plus ça dure, au plus le risque politique pour les élus est important".

    Un coût de 8 milliards de dollars par semaine "possible"

    Une étude de la Goldman Sachs avait en effet estimé, sur base du précédent shutdown, que la fermeture des administrations coûterait 8 milliards de dollars par semaine à l’économie américaine. Si la politologue parle d’estimations, "cela paraît vraisemblable", dit-elle cependant.

    Étonnant, tout de même, d’arriver à une telle situation alors que "les Américains payent leurs impôts", ajoute-t-elle. Le hic ? Une fois qu’on a voté les recettes, donc les impôts, il faut voter l’autorisation de dépenser. "Et c’est précisément ce qu’Obama n’a plus aujourd’hui". Elle rappelle que la dernière autorisation était temporaire (quelques mois) étant donné que "les deux chambres du Congrès n’avaient pas pu se mettre d’accord sur un budget annuel". Au 1er octobre, dernière échéance, le président américain n’a donc plus du tout l’autorisation de dépenser, "même si l’argent des impôts dort dans les banques".

    "Le problème, c'est l'utilisation des armes budgétaires pour saper la politique d'Obama"

    Et si ce recours à un ultimatum semble strict, il ne semble pas pour autant remis en question aux USA. "Du moins au niveau légal", précise Nicole Bacharan. "Le problème, continue-t-elle, c’est l’utilisation politique de ce système". Quand il y a une telle division politique au sein du Congrès, avec d’un côté un Sénat à majorité démocrate et une Chambre des Représentants à majorité républicaine, le débat devient en effet plus difficile

    Pour Nicole Bacharan, "les ‘ultras’ du côté républicain utilisent les armes budgétaires pour démolir la présidence de Barack Obama". "C’est cela que les Américains ne supportent pas", "qu’on se serve du système financier pour remettre en cause le fonctionnement politique".

    L'Obamacare en ligne de mire

    Mais y a-t-il, au fond, un réel responsable de ce blocage ? Pour Nicole Bacharan, le but n’est pas d’identifier les bons ou les mauvais, même si elle pointe un constat "étonnant" : "Le budget est prêt et a plus ou moins créé le consensus entre les deux partis". Le problème ? Voté au Sénat, Les républicains majoritaires de la Chambre conditionnent leur approbation du budget au recul d’un an de l’application de l’Obamacare. "Un pur chantage", selon la politologue. Pour elle leur calcul est simple : "en retardant la loi d’un an, ils se disent que lors des nouvelles élections au Congrès en novembre 2014, ils rejoindront la majorité et abattront la loi définitivement".

    Et cette intransigeance révélerait une crainte dont les républicains ne se cachent pas : "Dans leur esprit, dit-elle, les gens vont prendre goût à être assistés par les fonds publics" et donc, s’attacher à cette réforme de la santé. "Et alors les républicains ne pourront plus la leur reprendre".

    Une division politique qui ne fait pas de pitié

    Pour Nicole Bacharan, si la droite du mouvement républicain (essentiellement le Tea Party, selon la politologue) est à nouveau si virulente aujourd’hui, "c’est parce qu’elle considère que Barack Obama a maintenant un genou à terre, et qu’elle veut lui clouer le deuxième au sol". Cette faiblesse du président serait due à son hésitation sur le dossier syrien, dit-elle. Un moment crucial que les "ultras" veulent saisir pour "l’achever en lui enlevant la seule grande réforme qu’il a concrétisée".

    Quant à l’idée de voir ce blocage, ce shutdown, profiter à Barack Obama, comme il a profité à Bill Clinton en 1995, "c'est possible", dit la politologue. Mais elle craint plutôt pour ses conséquences immédiates : "on est parti pour quinze jours de très fortes tensions, avant d’atteindre la prochaine échéance du relèvement du plafond de la dette".

    G. Renier

    Vous pouvez aussi relire l'interview de Bertrand Henne dans son intégralité.

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    Nicole Bacharan, politologue et spécialiste des Etats-Unis, était l'invitée de Matin Première ce mardi

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