Parmi les victimes figurent quatre ouvriers qui travaillaient de nuit dans des usines. Un Marocain de 29 ans a été tué par la chute d'une poutrelle lors de l'écroulement d'un hangar d'une fabrique de polystyrène expansé à Ponte Rodoni di Bondeno. Deux autres ouvriers italiens ont succombé dans une usine de céramique à Sant-Agostino, quand le toit est tombé sur eux.
L'un des deux, Nicola Cavicchi, 35 ans, "voulait aller à la mer mais avec les prévisions météos mauvaises, il avait décidé d'aller travailler, pour remplacer un collègue malade", ont raconté ses parents en larmes.
Le corps d'un quatrième ouvrier a été retrouvé dans la matinée sous les décombres d'une fonderie dans un autre village de la zone.
Deux femmes sont décédées après avoir été prises de malaise à la suite du déclenchement du séisme : une Allemande de 37 ans qui était en déplacement de travail, près de Bologne et une femme de plus de cent ans.
En revanche, une petite fille de 5 ans restée emprisonnée sous les ruines de sa maison à Finale Emilia a été sauvée par les pompiers grâce à un échange téléphonique par delà l'Atlantique.
Sauvée de New-York
"Mon fils, à New-York était sur internet quand il a vu la nouvelle du tremblement de terre. Il nous a tout de suite appelés. Et c'est d'Amérique qu'il a réussi à alerter les secours que nous n'arrivions pas à joindre", a raconté à l'Ansa Adriano Ziosi, 64 ans, décorateur à la retraite.
"La fillette est restée calme, alors qu'elle était recouverte d'un mètre et demi de décombres. Son papa s'est démenée comme un lion pour lui libérer le visage et la faire respirer. La protection civile a fait le reste", a raconté un voisin, Andrea Giovanardi, 50 ans, qui a participé aux premiers secours.
Cinquantaine de blessés
Une cinquantaine de personnes ont été blessées dans la région de Ferrare et de Modène, zone de l'épicentre, mais aucune ne serait gravement atteinte.
Le séisme, de magnitude révisée à 6 (5,9 dans un premier temps), a été enregistré par l'institut national de géophysique à 04h04 (02h04 GMT). Il est survenu à 5,1 km de profondeur. Son épicentre a été localisé à Finale Emilia, à 36 km au nord de Bologne.
La forte secousse sismique a duré une vingtaine de secondes interminables. Elle a été ressentie dans tout le nord-est de la péninsule, de l'Emilie-Romagne à la Vénétie -une famille de touristes colombiens a raconté à l'AFP avoir été prise de panique à Venise-, et même plus légèrement en Lombardie, dans le Frioul ou en Toscane.
Elle avait été précédée d'une première, qui n'avait pas causé de dommages, et suivie de deux autres, moins fortes. Selon des experts, cette atténuation des secousses laisse présager que le pire est passé.
"Nous avons eu très peur, tout le village est descendu dans la rue après la première secousse, après la deuxième, beaucoup ont trouvé refuge dans leur voiture mais heureusement, les dégâts sont plutôt limités et concernent surtout les églises", a indiqué à l'agence Ansa, Umberto Mazza, le maire de Ostiglia, près de Mantoue.
Élections municipales malgré tout
Dans une manifestation de confiance visant à rassurer les citoyens, les bureaux électoraux se sont ouverts comme prévu pour le deuxième tour des élections municipales à Piacenza, Parme, Budrio et Comacchio.
Autre signe de normalisation: les principales liaisons ferroviaires ont repris.
Dans la zone la plus touchée, se succèdent maisons à demi écroulées, amoncellements de gravats sur les routes, corniches d'églises ou de tours détachées.
Les images de télévision montrent des milliers d'habitants descendus de nuit dans les rues de villes comme Bologne, parfois encore en pyjamas et recouverts de couverture, mais gardant le calme.
Dégâts importants au patrimoine culturel
Sous l'impact de ce séisme, qui est équivalent dans son intensité à celui de L'Aquila en 2009, plusieurs joyaux architecturaux de villages proches de Ferrare ont été endommagés.
Des dégâts importants sont ainsi survenus dans la petite ville de San Felice, où une église s'est écroulée. De nombreux monuments historiques, dont l'hôtel de ville, y ont été endommagés, leurs murs lézardés.
Dans la région de Bologne, la partie supérieure d'une tour du château de Galeazza s'est détachée.
Plusieurs hôpitaux ont été évacués par mesure de sécurité, dans la crainte de nouvelles secousses.
Selon Enzo Boschi, sismologue très connu en Italie, "il n'est pas vrai qu'il n'y a pas de séisme dans la plaine du Pô". "Ferrare en a subi un très important au quinzième siècle dont on peut encore voir les traces", a-t-il rappelé.
"L'Italie est un pays hautement sismique. Ce que nous savons avec précision est que 5,9 de magnitude ou 6 est le maximum qui s'est produit dans ces zones par le passé", a-t-il dit.
L'Italie est encore traumatisée par le séisme de l'Aquila, dans les Abruzzes, plus au sud de la péninsule, qui avait causé la mort de 309 personnes et privé 80 000 de leurs logements.
Production de parmesan et grana padano: plus de 250 millions d'euros de dégâts
Plus de 300 000 meules de parmesan et "grana padano", un fromage similaire, ainsi que des entrepôts, pour une valeur totale de plus de 250 millions d'euros, ont été détruits par le séisme qui s'est produit dans la nuit de samedi à dimanche dans le nord-est de l'Italie, a indiqué un responsable du secteur.
"La secousse, très forte, a gravement endommagé les structures de nombreux entrepôts ainsi que des milliers de tonnes de Grana Padano et Parmigiano Reggiano", a indiqué Stefano Berni, directeur général du Consortium pour la protection du Grana Padano, fromage au goût moins âpre que le parmesan.
"Il s'agit d'un préjudice très lourd mais nous ne déplorons aucune victime. C'est le plus grand soulagement dans ce moment d'inquiétude", a-t-il souligné. Au total, le préjudice s'élève à 250 millions d'euros, selon une première estimation "très prudente", a affirmé M. Berni formulant le souhait qu'il n'y ait pas "d'autres secousses, qui pourraient aggraver encore l'état des structures déjà très endommagées et fragiles". Contrairement au parmesan produit uniquement en Emilie-Romagne (nord-est), surtout près de Parme, le "grana padano" est fabriqué dans toute la vallée du Pô, en Lombardie, dans le Piémont (nord-est) jusqu'en Vénétie.
Le parmesan est une appellation d'origine contrôlée depuis 1996 et le grana padano une appellation d'origine protégée depuis la même année. Chaque meule pèse de 25 à 40 kg.
RTBF avec agences




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