Le Premier ministre québécois Jean Charest réunissait ce vendredi midi au Palais des Congrès de Montréal les plus gros portefeuilles de la province afin de leur présenter dans le détail son "bébé", le très controversé Plan Nord. Ce projet économique, qui consiste en un développement intensif des exploitations minières situées dans le Grand Nord du Québec, ne fait pas que des heureux.
Des citoyens mécontents, jeunes étudiants ou militants écologistes, ont d'ailleurs fait entendre leur voix quelques minutes avant l’allocution du Premier ministre. Vers midi, une centaine d’individus, bruyants et particulièrement déterminés, sont parvenus à déjouer la vigilance des forces de l’ordre et à pénétrer dans le Palais montréalais. Le service de sécurité est rapidement intervenu et est parvenu à les chasser du bâtiment.
Une touche d'humour "inquiétante"
Mais dans les rues de la métropole, le petit groupe d'activistes a rejoint d'autres manifestants, majoritairement étudiants. L’affrontement avec les forces de l'ordre, inévitable, a fait de lourds dégâts. Bilan : 17 arrestations et 6 blessés, dont 4 dans les rangs des policiers.
Et tandis qu’à l’extérieur du Palais des Congrès, les services de sécurité faisaient le ménage, à l’intérieur des murs, le Premier ministre entamait son discours avec une petite touche d’humour : "À ceux qui frappaient à notre porte ce matin, on va leur offrir un emploi, dans le Nord autant que possible", lançait un Jean Charest goguenard.
Si la blague a fait mouche auprès des puissants et fortunés invités, elle n’a guère plu aux leaders étudiants. "Voir le premier Ministre tourner tout ça en dérision, c’est extrêmement inquiétant", s’est ainsi offusqué l’un des dirigeants du mouvement estudiantin.
Frais scolaires: une hausse de 75% en 5 ans
Et il est vrai que la situation ne semble guère prêter à sourire. Depuis bientôt dix semaines, les rues de Montréal, de Québec et de la plupart des villes de la Belle Province sont le théâtre de manifestations impressionnantes. Les étudiants québécois entendent en fait dénoncer la future hausse des frais de scolarité. Ceux-ci devraient augmenter de 1625 dollars (un peu plus de 1200€) au cours des cinq prochaines années. Soit une hausse totale de 75% d’ici 2016.
Depuis le 14 février dernier, des dizaines de milliers d’étudiants, issus d’universités ou de collèges, ont déserté les auditoires pour défiler dans les rues, pancartes à la main. Le 22 mars, une vague rouge déferlait sur Montréal: plus de 100 000 manifestants déambulaient dans la métropole. "Nous crions fort pour que personne ne nous ignore", lançait aux médias une jeune fille, le visage entièrement recouvert de peinture écarlate.
"La violence se répand. Comme un incendie"
Mais cette manifestation, d’une ampleur historique, n’a pas eu l’effet escompté.
Depuis quelques jours et malgré certains appels au calme, le ton est même monté d'un cran. Les arrestations se sont multipliées et le sang a coulé: de nombreux blessés sont à déplorer dans les deux camps. Le bureau de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a été entièrement saccagé par une dizaine d’individus en marge d’un rassemblement étudiant. Et plusieurs professeurs ont indiqué avoir fait l’objet de menaces et d’intimidations émanant d'agents de sécurité.
Lors des manifestations, les coups de matraques répondent désormais aux jets de pierres. Et inversement. "La violence se répand. Comme un incendie, il est facile de l’allumer mais difficile de l’éteindre", glissait cette semaine le ministre de la Sécurité Publique à nos collègues du quotidien La Presse.
Entre "pro" et "anti", le dialogue est rompu
La situation est tendue, complexe. Et la crise pourrait encore durer. À l'heure actuelle, aucune réunion n’est en effet prévue entre les trois syndicats étudiants et les représentants du gouvernement Charest. Entre les deux parties, le dialogue est rompu.
Le conflit s’envenime et s’invite désormais dans les débats, les médias, les conversations. La question, brûlante, divise la société québécoise. Sur les réseaux sociaux, les "pro" et "anti" s’invectivent, s’insultent, s’affrontent. Les uns évoquent "la tyrannie des agitateurs de gauche", les autres dénoncent "la brutalité policière" et réclament que les têtes tombent.
Certains observateurs estiment que règne aujourd'hui une ambiance de fin de régime. Le "Printemps québécois" pourrait peut-être prochainement faire ses premières victimes politiques.
PIAB




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