Aller directement au contenu principal

Norvège: le skrei, un cabillaud arctique qui fraye sur ses côtes, à l'honneur

MONDE | Mis à jour le lundi 12 mars 2012 à 9h53

  • Le jeune Alexander Leirvold saisit une tête de cabillaud, qu'il embroche avec habilité sur un mât en bois surmonté d'une longue pointe. Il tranche rapidement la langue, d'un blanc nacré, réputée pour être une délicatesse.

    "Ce n'est pas compliqué à réaliser et je me fais vraiment de l'argent facile", se vante l'adolescent de quinze ans. Vêtu d'une large tenue imperméable orange et noire et de gants bleus en caoutchouc, il découpe plusieurs langues par minute à Marine Fresh, la fabrique de poissons du minuscule village de Napp, situé dans les îles Lofoten, en Norvège, au nord du cercle polaire.

    Alexander perpétue une tradition vieille d'un millénaire au moins. Chaque hiver, la migration de millions de cabillauds est un événement dans la région. Les poissons traversent plusieurs centaines, voire milliers de kilomètres dans l'eau glacée de la mer de Barents et longent les fjords de la côte septentrionale de la Norvège, de fin janvier à début avril, pour une fraie géante.

    Ce cabillaud de l'est de l'Arctique, appelé skrei quand il a atteint sa maturité sexuelle - "le vagabond" en vieux norrois -, est une aubaine pour les pêcheurs.

    Les habitants adorent leurs filets et ont une prédilection pour leurs langues. Une bonne partie des prises est exportée vers l'Espagne, l'Italie et le Portugal.

    Pour les quelque 25.000 habitants de l'archipel des îles Lofoten, dont la moitié vit toujours de l'industrie de la pêche, la saison du skrei est l'événement de l'année.

    "Quand le premier skrei arrive, cela tourne presque au pugilat. Tout le monde le veut", raconte Bjoern Arne Bendiksen, contremaître à l'usine Marine Fresh à Napp.

    Mickaël Féval, le chef étoilé du restaurant parisien Antoine, une étoile dans le prestigieux guide Michelin, a fait pour la troisième fois le déplacement.

    "La différence avec les autres cabillauds, c'est que celui-ci a nagé sur de très longues distances pour rejoindre la mer de Barents. Ses muscles se sont vraiment développés... La texture est fantastique!", détaille-t-il à l'AFP, après avoir lui-même choisi le skrei qu'il servira le lendemain, non sans y ajouter une touche française.

    Une pêche hautement surveillée

    Très étroitement surveillée en Norvège, la pêche du skrei, est certifiée respectueuse de l'environnement et du développement durable. Le poisson appartient à la plus grande réserve de cabillauds au monde, estimée à 1,7 millions de tonnes, dans les eaux de la Norvège et de la Russie.

    Mais les mouvements migratoires créent des revenus irréguliers, saisonniers, pour l'industrie de la pêche, qui s'inquiète par ailleurs de projets de prospection pétrolière dans les eaux des îles Lofoten.

    75% des prises ont lieu durant les quatre premiers mois de l'année, selon l'organisation coopérative des pêcheurs norvégiens.

    "Si vous ne vous faites pas de l'argent durant l'hiver, vous n'en ferez pas beaucoup plus cette année-là. C'est une saison courte et très chargée", explique Bendiksen, alors que de larges caisses de poisson sont transportées vers l'usine où des ouvriers vident le skrei à la chaîne, avec dextérité.

    En 2011, les navires norvégiens ont pêché 340.000 tonnes de cabillaud, de toute espèce, pour une valeur totale de quatre milliards de couronnes (534 millions d'euros), selon la coopérative des pêcheurs.

    Et cette année, la Mer de Norvège, qui borde les îles Lofoten, semble grouiller d'encore plus de skrei, synonyme de revenus substantiels, même pour les petits navires côtiers parfois à la peine.

    "Je pourrais partir en vacances pour le reste de l'année, après avoir travaillé seulement quatre ou cinq mois, tant il y en a", constate Frann Fridthjoff Nygaard, un pêcheur de cinquante-trois ans arborant une épaisse moustache, qui vient de décharger ses prises du jour sur les quais de Napp.

    "Je possède deux petits bateaux et je suis très dépendant des conditions climatiques", explique-t-il. L'année dernière, il n'avait pas pu pêcher à 17 reprises durant cette saison cruciale.

    Pour les nombreux enfants qui, comme Alexander, se font de l'argent de poche en tranchant les langues de cabillaud, le travail est heureusement plus aisé.

    "Je les vends à 50 couronnes (6,70 euros) le kilo et je peux facilement me faire 1.000 couronnes en une après-midi", indique-t-il. Quand la saison est bonne, les jeunes découpeurs peuvent engranger jusqu'à 50.000 couronnes.

    Des enfants prennent part dès l'âge de six ans à cette tradition, après leur journée d'école. Eivind Holst, le maire de la plus grosse municipalité de Lofoten, Vaagan, y voit un bon moyen de forger son caractère.

    AFP

    Faire un commentaire

    • Merci de respecter la charte des commentaires,
      sans quoi, nous nous réservons le droit de supprimer votre réaction.
    • Les commentaires sont fermés après quatre jours.
  • Un village de pêcheurs dans les îles Lofoten, en Norvège, le 7 février 2012
    « previous

    Un village de pêcheurs dans les îles Lofoten, en Norvège, le 7 février 2012

    Nina Larson (AFP)
    next
    • Un village de pêcheurs dans les îles Lofoten, en Norvège, le 7 février 2012

      Un village de pêcheurs dans les îles Lofoten, en Norvège, le 7 février 2012

    • Des cabillauds sèchent le 8 février 2012 près de Svolvaer, dans les îles Lofoten, en Norvège

      Des cabillauds sèchent le 8 février 2012 près de Svolvaer, dans les îles Lofoten, en Norvège

    • Des têtes de cabillaud sèchent sur des claies, donnant une odeur particulière à certains coins des Lofoten

      Des têtes de cabillaud sèchent sur des claies, donnant une odeur particulière à certains coins des Lofoten

Dernière Minute

Monde