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Mali: affrontements meurtriers à Bamako, le conflit a fait 320 000 réfugiés

MONDE | Mis à jour le mardi 1 mai 2012 à 16h08

  • L'ex-junte au pouvoir au Mali a affirmé mardi à l'aube "maîtriser la situation" à Bamako et ses environs après plusieurs heures d'affrontements avec des forces loyales à l'ancien président Amadou Toumani Touré (ATT), renversé le 22 mars, qui ont fait 14 morts et 40 blessés. Selon l'Onu, le conflit au Mali a déjà obligé 320 000 personnes à fuir leurs domiciles depuis mi-janvier pour cherché refuge ailleurs dans le pays ou à l'étranger.

    Mardi, peu après 03H30, un représentant de l'ex-junte, non identifié, est apparu à la télévision pour "rassurer" la population, affirmant que la situation était "sécurisée" à Bamako après des "attaques" visant, selon lui, à "déstabiliser le processus de retour à l'ordre constitutionnel".

    Accusant des "individus mal-intentionnés" soutenus par des "éléments de l'étranger" d'avoir "attaqué l'aéroport, l'ORTM (radio-télévision malienne) et la caserne de Kati (quartier général de l'ex-junte)", il a assuré que ces trois lieux stratégiques étaient désormais "sécurisés".

    Entouré d'une poignée de militaires, le représentant de la junte a fait état d'"arrestations", et promis que tous ceux qui étaient impliqués "seront activement recherchés et poursuivis". Quelques instant avant cette déclaration télévisée, le chef de l'ex-junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo, avait affirmé, dans un message écrit diffusé par la télévision, "maîtriser la situation" à Bamako, qui semblait pourtant extrêmement confuse.

    Des sources concordantes et des témoins avaient affirmé en fin de soirée que l'Office de radio-télévision malienne (ORTM), mais aussi l'aéroport de Bamako, étaient passés sous le contrôle de la garde présidentielle, les "bérets rouges", fidèles à l'ancien président ATT.

    Dans la soirée, une radio privée, radio Kayira, avait diffusé à plusieurs reprises une déclaration attribuée au capitaine Sanogo, dénonçant la présence de "mercenaires" et de "soldats étrangers" aux côtés des "bérets rouges".

    L'intervention des partisans de l'ex-junte à la télévision semble confirmer que les combats contre les forces loyalistes ont tourné en faveur des ex-putschistes. Selon tous les témoignages, les combats semblaient s'être concentrés au milieu de la nuit autour du camp militaire de la ville garnison de Kati, quartier général de l'ex-junte au pouvoir situé à 15 km de la capitale.

    La route entre Bamako et le camp de Kati a été fermée à la circulation par des éléments des forces loyalistes, qui selon des sources diplomatiques régionales, encerclaient la ville.

    "Des morts"

    Les troubles à Bamako ont éclaté lorsque les "Bérets rouges" se sont opposés à l'arrestation d'Abidine Guindo, ancien chef d'état-major particulier du président ATT par des éléments de l'ex-junte. Selon des témoins, des tirs nourris ont ensuite été échangés près du siège de l'ORTM, occupé par les partisans du capitaine Sanogo depuis le coup d'Etat. Des salariés de la télévision ont indiqué à l'AFP avoir vu "des morts" sans pouvoir en préciser le nombre ou le camp.

    Ces troubles surviennent à la veille d'une rencontre prévue à Ouagadougou entre ex-putschistes et le président burkinabé Blaise Compaoré, médiateur dans la crise malienne qui a été annulée.

    Le capitaine Sanogo, qui avait accepté le 6 avril de rendre le pouvoir en signant un accord avec la Cédéao (Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest), avait finalement rejeté samedi les décisions prises le 26 avril à Abidjan lors d'un sommet des chefs d'Etat ouest-africains, en particulier l'envoi de soldats dans son pays pour sécuriser la transition après le putsch du 22 mars.

    Il a rejeté aussi la décision de la Cédéao de fixer la période de transition à douze mois, jusqu'à la tenue d'élections présidentielle et législatives.

    Selon les analystes, les ex-putschistes refusent de se laisser marginaliser par les organes de la transition, dirigés par Dioncounda Traoré et son Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, qui a formé un gouvernement comprenant trois militaires proches de l'ex-junte. Le 22 mars, les putschistes avaient justifié leur coup d'Etat par "l'incompétence" du régime ATT dans la lutte contre les groupes armés toureg, islamistes et criminels dans le nord du Mali.

    320 000 réfugiés

    Plus de 320 000 personnes ont fui leurs domiciles depuis mi-janvier au Mali, et cherché refuge ailleurs dans le pays ou à l'étranger, a indiqué mardi une porte-parole des Nations unies à Genève.

    "Près de 320 000 personnes (...) ont été déplacées par le conflit au Mali. Sur ces 320 000 personnes, il y a 187 000 réfugiés dans les pays voisins", a déclaré Corinne Momal-Vanian, lors d'un point presse.

    Le 23 avril, le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) avait comptabilisé près 270 000 réfugiés et déplacés. Pour sa part, un porte-parole du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), a indiqué que les réfugiés vont surtout en Mauritanie, au Burkina Faso et au Niger. "Nous avons actuellement 62 871 personnes en Mauritanie, 56 664 au Burkina Faso et 39 388 au Niger", a-t-il précisé.

    Les premiers déplacements ont été provoqués par des attaques lancées le 17 janvier par des rebelles touareg et d'autres groupes contre l'armée dans plusieurs localités dans le nord du Mali. Ces mouvements armés, dont des islamistes, ont profité d'un coup d'Etat militaire, le 22 mars, pour mener une offensive foudroyante et prendre en trois jours le contrôle des trois régions administratives composant le Nord: Kidal, Gao et Tombouctou, coupant de fait le Mali en deux.

    AFP

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    le chef de l'ex-junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo, le 3 avril 2012 au camp militaire de Kati près de Bamako

    Issouf Sanogo
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      le chef de l'ex-junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo, le 3 avril 2012 au camp militaire de Kati près de Bamako

    • L'ancien président Amadou Toumani Touré le 11 janvier 2012 à New Delhi

      L'ancien président Amadou Toumani Touré le 11 janvier 2012 à New Delhi

    • Un soldat malien au camp militaire de Kati, près de Bamako en avril 2012

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