Louis Michel: davantage d'Europe pour lutter contre le populisme et l'euroscepticisme

L'eurodéputé Louis Michel pendant le congrès du MR en Novembre dernier à Ciney
L'eurodéputé Louis Michel pendant le congrès du MR en Novembre dernier à Ciney - © JEAN-LUC FLEMAL - BELGA

Soulagement. C'est sans doute le mot le plus approprié pour décrire le sentiment des dirigeants européens après le résultat des élections aux Pays-Bas. Ils craignaient de voir le populiste et très eurosceptique Geert Wilders rafler la mise et - qui sait - peut être siéger à leur côté au sein du Conseil européen. Eh bien non. C'est le libéral Mark Rutte qui est arrivé en tête des élections. Une victoire, oui. Mais à relativiser. Le parti populaire libéral et démocrate (VVD) du premier ministre néerlandais a décroché 33 sièges au Parlement néerlandais, soit huit de moins qu’en 2012. Le PVV de Geert Wilders obtient 20 sièges. Cinq de mieux que lors du précédent scrutin. 

Une vraie victoire et un signal intéressant

Cela annonce-t-il pour autant le début de la fin du populisme en Europe ? L'avenir le dira, notamment avec les résultats des prochaines échéances électorales européennes : les présidentielles françaises et les législatives allemandes. Mais l'eurodéputé libéral Louis Michel (MR) se réjouit de cette victoire de Mark Rutte et refuse de "bouder son plaisir" : "D'abord, Mark Rutte est un libéral. Déjà rien que ça, ça me fait plaisir. (...) Bien sûr qu'il a perdu des sièges. Mais la redistribution des sièges s'est faite de manière tout à fait neuve. Je pense qu'avoir 33 sièges sur 150, et le PVV ayant 20 sièges, il a quand même une confortable avance. Il ne faut pas oublier non plus que Mark Rutte a gouverné et qu'en général, en Hollande, quand on gouverne, c'est rare qu'on gagne. Je crois que dans le contexte qui était le sien, par rapport aux peurs que nous avions tous, je trouve quand même que c'est une vraie victoire. Une vraie victoire et un signal intéressant pour ce qui va se passer prochainement en France où là aussi on retient son souffle". 

L'émergence de GroenLinks, une bonne chose

Louis Michel se réjouit également que les partis démocratiques néerlandais n'aient pas l'intention de gouverner avec Geert Wilders. Et puis, l'eurodéputé belge salue l'émergence du GroenLinks, littéralement la Gauche verte (GL), même s'il ne partage pas les idées du parti : "Je pense que c'est rafraîchissant d'avoir quelqu'un [Jesse Klaver qui dirige GroenLinks, ndlr] de sa génération, de son origine [Le père de Jesse Klaver est d'origine marocaine et sa mère est d'origine néerlandaise et indonésienne, ndlr] émerger démocratiquement dans un contexte où le racisme et la xénophobie étaient exaltés par un courant qui devenait de plus en plus populaire. J'ai deux satisfactions dans le fond : voir que Rutte a gagné (...) et que les Néerlandais ont fait émerger quelqu'un d'une nouvelle génération qui a un profil qui est d'une certaine manière un témoignage de ce que l'intégration de la migration peut apporter comme valeur ajoutée dans un pays et dans une démocratie".

Il faut qu'on choisisse le moindre mal

Quant à la fin supposée - ou en tout cas espérée par les dirigeants européens - des populismes à travers l'Europe, Louis Michel veut y croire : "Coincé entre un courant sérieux, incarné par Rutte, (...) et un jeune comme ça d'une nouvelle génération, je pense que le populisme va vers de mauvais jours". 

Mark Rutte est donc parvenu à maintenir son parti N°1 aux Pays-Bas. Mais n'est-ce pas notamment parce qu'il a repris certaines des idées assez dures du PVV de Geert Wilders ? Oui, sans doute. Mais pour Louis Michel, cela fait partie de la politique, même s'il le regrette : "Bien sûr que, quand vous êtes confrontés à des mouvements populistes de ce type-là, le discours - au niveau de l'accueil des migrants, de la gestion du phénomène -, est indirectement, si pas modifié, en tout cas touché par ça. C'est clair. C'est à dire que les préoccupations qui n'étaient peut-être pas celles de Rutte et des libéraux le sont devenues à un moment donné. Pour essayer de rencontrer les peurs ou les questionnements des gens. Je regrette ça aussi, parce que c'est de la contamination d'idées. Je suis contre ça, mais il faut choisir. Il faut qu'on choisisse le moindre mal".

L'évaluation du coût de la 'non-Europe'

Plus globalement, pour lutter contre le populisme et l'euroscepticisme, Louis Michel croit savoir que la réponse se trouve dans... son livre. Il vient de publier "L'Europe plus que jamais! Une plus-value pour le citoyen" aux Editions du CEP. Il y évoque notamment l'évaluation du coût de la 'non-Europe' : "Eh bien, le fait qu'on ne soit pas assez intégré au niveau européen - c'est à dire qu'on ne mène pas des politiques communes - ça représente un manque à gagner, selon le concept de Delors, de 1.597 milliards d'euros chaque année. Ça représente 12% du PIB actuel de l'Union européenne. Si on faisait cette intégration, il n'y aurait plus de problèmes financiers. Plus de problèmes d'argent pour booster la croissance, pour mettre dans l'éducation, dans la recherche, pour avoir une politique énergétique commune, etc. (...) Rien que le marché numérique européen, s'il était intégré, ça nous ferait gagner 415 milliards d'euros. (...) Ce qui est terrible, et en tant que pro-européen je suis vraiment terrifié de voir ça, c'est que les chefs d'Etats savent tout ça. Les ministres savent tout ça. Les experts savent tout ça. Malheureusement, on est miné par un système. Le problème, et ça je l'ai vécu comme commissaire européen, c'est que chaque année, il y a des élections nationales quelque part. Et évidemment, dès qu'il y a des élections nationales, tout ce qui est bien, c'est grâce aux politiques nationales, tout ce qui est mal, c'est la faute à Bruxelles".

Décalage entre ce qu'on fait et ce qu'on pourrait faire

Et Louis Michel a bien une solution, même si elle semble peu réalisable dans les faits : "Si on pouvait un jour décider que toutes les élections nationales aient lieu le même jour, vous auriez un bouleversement dans la politique européenne. Ce n'est pas de la science-fiction, je pense qu'on va y arriver. On pourrait par exemple commencer avec les pays de la zone euro, et forger sur ces pays un véritable gouvernement économique qui irait beaucoup plus loin dans l'intégration. Imaginons que ces 17 pays conduisent une politique énergétique commune très rapidement, les autres pays auraient la langue jusque sur le nombril pour y être aussi. Parce qu'ils verraient la valeur ajoutée que ça représente. C'est mathématique. On ne peut pas rater, on ne peut pas échouer. Donc, ce qui est terrible, c'est ce décalage entre ce qui est possible et ce qu'on fait réellement. Et là, vous verriez les citoyens croire à nouveau à l'Europe".

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