Les indépendantistes écossais tiennent mordicus à leur référendum

Nicola Sturgeon, Première ministre de l'Ecosse, à Aberdeen, le 17 mars 2017
Nicola Sturgeon, Première ministre de l'Ecosse, à Aberdeen, le 17 mars 2017 - © Michal Wachucik

"Evidemment que le référendum aura lieu!" : réunis en congrès à Aberdeen, les nationalistes écossais clament leur soif d'indépendance et menacent de faire éclater le Royaume-Uni à l'heure du Brexit.

Nicola Sturgeon, Première ministre de la région semi-autonome et cheffe du Parti national écossais SNP, a frappé un grand coup lundi en dévoilant son projet d'un nouveau référendum fin 2018 ou début 2019. Elle doit s'adresser samedi après-midi aux militants pour les galvaniser, avant un premier vote décisif à Holyrood, le parlement écossais, la semaine prochaine, sur le long et incertain chemin de l'auto-détermination.

A moins d'une énorme surprise, le parlement régional, où le SNP dispose d'une confortable majorité, devrait donner son feu vert mercredi à la tenue d'un nouveau référendum, moins de trois ans après celui de septembre 2014 où le non à l'indépendance l'avait emporté par 55% des voix contre 45%.

La balle sera ensuite dans le camp du gouvernement britannique et de la Première ministre Theresa May, qui a en théorie le pouvoir de s'opposer à l'organisation de ce référendum à hauts risques pour l'unité du royaume. Mme May a d'ores et déjà expliqué que ce n'était "pas le moment" de rappeler les Ecossais aux urnes, alors que le pays tout entier devrait concentrer son énergie sur les négociations du Brexit qui s'annoncent ardues.

'Mandat en béton'

De là à bloquer complètement le référendum, il y a un pas difficile à franchir sur le plan politique. "Ce serait une atteinte à la démocratie", a averti Nicola Sturgeon en insistant sur le fait que le SNP disposait d'un "mandat populaire en béton" après avoir recueilli 46,5% des voix aux élections écossaises en 2016.

Vendredi, à l'ouverture du congrès du SNP, Mme Sturgeon a laissé entendre qu'elle était "ouverte à la discussion" sur la date de la consultation. Mais hors de question de remettre en cause le principe même du référendum, a-t-elle répété.

"Evidemment que le référendum aura lieu!", a abondé son adjoint au SNP, Angus Robertson, à la tribune du congrès, en fustigeant "l'arrogance" de Londres.

"Qu'aucun Premier ministre britannique ne se mette en travers de la démocratie écossaise ! Ce serait la preuve d'un retour aux mauvais jours de l'ère Thatcher, lorsque le Royaume-Uni piétinait l'Ecosse, ce qu'on n'accepte plus", a-t-il menacé.

Le SNP estime que la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne, rejetée par 62% des Ecossais, justifie l'organisation d'une nouvelle consultation puisque l'Ecosse veut conserver des liens étroits avec l'organisation.

'Suicide'

"Vouloir quitter le marché unique, comme semble le souhaiter Theresa May, est un suicide politique et économique", a déclaré la députée du SNP en charge du commerce international, Tasmina Ahmed-Sheikh, lors d'un briefing avec la presse étrangère cette semaine à Londres.

"Le SNP veut que l'Ecosse fasse partie de l'UE ou au moins, dans un premier temps, du marché unique, s'il faut passer par une période de transition. Le plus important est la libre circulation des personnes", a déclaré à l'AFP le Français Christian Allard, député SNP et résident écossais depuis trente ans.

Si le SNP se remet en ordre de bataille pour un nouveau référendum, c'est aussi parce qu'il estime que le désir d'indépendance a le vent en poupe en Ecosse.

Publiée mercredi, la dernière étude annuelle de ScotCen sur l'état du nationalisme en Ecosse indique que 46% des Ecossais sont désormais favorables à l'indépendance, la proportion la plus élevée depuis le lancement de ce rapport en 1999.

"En 2012, on était à 20%", rappelle l'ancien leader du SNP Alex Salmond, pour en conclure: "Nous avons toutes les raisons d'être confiants".

Theresa May a certainement flairé le danger. Vendredi, elle a une nouvelle fois dénoncé la quête "obsessionnelle" de l'indépendance par le gouvernement écossais, en défendant "l'union précieuse" du Royaume.

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