Le Sud-Soudan, 193e Etat du monde, a proclamé son indépendance

Des soudanais arborrent des drapeaux du Sud-Soudan dans les rues de Jaba, le 9 juillet 2011
Des soudanais arborrent des drapeaux du Sud-Soudan dans les rues de Jaba, le 9 juillet 2011 - © Ashraf Shazly

Le Sud-Soudan a proclamé samedi formellement son indépendance lors d'une cérémonie officielle à Juba en présence de dirigeants étrangers, devenant le 193e Etat du monde et divisant le plus grand pays d'Afrique en deux.

C'est le chef du Parlement sud-soudanais, James Wanni Igga, qui a annoncé la "déclaration d'indépendance du Sud-Soudan", devant des dizaines de milliers d'habitants en liesse. Le Sud à majorité chrétienne se sépare ainsi du Nord musulman après des décennies de guerre qui ont fait des millions de morts.

"Nous, les représentants démocratiquement élus du peuple, en se basant sur la volonté du peuple du Sud-Soudan, et comme l'ont confirmé les résultats du référendum sur l'auto-détermination, proclamons par la présente le Sud-Soudan une nation indépendante et souveraine", a-t-il dit.

La déclaration d'indépendance souligne le caractère multi-ethnique et multi-religieux du nouvel Etat démocratique et son engagement à des relations "amicales" avec tous les pays y compris "la République du Soudan", a ajouté James Wanni Igga.

Le nouveau drapeau du Sud-Soudan a ensuite été hissé au milieu d'applaudissements et de cris de joie, mais aussi de pleurs.

Salva Kiir a ensuite prêté serment en tant que premier président du Sud-Soudan, un pays sous-développé comptant parmi les plus pauvres du monde.

Placée sous haute sécurité, la cérémonie se déroulait au mausolée de l'ex-dirigeant rebelle sudiste John Garang à Juba, la capitale du nouvel Etat.

John Garang a trouvé la mort dans un accident d'hélicoptère en 2005, peu après la signature de l'accord de paix entre nordistes et sudistes.

La cérémonie a débuté avec les sermons de deux dignitaires religieux, l'un musulman et l'autre chrétien, avant une parade militaire.

Omar el-Béchir "invité de marque"

"Que Dieu nous offre la joie pour tout notre peuple", a dit l'archevêque catholique Paulino Lokudu. "Aujourd'hui, nous nous souvenons et nous prions pour tous ceux qui ont été solidaires de nous durant les longues années de guerre", a-t-il dit, appelant à une "nouvelle entente" et une coopération entre les deux "nations voisines".

L'"invité de marque" était le président soudanais, le nordiste, Omar el-Béchir, sous le coup de mandats d'arrêt internationaux pour génocide et crimes contre l'humanité au Darfour, une région de l'ouest du Soudan toujours en proie à la guerre civile.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon participait aussi aux célébrations, de même que des représentants des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et de France notamment.

Dès le petit matin, des Sud-Soudanais enthousiastes ont afflué vers le lieu des cérémonies, en chantant et en agitant des drapeaux, sous haute sécurité.

"Sud-Soudan oyee (oh oui)! Sud-Soudan libre!" scandait la foule.

"C'est un jour historique, un jour de justice (...) Aujourd'hui nous pouvons commencer une nouvelle vie et oublier les souffrances et la douleur", a lancé l'archevêque épiscopal du Soudan Daniel Deng Bol.

Ce rassemblement était le plus grand jamais vu dans cette ville au bord du Nil Blanc, où manquent les infrastructures de base.

L'accession à l'indépendance intervient après plus de 50 ans de guerre -entrecoupée par une période d'accalmie de quelques années- entre les rebelles sudistes et les gouvernements successifs de Khartoum, un conflit qui a dévasté la région, fait des millions de morts et créé une méfiance réciproque.

En 2005, un accord de paix a mis un terme au plus long conflit d'Afrique et ouvert la voie au référendum de janvier 2011 qui a vu les sudistes voter pour la scission.

La communauté internationale a rapidement reconnu le Sud-Soudan

La communauté internationale, Etats-Unis, Chine, Union européenne et ses Etats membres en tête, a rapidement reconnu le Sud-Soudan, assurant de son soutien ce pays parmi les plus pauvres au monde qui a proclamé samedi son indépendance.

Dans un communiqué annonçant la reconnaissance officielle par Washington du Sud-Soudan, le président Barack Obama a ainsi déclaré qu'il pourrait compter sur l'aide des Américains.

"Au moment où les Sud-Soudanais entreprennent la difficile tâche de bâtir leur nouveau pays, les Etats-Unis promettent d'être leurs partenaires dans leur recherche de la sécurité, du développement et d'une gouvernance qui puisse répondre à leurs aspirations et au respect des droits de l'Homme", a-t-il dit.

La veille, le Soudan avait reconnu la République du Sud-Soudan "en tant qu'Etat indépendant" et s'était "engagé à mettre en oeuvre l'accord de paix" de 2005, après des décennies de guerre entre les rebelles sudistes et les gouvernements successifs de Khartoum, qui ont dévasté la région.

Principal partenaire commercial du Soudan et plus gros investisseur dans son industrie pétrolière, la Chine espère de son côté que le Nord et le Sud seront "de bons voisins, des partenaires et des frères pour toujours", a affirmé l'envoyé spécial du président Hu Jintao aux cérémonies ayant marqué l'indépendance.

Présent à ces festivités à Juba, la capitale, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est félicité de l'ouverture d'une "nouvelle page pour le Sud-Soudan", incitant les deux pays voisins à entretenir des relations "culturelles, politiques et commerciales positives et pacifiques".

Il a toutefois rappelé qu'il fallait "écouter la voix du peuple à Abyei -province frontalière contestée- et au Kordofan-Sud", seul Etat pétrolier du Nord, théâtre de combats entre forces gouvernementales et milices favorables aux sudistes.

Pour sa part, l'Union européenne "envisage un accord de partenariat avec la République du Sud-Soudan (...) et encourage ses dirigeants à respecter le pluralisme et la diversité afin de créer une société démocratique et équitable fondée sur la loi et le respect des droits de l'Homme", est-il écrit dans une déclaration publiée au nom de l'UE et de ses Etats membres.

Les deux pays de l'UE siégeant à titre permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU, la Grande-Bretagne, l'ancienne puissance coloniale au Soudan, et la France, se sont également engagés à apporter leur appui au Sud-Soudan.

"Nous accueillons le Sud-Soudan dans la communauté des nations et nous avons hâte de forger des liens encore plus étroits entre le Royaume-Uni et le Sud-Soudan dans les mois et les années à venir", a souligné dans un communiqué David Cameron, le Premier ministre britannique.

La France "assure le gouvernement et le peuple du Soudan du Sud de son soutien en vue de construire un Etat démocratique, et d'assurer la paix, la sécurité et le développement dans l'ensemble du pays", selon le président français Nicolas Sarkozy.

"Maintenant commence la tâche de soutenir le Sud-Soudan sur la voie d'une stabilité dans laquelle les gens trouveront la paix, la sécurité et le développement économique", a de son côté noté la chancelière Angela Merkel.

L'Egypte, pays-clé dans la région, a aussi reconnu le Sud-Soudan, tout comme, ailleurs sur la planète, le Canada, la Turquie, l'Afrique du Sud, l'Ethiopie ou le Kenya.

Reconnaissance et encouragements de la Belgique

Le vice-premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, "s'associe à la déclaration de l'Union européenne et félicite le peuple du Sud-Soudan à l'occasion de la déclaration d'indépendance qui a consacré la souveraineté du nouvel Etat". 

La Belgique a soutenu l'Accord de paix global intervenu entre le Soudan et le Sud-Soudan en 2005 et encourage les gouvernements des deux pays à instaurer des relations de bon voisinage, en s'efforçant de régler de manière pacifique les différends qui subsistent.

Avec agences

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