Au total 256 sénateurs et députés sur un total de 432 ont voté pour la destitution de Traian Basescu, selon le décompte officiel des voix corrigeant un premier chiffre de 258 votes pour, donné auparavant. Cette destitution ne deviendra définitive que si elle est validée par un référendum qui aura lieu le 29 juillet.
L'intérim à la tête de l'Etat sera assuré par le président du Sénat, Crin Antonescu, chef de file de l'Union sociale-libérale (USL). Arrivée au pouvoir début mai, l'USL accuse le chef de l'Etat d'avoir violé la Constitution en s'attribuant entre autres des prérogatives du Premier ministre et en ayant "imposé des mesures d'austérité qui ont appauvri la population". "Vous avez donné des ordres à toutes les institutions, au parlement, au gouvernement, à la Cour constitutionnelle, à la justice, aux services du renseignement", a déclaré Crin Antonescu.
Traian Basescu a rejeté ces accusations, dénonçant une tentative de l'USL de "contrôler tous les leviers de l'Etat et notamment la justice". Il a également mis en garde contre des risques pour la "stabilité et la réputation du pays". "J'ai la conscience tranquille car j'ai fait mon devoir envers mon pays et mon peuple", a-t-il déclaré avant le vote.
Violations ou pas?
Dans un avis consultatif, la Cour constitutionnelle a fait état de manquements du président à ses prérogatives pour avoir entre autres "tenté de diminuer le rôle et les prérogatives du Premier ministre". Elle ne mentionne pas nommément de violations graves de la loi fondamentale.
Parmi les élus ayant voté pour la destitution figuraient notamment deux députés de l'USL, dont la Haute cour de justice a demandé le retrait du parlement en raison d'un conflit d'intérêts. Un troisième, un sénateur USL, attend un jugement en appel après avoir été condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour trafic d'influence et faux, dans une affaire impliquant également un juge de la Haute cour.
Longtemps l'homme politique le plus populaire du pays mais dont la cote de confiance s'est effondrée depuis l'adoption en 2010 d'une cure d'austérité draconienne, Traian Basescu devrait désormais s'attacher à reconquérir le soutien des Roumains avant le référendum de fin juillet sur sa destitution.
Référendum
Jeudi, le gouvernement a modifié par une ordonnance d'urgence les conditions de cette consultation, afin de rendre plus facile le départ du président. Selon le nouveau texte, le chef de l'Etat sera démis si cette proposition recueille la majorité des suffrages exprimés par les votants. Depuis 2010, la loi requérait la majorité des inscrits.
Traian Basescu avait déjà été suspendu de ses fonctions par le parlement en 2007, cinq mois après l'entrée du pays dans l'Union européenne, lors de l'unique procédure de ce type déclenchée dans la Roumanie post-communiste.
Il avait toutefois retrouvé son poste, une majorité des Roumains ayant voté contre sa destitution lors d'un référendum.
Critiques européennes
Ce bouleversement politique en Roumanie intervient après une semaine marquée par une avalanche de décisions contestées de l'USL qui lui ont valu de vives critiques en Europe.
L'Allemagne s'est dite vendredi "très inquiète" des modifications législatives effectuées par le gouvernement de Victor Ponta, précisant que ces développements seront pris en compte pour examiner la question de la "pleine adhésion" du pays à l'espace Schengen.
La Commission européenne s'est dite "préoccupée (...) notamment par les actions qui semblent destinées à limiter les pouvoirs d'institutions indépendantes comme la Cour constitutionnelle".
Ces actions pourraient affecter le rapport sur la justice que la Commission doit rendre en juillet et qui est crucial pour Bucarest pour l'entrée dans Schengen.
La veille, la France avait appelé Bucarest "à respecter l'Etat de droit".
"En parallèle avec les actions brutales au Parlement, le gouvernement a entrepris un intense processus pour modifier les lois afin de faciliter la destitution du président", a souligné vendredi un des plus grands quotidiens du pays, Adevarul.
Chute du leu
En quatre jours à peine, l'USL a démis, par surprise, les présidents des deux chambres du Parlement qui appartenaient à l'opposition, le médiateur (avocat du peuple) tout en réduisant les pouvoirs de la Cour constitutionnelle. Jeudi soir, elle a aussi modifié les conditions d'organisations du référendum sur la destitution.
La Cour avait lancé mardi un cri d'alarme rare vers l'Europe en se disant victime "d'attaques sans précédent" de l'exécutif.
Des ONG réputées comme le Comité Helsinki pour les droits de l'Homme ou Freedom House, si elles ne contestent pas en soi la procédure de destitution permise par la Constitution, ont vivement dénoncé la manière dont elle est menée parlant d'"une attaque concertée contre la démocratie et l'Etat de droit".
Le Premier ministre roumain a tenté de rassurer "face aux inquiétudes légitimes de nos partenaires européens et internationaux dans cette période de crise politique".
"La Roumanie va rester un pays stable où l'Etat de droit, la Constitution, les normes européennes et internationales vont être respectés", a-t-il ajouté en indiquant qu'il se rendrait à Bruxelles la semaine prochaine pour donner des garanties à ses partenaires. Il s'est dit prêt à accepter une évaluation de la légalité des décisions prises ces derniers jours.
L'instabilité politique en Roumanie, un des pays les plus pauvres d'Europe, pourrait avoir des conséquences sur les investissements, ont estimé des analystes. Le cours de la monnaie nationale, le leu, a fortement chuté ces derniers jours.
Après avoir subi deux ans de sévère récession en 2009 et 2010, la Roumanie a renoué avec la croissance en 2011, grâce à une aide d'urgence de 20 milliards d'euros du Fonds monétaire international (FMI) et de l'Union européenne.
Avec AFP




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