"Le général Daoud Rajha est tombé en martyr dans l'attentat terroriste qui a visé le bâtiment de la sécurité nationale" ; c’est par ces mots que la télévision syrienne annonçait mercredi le décès de l’un des principaux ministres du gouvernement syrien, chargé de la Défense. Daoud Rahja faisait partie des quelques responsables gouvernementaux issus de la communauté chrétienne. La télévision officielle annonçait aussi celui d’Assef Chawkat, l’un des responsables les plus importants de la sécurité, et beau-frère du président Bachar El-Assad.
D’autres responsables auraient également été blessés lors de l’explosion qui a eu lieu pendant une réunion rassemblant plusieurs hauts-dirigeants. D’après les informations de l'Observatoire syrien des Droits de l'Homme, une troisième personne serait en outre décédée. Il s’agirait du général Turkméni, chargé par le gouvernement de la gestion de la crise. Il aurait succombé à ses blessures dans l’après-midi. Cette information a été confirmée mercredi dans l'après-midi par les autorités syriennes.
Deux revendications
L’explosion est due à un kamikaze, qui a actionné sa ceinture d’explosifs dans la salle de réunion du bâtiment de la Sécurité nationale, situé dans le centre de Damas.
Un groupe islamiste a revendiqué l’attentat. Sur sa page Facebook, Lioua Al Islam – " Brigades de l’Islam " en français - indiqué "avoir ciblé la cellule nommée salle de contrôle de crise dans la capitale damascène".
"Nous sommes heureux d'informer le peuple syrien et tout particulièrement les habitants de la capitale que le Bureau de la sécurité nationale, dont fait partie la cellule de crise, a été visé par une charge explosive par la brigade Sayed al Chouhada de Lioua al Islam", peut-on lire dans le communiqué publié sur le réseau social.
"Plusieurs piliers du régime ont péri", précise le communiqué, sans préciser lesquels. Un porte-parole de ce groupe a confirmé la revendication par téléphone.
Dans le même temps, l’Armée syrienne libre se disait également responsable de l’attentat. Dans un communiqué transmis par courriel, l’ASL "annonce (...) le succès de l'opération remarquable de ce matin qui a visé le siège de la Sécurité nationale à Damas. Toujours selon ce communiqué, L'ASL a affirmé que cette action" est la première d'une série de grandes opérations visant à faire chuter Assad et l'ensemble des piliers et symboles du régime, qu'ils soient civils ou militaires". Le communiqué précise que les personnes qui n’ont "pas de sang sur les mains" devaient faire défection avant la fin du mois de juillet, si elles ne voulaient pas être considérées comme des "complices des meurtres d’Assad".
"Cet acte terroriste renforce la détermination de nos forces armées à nettoyer la patrie des restes des bandes terroristes", a affirmé de son côté l'Armée syrienne dans un communiqué diffusé par la télévision d’État.
A quelques heures du vote du Conseil de sécurité?
Le président syrien Bachar al-Assad a aussitôt nommé le chef d'état-major, Fahd al-Freij, au poste de nouveau ministre de la Défense.
L'attentat de mercredi est le dernier en date d'une liste d'explosions sanglantes ayant eu lieu à Damas et à Alep depuis le début des hostilités en Syrie, et ayant causé la mort de plus d'une centaine de personnes. En mai, le ministre de la Défense et celui de l'Intérieur ainsi que le général Hicham Ikhtiar, l'un des personnages clé de la répression de la révolte, avaient été victimes d'une tentative d'empoisonnement. Un employé de livraison à domicile avait versé du mercure dans deux mets lors d'un repas de ces dignitaires avant de s'enfuir, selon des sources diplomatiques à Damas.
Il s'agit cependant de la première action kamikaze revendiquée par des groupes de la rébellion, ayant atteint les plus hauts dignitaires du régime.
La situation en Syrie franchit donc depuis le début de la semaine, et plus particulièrement ce mercredi, un nouveau degré de violence, qui menace le régime au plus près. D'après l'analyste Gala Rihani, citée par l'agence de presse Reuters, "cet attentat constitue d'une certaine manière l'attaque directe la plus réussie portée contre le régime". Mais, si les jours prochains risquent d'être cruciaux, ils ne devrait pas y avoir un changement marquant, estime-t-elle. "A tout le moins, nous pouvons nous attendre à ce que la situation continue de se dégrader, mais je pense qu'il en faudra plus pour abattre le régime d'Assad".
Cet attentat a lieu à quelques encablures d'un vote au Conseil de sécurité de l'ONU, sur un projet de résolution déposé par les pays européens et les États-Unis. Initialement prévu ce mercredi après-midi, le médiateur international Kofi Annan a demandé à ce qu'il soit retardé pour tenter d'aboutir à un compromis avec Moscou.
Confirmant ces informations, l'ambassadeur russe auprès de l'ONU, Vitali Tchourkine a déclaré que le vote a été "reporté à demain" jeudi. L'ambassadeur chinois Li Baodong a précisé que les discussions allaient continuer mercredi après-midi dans le but de parvenir à "un consensus".
Le vote au Conseil de sécurité d'une résolution sur la Syrie a été "reporté à demain" jeudi, a déclaré mercredi à la presse l'ambassadeur russe auprès de l'ONU, Vitali Tchourkine
"La situation devient incontrôlable"
Les ministres américain et britanniques de la Défense, Leon Panetta et Philip Hammond, ont estimé mercredi que la situation en Syrie "devient incontrôlable", après l'augmentation des violences dans la capitale Damas. "Pour cette raison, il est extrêmement important de travailler avec les autres pays qui partagent cette inquiétude afin de mettre le plus de pression possible sur al-Assad afin qu'il quitte le pouvoir et permette une transition pacifique", a affirmé Leon Panetta.
Paris a condamné, comme toujours dit-il, "le terrorisme". Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a ajouté que "compte tenu de ce degré de violence, cela rend d'autant plus nécessaire et urgent le fait de trouver une transition politique qui permette au peuple syrien d'avoir un gouvernement qui exprime ses aspirations profondes."
Se trouvant justement à Moscou ce mercredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan tentait de faire fléchir la position russe, au vu des récents évènements survenus dans la capitale syrienne. Selon le vice-premier Ministre turc Bulent Arinc, Moscou et Pékin "sont sur le point de cesser leur soutien" au gouvernement syrien.
La Russie ne semble pourtant pas varier d'un iota. "L'adoption de la résolution(occidentale) serait un soutien direct à un mouvement révolutionnaire. S'il est question d'une révolution, l'ONU n'a aucun rapport avec ça", a déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.
Près de cent personnes auraient été tuées mercredi en Syrie, dont 16 à Damas où les combats ont atteint une violence inédite.
W. F., avec agences




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