"Pour tourner la page, il faut l'avoir lue. Des historiens commencent à se pencher, par exemple, sur tous les dossiers sur la torture pendant la terrible bataille d'Alger (...) Mais il y a eu un malaise et il y aura toujours un malaise", analyse José-Alain Fralon interrogé sur les tensions persistantes entre l'Algérie et la France.
Quant à savoir pourquoi Paris n'est pas invitée aux festivités, il explique : "Les Algériens ne savent pas comment commémorer cette fête. Ils ont peur de grandes manifestations populaires et que les gens descendent dans la rue pour fêter l'indépendance et ne remontent pas chez eux et continuent à faire la révolution, comme le printemps arabe. Pourquoi le printemps arabes n'irait pas jusqu'en Algérie ? Je pense que c'est pour cela qu'ils n'ont pas invité beaucoup de monde".
Une guerre civile plus qu'une guerre d'indépendance
Selon notre invité, la guerre d'Algérie a été davantage vécue comme une guerre civile que comme une guerre d'indépendance.
L'Algérie était considérée comme un véritable département français, dit-il, il y avait un million d'européens sur 10 millions de personnes. "A un moment, il y avait plus de 500 000 militaires français. On en trouvait pas de solution". A côté de cela, "les Américains et les Russes s'en sont mêlés. C'est devenu un problème international".
Une guerre qui aurait pu être évitée ?
A la question de savoir si cette guerre aurait pu être évitée, il répond: "Pourquoi pas ? Si en 54, on avait suivi Jacques Chevalier, Camus, etc., on aurait négocié une indépendance sur 10 ans".
Jacques Chevalier, le maire libéral d'Alger à l'époque, était déjà fédéral, dit-il, il proposait de créer une fédération France-Europe-Algérie. Mais la France n'était pas prête à accepter cela à l'époque. "En France, c'était la quatrième république, tous disaient qu'il fallait négocier mais personne ne voulait lâcher".
Aujourd'hui, 50 ans après, José-Alain Fralon dresse un constat d'échec : "C'est dans l’œuf que l'Algérie est mal née", "l'histoire d'une désillusion", "une occasion ratée de la guerre d'Algérie". Et d'affirmer : "Quand les jeunes Algériens parlent de la guerre, ils ne parlent pas de la guerre d'indépendance mais de la guerre civile".
C. Biourge




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