Isabelle Durant: "Cessons de faire de l'Europe le bouc émissaire"

Isabelle Durant: "Cessons de faire de l'Europe le bouc émissaire"
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Isabelle Durant: "Cessons de faire de l'Europe le bouc émissaire" - © Tous droits réservés
Rédaction RTBF

L'eurodéputée belge du groupe des Verts, Isabelle Durant, estime que l'horizon se dégage un peu au plan européen après la validation du mécanisme européen de stabilité en Allemagne. Mais le chemin reste long et le discours de José Manuel Barroso manquait d'éléments concrets. Il faut aller de l'avant, dit-elle, dans une perspective clairement fédérale. Elle l'explique au micro de Matin première.

Isabelle Durant est soulagée après la validation du mécanisme européen de solidarité par la Cour constitutionnelle allemande.

A l’inverse de certains milieux de gauche qui espéraient plutôt que le MES soit retoqué, elle estime qu’il est véritablement l’embryon d’une solidarité européenne, d’une mutualisation des dettes. Pour soulager les peuples confrontés à la crise, "on a besoin", dit-elle, "de ce mécanisme de solidarité, et moi je ne comprends pas pourquoi on commence à dire que c’est de l’austérité généralisée".

Isabelle Durant conteste d'ailleurs le lien automatique que font certains entre l’intervention du MES et la règle d’or budgétaire qui imposerait l’austérité aux Etats concernés. "Nous, pour la ratification de ces traités, on travaillera de manière responsable et cohérente", affirme-t-elle. Car il s’agit de savoir de quel projet on veut être porteur, ce qu’on veut faire du mécanisme mis en place. Pas question de se laisser embarquer dans une austérité généralisée, à la manière de ce que la troïka impose à la Grèce. Car là, "on va beaucoup trop loin dans ce qu’on demande aux Etats, on les met à genoux, on détricote tout le tissu social et ça devient extrêmement dangereux".

Mais la crise n’est pas pour autant derrière nous. "Parce que depuis trois ans je pense vraiment qu’on est dans une espèce de marche forcée sans boussole, un peu dans le brouillard… ".

Or, dit-elle, "tout le monde sait ce qu’il y aurait lieu de faire, qu’il nous faut à la fois plus de solidarité, qu’il nous faut c’est vrai une gouvernance économique plus sérieuse, qu’il nous faut nous désendetter ; mais on ne peut pas se désendetter et faire de la solidarité s’il n’y a pas un peu aussi des contreparties".

L’horizon s’est un peu dégagé et il faut désormais avancer. "Mais pas par petits pas, car cette stratégie ne marche plus vraiment", dit-elle, "et donc on doit faire un grand pas, un grand saut et ce saut on doit le faire assez vite". Un saut vers davantage d’intégration européenne pour l’eurodéputée verte, qui voudrait que beaucoup plus de compétences soient transférées au niveau européen, car "on décide mieux ensemble".

Fédération d'Etats-nations?

Isabelle Durant balaye le concept pas très clair à ses yeux de "fédération d’Etats-nations", avancé par le président de la Commission José Manuel Barroso lors de son discours devant les eurodéputés le 12 septembre à Strasbourg. "Ça existe déjà et c’est le Conseil européen qui se réunit tous les deux mois sous la houlette de M. Van Rompuy. Et bien c’est la fédération d’Etats-nations  et on voit comment ça marche c’est-à-dire pas bien. Chacun y défend son bout de gras quand ce n’est pas la France et l’Allemagne qui font l’agenda, qui se disputent. Donc ce n’est pas ça pour moi l’Europe! " s’exclame Isabelle Durant.

"Ce qu’il faut, dit-elle, c’est que le Parlement européen qui est directement élu puisse, lui, monter en puissance". Et de proposer, par exemple, que les prochaines échéances électorales européennes soient l’occasion d’un véritable débat télévisé  entre les candidats à la présidence de la Commission européenne, quelle que soit leur origine nationale. Objectif : permettre au citoyen de porter un regard sur les enjeux européens qui ne soit pas déformé par le prisme national. "Et surtout qu’on arrête de faire de l’Europe le bouc émissaire de tout ce qui ne va pas !", clame-t-elle.

Un vrai budget pour l'Europe

Il faut sans doute changer les traités, comme le suggérait José Manuel Barroso. Mais il faut surtout, pense-t-elle, profiter de la petite fenêtre d’opportunité actuelle pour communiquer mieux sur l’Europe et faire des prochaines élections européennes autre chose qu’une addition d’enjeux nationaux. "Moi j’aimerais bien  en Europe une grande circonscription européenne pour qu’on rende des comptes à tout le monde et pas seulement à nos électeurs", avance Isabelle Durant.

Et puis il faut travailler sur le budget européen. La députée écologiste rappelle que l’argent européen est réinvesti dans les pays. Il faut un budget "sérieux", qui ne se limite pas au 1% du PIB européen actuel. "La taxe sur les transactions financières, voilà bien quelque chose qu’il est urgent de mettre en place pour pouvoir aussi, par ces ressources propres de l’Union européenne, dégager un peu les Etats membres et leur permettre aussi d’avoir un peu d’espace budgétaire", souligne-t-elle à titre d'exemple.

Une grande coalition à Schaerbeek?

A Schaerbeek par contre, il n’y a pas le feu. Isabelle Durant ne voit donc pas vraiment pour quelle raison il faudrait mettre en place une grande coalition comme le suggère Laurette Onkelinx. "Pour ma part je suis partante pour retravailler dans les mêmes circonstances avec les mêmes partenaires parce que je pense que Schaerbeek a bougé, bougera encore et les mieux à même de le faire c’est la liste du bourgmestre avec les Ecolos et le cdH".

Face aux sondages qui indiquent la possibilité que l’actuelle majorité ne recueille plus suffisamment de siège, elle se veut sereine : "Nous annonçons très clairement la couleur et nous pensons très sérieusement que, oui, il est possible de poursuivre à Schaerbeek".

T.N.