Hongrie: Daniel Cohn-Bendit compare Viktor Orban à Chavez et Castro

Daniel Cohn-Bendit
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Daniel Cohn-Bendit - © BELGA ERIC LALMAND

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban était ce mercredi après-midi devant le Parlement européen qui débattait de la Hongrie. Un débat animé avec une diatribe lancée par l'eurodéputé Vert Daniel Cohn-Bendit à l'encontre de Viktor Orban accusé de dérive totalitaire.

Le Parlement européen est apparu mercredi profondément divisé selon un clivage gauche-droite sur l'évolution politique en Hongrie et les récentes réformes adoptées par le nouveau Premier ministre Viktor Orban, donnant parfois lieu à des échanges très vifs entre élus.

Viktor Orban, qui assistait à ce débat à sa demande, a tenté en préambule d'apaiser les critiques formulées envers les réformes constitutionnelles qui valent au pays l'ouverture d'une triple procédure d'infraction depuis mardi. "Ce qui arrive dans notre pays est un processus de renouvellement passionnant et urgent", a tenté de justifier le Premier ministre hongrois, expliquant notamment que son pays venait de réformer une constitution datant encore de l'ère communiste.

Volée de critiques de la gauche et du groupe libéral

Hannes Swoboda, le nouveau chef du groupe social-démocrate, a jugé que la Hongrie - entrée dans l'UE en 2004 - ne pourrait plus y entrer aujourd'hui vu les récentes réformes.

Au nom des libéraux, Guy Verhofstadt a critiqué l'attitude de la Commission qui a lancé mardi trois procédures d'infractions visant les seules réformes concernant la banque centrale hongroise, la mise à la retraite anticipée des juges, et l'indépendance de l'agence de protection des données. "Il y a au total une trentaine de plaintes officielles émanant des différentes institutions", a souligné l'ancien Premier ministre belge. "L'enjeu, c'est bien plus que les trois procédures d'infraction", a-t-il ajouté à l'attention de la Commission.

Il a dans la foulée à nouveau demandé l'ouverture d'une enquête sur base de l'article 7 du Traité européen qui permet l'adoption de sanctions politiques envers les pays membres ne respectant plus les principes fondateurs de l'Union.

Dany Cohn-Bendit y va à la hache

Mais la vraie charge est venue du député Vert/ALE Daniel Cohn-Bendit qui s'en est pris en termes violents au "nationalisme" du Premier ministre hongrois, rappelant ses accointances avec l'extrême-droite dans son pays et expliquant qu'en Hongrie "les minorités avaient peur", citant notamment les Juifs et les homosexuels en exemple.

Le coprésident des Verts a accusé le Premier ministre hongrois Viktor Orban d'aller "dans la direction" des dirigeants vénézuélien Hugo Chavez et cubain Fidel Castro et de "tous les régimes totalitaires". "Un renouvellement (de la Constitution) peut être dans la bonne ou la mauvaise direction. Et nous vous disons que vous allez dans la direction de MM. Chavez, Castro, et de tous les régimes totalitaires et autoritaires de ce bas monde", a déclaré le leader écologiste au dirigeant hongrois.

Il a proposé d'envoyer une délégation parlementaire en Hongrie pour vérifier "pourquoi les sans-abri en Hongrie ont peur, pourquoi des intellectuels ont peur, pourquoi des gens de ma famille et des gens que je connais, des Juifs en Hongrie ont peur aujourd'hui".  "Les minorités ont le droit de ne pas avoir peur dans votre pays, M. Orban", a-t-il ajouté à l'adresse du chef du gouvernement hongrois.

Daniel Cohn-Bendit veut mettre en oeuvre l'article 7 sur la suspension des droits d'un Etat-membre.

Il a aussi apostrophé les conservateurs au Parlement européen: "Le courage c'est de dire à ses propres amis la vérité, Messieurs les conservateurs".

Les conservateurs à la rescousse 

Si certains, notamment sur les bancs du PPE (Parti populaire européen) auquel appartient le parti Fidesz de Viktor Orban ont tenté de prendre sa défense, d'autres comme les conservateurs britanniques ne l'ont pas non plus ménagé leurs critiques.

Au PPE, on défend le gouvernement hongrois, dénonçant au fil des interventions, qui la "désinformation des journalistes" sur la situation hongroise, qui "l'atteinte à la souveraineté du pays".

Plus peut-être que les réformes hongroises, c'est d'ailleurs cette attitude du PPE qui a donné lieu aux plus vifs échanges entre eurodéputés, le Belge Louis Michel (MR) dénonçant notamment la "compréhension complaisante" du PPE. "Vous êtes pourtant les mieux placés pour leur faire entendre raison...", a-t-il lancé.

Certains élus d'extrême droite, dont le Vlaams Belang, ont aussi apporté leur soutien au Premier ministre hongrois.

Viktor Orban se montre conciliant 

A l'issue de trois heures de débat parlementaire, le Premier ministre hongrois a précisé qu'il était prêt à revoir les dispositions critiquées par la Commission, mais pressé ses détracteurs de lire eux-mêmes la nouvelle constitution hongroise. "Vous verrez qu'elle contient plusieurs choses, comme la protection des minorités". 

Quant à ses convictions en faveur de la famille et du christianisme, "c'est peut-être une position minoritaire", a reconnu Viktor Orban. "Mais c'est une position européenne et nous avons le droit de la défendre", a-t-il ajouté. Il a encore justifié la mise à la retraite anticipée des juges hongrois par la nécessité de réformer l'ancien système des pensions "qui a ruiné le pays".

Le chef du gouvernement hongrois est attendu la semaine prochaine à Bruxelles pour rencontrer la Commission européenne. Celle-ci lui a donné un mois pour présenter des modifications à ses réformes controversées.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a auparavant annoncé avoir reçu par écrit l'assurance du Premier ministre hongrois qu'il allait "modifier" ses textes de loi controversés. Mardi la Commission avait décidé de déclencher des procédures d'infraction à la législation de l'UE au sujet de trois textes de loi.

Le chef du gouvernement hongrois, venu s'expliquer devant les eurodéputés, s'est voulu conciliant. "Les problèmes pourraient facilement et rapidement être résolus", a-t-il assuré, cherchant à ramener les contentieux à des points juridiques et techniques et se défendant de toute dérive autoritaire.

José Manuel Barroso a toutefois jugé, quant à lui, qu'il y avait une dimension politique au problème soulevé en Hongrie. "J'appelle instamment les autorités hongroises à respecter les principes de démocratie et de liberté et à les mettre en oeuvre en pratique dans ce pays", a-t-il dit. "J'insiste sur le fait que nous n'hésiterons pas à prendre des mesures supplémentaires en fonction des réponses qui seront données par les autorités hongroises", a ajouté José Manuel Barroso, disant que "les sujets en jeu pourraient aller au-delà des questions juridiques qui ont été soulevées".

"Se soumettre"

Plus tôt, dans un entretien au quotidien allemand Bild paru mercredi, Viktor Orban avait déclaré: "Nous sommes ouverts et prêts à négocier sur tous les problèmes présentés par la commission européenne sur la base d'arguments sérieux". A propos de la loi qui confère au gouvernement hongrois des pouvoirs controversés sur la banque centrale, le Premier ministre a précisé: "Dans ce cas, nous allons nous soumettre au pouvoir et pas aux arguments". La Hongrie a "un président à la tête de la banque centrale qui a été élu par le parlement d'avant. Son mandat s'achève en 2013 et cela ne va pas changer", a-t-il ajouté.

"En outre, nous avons un conseil financier, dont le nombre de membres a été également décidé par l'ancien parlement. Maintenant, il s'agit juste de savoir si ce conseil doit être agrandi. Si l'UE estime que cela pose problème, nous allons répondre à leurs demandes. Même si cela désavantage la banque centrale", a-t-il continué.

JFH avec agences

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