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Génocide rwandais: Paul Kagame ne demande pas d'excuses à la France

MONDE | lundi 12 septembre 2011 à 15h06

  • Deux organisations non gouvernementales ont interpellé lundi le président rwandais Paul Kagame sur la situation des droits de l'Homme au Rwanda, au deuxième jour d'une visite symbolique et controversée à Paris. Paul Kagame a par ailleurs affirmé qu'il ne demandait pas d'excuses à la France pour son rôle durant le génocide de 1994.
    Le président rwandais Paul Kagame a déclaré lundi dans un entretien à l'AFP qu'il ne demandait pas que la France présente des "excuses" pour son rôle au Rwanda en 1994, alors qu'un rapport rwandais accuse toujours les militaires français d'avoir participé au génocide.

    "L'objectif est de trouver les moyens de dépasser nos différends passés et de voir comment aller de l'avant pour bâtir une meilleure relation à l'avenir", a-t-il déclaré.
      
    Interrogé sur la possibilité de dépasser le stade des accusations mutuelles, le chef de l'Etat a été clairement affirmatif.
     
    "Je pense que c'est possible. Je pense que cela est rendu possible par l'amélioration des relations, des voies de communication, par l'honnêteté des échanges et notre capacité à replacer les choses à leur juste place", a-t-il dit.
      
    La France doit-elle alors encore faire des excuses au Rwanda, comme Kigali l'a longtemps demandé, et comme l'ont fait les Américains et les Belges ?
      
    "Des excuses ou pas d'excuses, je préfère laisser ces questions aux gens qui sont concernés. Je ne peux forcer personne. Je ne peux supplier personne. Je n'ai pas à éduquer quiconque sur quoi que ce soit, chacun a sa façon de gérer les choses face à sa propre conscience", a-t-il dit.

    La visite dérange les ONG...

    La visite de réconciliation du président rwandais en France provoque la polémique. Ainsi, Paul Kagame a été interpellé par des ONG des droits de l'Homme.

    "Il n'y a que Human Rights Watch qui ne voit jamais de progrès au Rwanda" et "nous allons continuer à faire de notre mieux pour notre peuple", a lancé le
    président rwandais au cours d'une conférence à l'Institut français des relations internationales (Ifri).
      
    Pendant une séance de questions-réponses, un représentant de l'ONG HRW avait demandé à Paul Kagame ce qu'il comptait faire en matière de droits de l'Homme, citant la détention d'opposants politiques à son régime. Un membre de Reporters sans frontières (RSF) a enchaîné en évoquant la fermeture temporaire de journaux et des journalistes tués ou devant fuir le pays.
      
    "Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler", a répondu le président Kagame, en déniant à ces organisations le droit de s'ériger en professeurs des
    droits de l'Homme dans son pays.
     
    Au cours des dernières années, les organisations de défense des droits de l'Homme ont à plusieurs reprises critiqué l'évolution du régime rwandais vers l'autocratie.
      
    "Au Rwanda, la situation des droits de l'Homme demeure extrêmement préoccupante et les violations ont culminé lors de la dernière campagne électorale", avait ainsi souligné vendredi la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH).
      
    Des experts ont par ailleurs noté que les Etats-Unis, préoccupés par le même sujet, avaient pris leurs distances avec Kigali sous le deuxième mandat présidentiel de Paul Kagame.
      
    La première visite en France du président tutsi depuis le génocide de 1994 vise à parachever une réconciliation avec Paris, après un déplacement à Kigali de Nicolas Sarkozy en février 2010. Le président français avait alors reconnu une "forme d'aveuglement" de la France pour n'avoir pas "vu la dimension génocidaire" du régime rwandais hutu d'alors, avec qui Paris entretenait des liens étroits, notamment sur un plan militaire.

    ... et la classe politique
     
    La venue en France de Paul Kagame se heurte également à des remous au sein de la classe politique - le chef de la diplomatie française Alain Juppé a opportunément choisi un déplacement en Asie pour ne pas rencontrer le président rwandais - et chez les militaires français, toujours accusés par Kigali d'être impliqués dans des massacres de Tutsi il y a 17 ans. Le président du Sénat, Gérard Larcher, deuxième personnage de l'Etat, a aussi refusé de le recevoir.
      
    L'ex-ministre de la Défense Hervé Morin a regretté lundi que Paul Kagame n'ai pas fait sa "part du chemin" vers la réconciliation. "Recevoir M. Kagame n'était pas nécessaire", a-t-il dit à l'AFP.
      
    Les familles des membres français de l'équipage de l'avion de l'ex-président rwandais hutu Juvénal Habyarimana, tués avec lui dans un attentat en avril 1994, ressentent "un certain sentiment de malaise au regard de cette visite officielle", selon l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT).
     
    Le juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière avait lancé en 2006 neuf mandats d'arrêt contre de hauts responsables rwandais, proches du président Paul Kagame, pour leur participation présumée à l'attentat d'avril 1994 contre l'avion d'Habyarimana, ce qui avait entrainé une rupture diplomatique entre Paris et Kigali.
       
    "Nous travaillons ensemble pour voir comment échapper à l'Histoire, pour avancer", avait expliqué dimanche Paul Kagame, au cours d'une rencontre avec la diaspora rwandaise. En reconnaissant que "cette visite ne fait pas plaisir à un certain nombre de personnes", la présidence française avait souligné elle aussi que Nicolas Sarkozy voulait "tourner la page des relations douloureuses de la France avec le Rwanda".
      
    Paul Kagame devait achever son séjour mardi par une rencontre avec le patronat français.

    AFP
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