Forte diminution des arrivées de réfugiés en Europe un an après l'accord UE-Turquie

Le camp de réfugiés de Moria sur l'île de Lesbos le 18 mars 2017
Le camp de réfugiés de Moria sur l'île de Lesbos le 18 mars 2017 - © LOUISA GOULIAMAKI - AFP

Il y a un an, l'Union européenne et la Turquie signaient le pacte migratoire. Un accord destiné à réduire l’arrivée de réfugiés dans les îles grecques depuis la Turquie. En échange d'une aide financière, Ankara s'est engagée à prendre en charge les migrants passés illégalement en Grèce et à lutter contre les passeurs.

Réduction considérable d'arrivées sur les îles grecques

Un an après son entrée en vigueur, l'objectif principal de ce pacte migratoire qui était de réduire considérablement l’arrivée de migrants sur les îles grecques a bien été atteint. Durant les douze derniers mois, d’après les chiffres publiés vendredi par la Commission européenne, près de 28.000 personnes sont arrivées depuis la Turquie. Ils étaient près d’un million sur la même période entre début 2015 et 2016. Toujours d’après la Commission, le nombre de personnes qui ont perdu la vie en traversant la mer Égée a lui aussi sensiblement baissé passant de 1.150 à 80. L’intensification de la lutte contre les passeurs menée par les autorités turques explique également dans une large mesure cette baisse importance.

Concernant les contreparties, les réfugiés arrivés en Grèce et ramenés en Turquie ont été assez peu nombreux. Fin février, neuf pays européens avaient accepté d’accueillir 3.500 réfugiés venant de Turquie. Pour Gerald Knaus, l’expert qui a eu l’idée de ce plan repris ensuite par les responsables politiques, à commencer par l’Allemagne, le pacte est un succès et constitue une manne financière pour Ankara : "La Turquie a seulement dû reprendre moins de 80 personnes par mois que la Grèce lui a renvoyé. En contrepartie, il y a eu des centaines de millions qui ont déjà été dépensés pour créer des écoles et financer l'aide sociale aux Syriens".

Un accord bafouant les droits des réfugiés pour les ONG

Mais ce pacte suscite également de fortes critiques. Des critiques politiques tout d’abord qui proviennent de ceux qui estiment que le durcissement du régime turc conduit les pays européens à prendre des gants avec Ankara pour ne pas remettre en cause le pacte. Et des critiques également des organisations humanitaires qui fustigent un accord bafouant les droits des réfugiés dont l’Europe se débarrasserait rapidement en les renvoyant en Turquie. Ces ONG dénoncent également les conditions de prise en charge des réfugiés sur les îles grecques. Ils seraient entre 9.000 et 14.000 à attendre d’être renvoyés en Turquie. Les organisations humanitaires dénoncent les "conditions inhumaines" de leur prise en charge. Plus largement, elles critiquent une remise en cause des valeurs européennes fondées sur les droits de l’homme et la dignité.

Et puis, il y a aussi les tensions actuelles entre Ankara et certains pays européens. Cette crise diplomatique est liée aux interdictions de meetings électoraux de responsables turcs dans différents pays européens. Ces responsables étaient censés plaider pour le oui auprès de leur diaspora pour le référendum du 16 avril qui doit élargir les pouvoirs du président Erdogan. La Turquie menace de remettre le pacte migratoire en cause pour faire pression sur l’Europe. Gerald Knaus ne croit pas à cette thèse. Pour lui, le gain financier d’Ankara grâce à cet accord reste trop important : "Je crois que c'est de la rhétorique politique pour la population turque, pour suggérer que la Turquie est plus importante et a plus d'influence qu'elle n'en a en réalité".

La question de la levée des visas pour les citoyens turcs

Ankara reproche depuis plusieurs mois déjà à l’Europe de ne pas avoir respecté sa parole en supprimant l’obligation de visas pour ces citoyens. Les Européens répliquent que les conditions préalables n’étaient pas réunies notamment en raison de la législation turque antiterroriste jugée contraire à certaines libertés publiques de base.

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