Famine à Madaya: attention aux manipulations

Madaya : effroi et manipulations
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Madaya : effroi et manipulations - © Tous droits réservés

Les photos et vidéos des enfants affamés de Madaya ont choqué la toile. Cette ville syrienne est assiégée depuis six moins par l’armée et des milices loyales au régime, dont le Hezbollah. Il n’y a plus de nourriture. Les rations apportées par le seul convoi du CICR autorisé à entrer dans la ville au mois d’octobre sont épuisées.

La famine frappe environ 42 000 habitants (dont des réfugiés venus de localités voisines). La nourriture, quand il y en a, est vendue à prix d’or. Le kilo de riz se négocie au-dessus de 200 euros. Depuis la diffusion des images de Madaya, les autorités syriennes ont promis de laisser les agences humanitaires accéder à la ville. Il faudra encore quelques jours pour organiser un premier convoi.

Les photos sont insoutenables. Elles ont été transmises, notamment, par un médecin de l’hôpital de campagne de Madaya. Depuis 48h, elles circulent abondamment sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #Madaya. Ces images donnent lieu à quelques controverses.

Vu leur impact, des internautes soutenant Bachar al-Assad cherchent à les démonter. Ils s’emploient, avec plus ou moins de mauvaise foi, à essayer de prouver qu’il s’agit partiellement de falsifications. Une façon simple de vérifier une photo consiste en effet à la télécharger dans Google Images (en cliquant sur l’icône appareil photo) afin de faire apparaitre les références de toutes les publications antérieures.

Parmi les "preuves" avancées par les militants "pro-régime", il y a donc des captures d’écran qui montrent des résultats Google. Les photos y apparaissent sous forme de petites vignettes. Et certains résultats semblent effectivement antérieurs à 2015. Pour autant, ces références Google ne constituent absolument pas la preuve que les documents sont réellement plus anciens. Il s'agit d'une manipulation de ces militants. En cliquant sur les liens, on s’aperçoit généralement qu’ils renvoient bel et bien vers des publications datées du début janvier 2016.

Néanmoins, quelques-unes des images circulant sur la toile et présentées dans différents médias comme des photos prises à Madaya proviennent effectivement de drames antérieurs. On peut donc dire qu'une petite partie des photos ont été erronément légendées comme illustrant la famine de Madaya.

Celles-là étaient déjà en circulation sur Twitter avant le siège :

Celle-ci est apparue sur les réseaux sociaux dès 2013 :

La plupart des photos ayant émergé ces derniers jours sont néanmoins authentiques. Elles ont pu être vérifiées. Des travailleurs de l’hôpital de campagne de Madaya ont confirmé la véracité de plusieurs clichés. Des journalistes sont également entré en contact avec le médecin ayant filmé les deux vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux depuis mardi.

Comme souvent, au sujet du conflit syrien, de fausses informations se mêlent aux vraies. Publier et faire circuler des photos qui ne proviennent pas réellement de Madaya donnent des arguments faciles aux militants pro-Assad. Cela alimente aussi la thèse d’une "manipulation médiatique".

D’un autre côté, s’appuyer sur ces quelques "fausses photos" pour discréditer l'ensemble des informations, pour contredire les rapports d'agences humanitaires et pour nier que Madaya et d’autres enclaves syriennes assiégées souffrent gravement de la faim, relève d’un travail de propagande dont sont coutumiers les partisans du régime de Bachar al-Assad.

Voyez ci-dessous le reportage du JT sur la situation à Madaya: